Lecture des livres dont vous êtes le héros
8 Mai 2014
Succombant à vos assauts conjugués, le dernier de vos adversaires s'effondre sur le sol de la caverne, rejoignant les cadavres ensanglantés de ses compagnons. Haletant, le corps zébré d'estafilades sanglantes, vous vous tournez vers Issel qui vous congratule joyeusement et vous lui retournez chaudement ses compliments. Puis vous jetez un coup d'oeil en direction du dragon, et votre sourire se fige de stupéfaction. Le Gardien se dresse de toute sa hauteur à quelques mètres de vous. Son gigantesque corps de bronze ne porte plus la moindre trace des horribles blessures dont il était couvert il y a seulement quelques instants ! Il vient majestueusement se coucher devant vous, abaissant son énorme tête sur une de ses pattes antérieures comme pour mieux vous observer. Le regard perçant de ses grands yeux obliques braqués sur vous vous met quelque peu mal à l'aise, et vous détournez la tête... pour constater avec un regain de stupéfaction que les cadavres de vos adversaires ont subitement disparu, de même que ceux des magiciens tués auparavant ! S'amusant visiblement de vos mines totalement ahuries, le Grand Dragon reste un moment
silencieux, se contentant de vous contempler de ses yeux d'or en souriant avant que le grondement de son énorme voix ne retentisse dans la caverne, faisant vibrer le roc sous vos pieds :
- Quel combat superbe ! Vous avez été magnifiques, chers Rêveurs !
Perplexe, vous restez silencieux en attendant la suite tandis que l'écho de ses paroles s'éteint progressivement, mais Issel, n'y tenant plus, en profite pour lui poser abruptement la question qui vous brûle les lèvres :
- Ces hommes disaient-ils la vérité ?
Le dragon lui adresse un sourire énigmatique, se contentant de dire :
- Vous le saurez en temps voulu. Dites-moi d'abord pourquoi vous êtes venus à mon secours. Vous avez tous deux un haussement d'épaules, tant la réponse vous semble évidente.
- Simplement parce que nous nous considérons comme des hommes d'honneur, répond laconiquement Issel, et vous ajoutez :
- Nous nous serions faits les complices de ceux qui vous torturaient si nous nous étions contentés de nous esquiver en les laissant poursuivre leur besogne. Nous n'avions pas le choix, dès lors qu'ils faisaient le mal.
Le dragon ne sourit plus maintenant. Il hoche gravement la tête puis murmure lentement, comme s'il se parlait à lui-même :
- Ainsi vous n'avez pas hésité à risquer vos vies pour sauver la mienne...
Il reste un moment silencieux, perdu dans ses pensées, puis redresse fièrement la tête, et sa voix prodigieuse ébranle de nouveau les parois de la caverne.
Mes chers Rêveurs, s'exclame-t-il joyeusement, vous n'êtes pas seulement des hommes d'honneur. Vous avez également su, quand il le fallait, faire preuve de sagesse, de courage et de cœur, et cela exige une récompense à la hauteur de vos mérites. Or, il se trouve que j'ai le pouvoir de vous accorder certaines choses qui, à ce qu'il me semble, vous tiennent plus ou moins à cœur. Issel, j'espère que tu ne seras pas trop peiné d'apprendre - hélas - que le roi Théo est mort ! Longue vie au roi Issel !
- Longue vie au roi Issel ! reprenez-vous gaiement en chœur, tout joyeux de voir les efforts de votre ami si magnifiquement couronnés de succès. Issel, quant à lui, reste bouche bée, visiblement abasourdi par l'annonce de cette nouvelle inespérée, mais le dragon se tourne maintenant vers vous.
- Quant à toi, jeune et néanmoins talentueux magicien, vous déclare-t-il de sa voix tonnante, l'objet de ta quête n'était pas un royaume perdu, mais le secret de la Pierre Philosophale, qui a le pouvoir de changer le plomb en or, n'est-ce-pas ? Il t'appartient. Quant tu auras quitté cet endroit, contente-toi d'ouvrir ton sac et tu y trouveras une amulette sur laquelle est gravée une formule. Étudie-la avec soin et le secret du Grand Œuvre te sera révélé. Sache alors en user avec sagesse.
Il vous laisse un instant reprendre tous deux vos esprits avant d'ajouter :
- Il y a encore un petit présent que je désire vous offrir. Chacun de vous doit le recevoir, mais vous ne pourrez le refuser car il m'est impossible de quitter la clairière tant que ce fardeau n'aura pas été transmis à d'autres. Mais n'ayez crainte, ce que je nomme un fardeau, vous autres allez y voir le plus fabuleux des dons. Car ce que je vous offre, c'est l'immortalité ! Ma propre immortalité et celle de la clairière qui passeront dans vos corps. Elle ne vous préservera certes pas d'une mort violente, mais, si vous ne mourez pas au combat, votre vie sera sans limite et votre corps ne vieillira pas. Les paroles du dragon ont beau résonner dans votre tête, vous ne parvenez pas à y croire. Pourtant, vous sentez que quelque chose se passe au plus profond de votre corps : une onde bienfaitrice le parcourt tout entier et, en quelques secondes, toute sensation de fatigue ou de douleur vous quitte. Jamais vous ne vous êtes senti dans une forme aussi éblouissante ! (Rétablissez votre total d'endurance à son niveau initial.)
- Un jour viendra, conclut le Grand Dragon, où vous souhaiterez à votre tour transmettre cette charge à d'autres. Mais ce ne sera qu'après de longues, très longues années. Je vous offre l'éternité, sachez la supporter le temps qu'il faudra. A peine le grand Bel Gath a-t-il prononcé ces paroles que la caverne sombre progressivement dans l'obscurité ; vous avez l'impression de plonger dans le néant. Dès que vous sentirez la lumière briller à nouveau derrière vos paupières. (193)