Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Mai 2014
I e cadavre de Darian gît à vos pieds sur le sol de la taverne. Cette victoire vous laisse un goût amer, mais aviez-vous seulement le choix ? Plein de lassitude, vous vous retournez et levez à nouveau votre épée pour affronter, désespérément seul, le groupe des tortionnaires. Mais la stupeur vous fige sur place : ils ont tous disparu ! Plus personne ne s'acharne sur le Grand Dragon, et son grand corps aux reflets de bronze ne porte plus la moindre trace des terribles sévices qu'ils lui infligeaient il y a encore quelques instants. 11 vient coucher sa masse énorme à vos pieds et pose confortablement sa tête au creux de ses pattes croisées, de façon que vous soyez à sa hauteur. Ses grands yeux luisent dans la semi-pénombre de la caverne et viennent se fixa dans les vôtres, hypnotiques, fascinants, et vous détournez aussitôt la tête pour échapper à leur emprise, car vous n'oubliez pas le vieil adage qui dit que quiconque regarde un dragon dans les yeux trouve la folie.
- Tu as agi dignement, Issel, gronde doucement l'antique créature. D'autant plus dignement qu'il t'a fallu te résoudre à tuer ton compagnon. Pour tant, pas un instant tu n'as hésité et ta main n'a pas tremblé ; pourquoi ?
Voilà qui ressemble fort à une nouvelle ruse du dragon, destinée à vous mettre encore une fois à l'épreuve, vous dites-vous en soupirant intérieurement, car vous êtes plus que fatigué de ce petit jeu et avez bien envie de le lui faire savoir. Mais curieusement, quelque chose vous pousse répondre à sa question.
- Je ne pouvais simplement pas m'en aller en laissant ces hommes continuer de vous torturer, expliquez-vous d'un ton las. Et que Darian se range ou non de leur côté ne changeait rien à l'affaire : j'aurais fait preuve de lâcheté si je m'étais comporté ainsi, j'aurais manqué à mon honneur.
Alors tu as tué ton ami pour une simple question d'honneur ? Vous secouez la tête.
Non, pas seulement. En fait, j'ai pensé que je n'avais pas le choix. Car si je m'étais contenté de m'en aller tranquillement en les laissant vous torturer. je me serais fait leur complice. Un complice passif, certes, mais un complice tout de même. avant vu ce qu'ils vous faisaient, et le jugeant inadmissible, j'endossais une part de la responsabilité in n'intervenant pas pour soulager votre sort. Et cette part de responsabilité, si minime soit-elle, je n on voulais à aucun prix.
Il y a un long silence, seulement rythmé par la lente respiration de la puissante créature. Puis Bel Gathini rouvre à nouveau la gueule pour parler, mais, chose étonnante, sa voix grondante s'est subitement changée en un murmure plein d'une douceur dont vous ne l'auriez jamais cru capable.
-Honneur et responsabilité... les deux qualités qui ont le plus nécessaires à un roi. rendant un moment, vous restez stupidement muet, sans comprendre. Puis, la folle idée fait lentement son chemin dans votre cerveau et, les yeux agrandis par la stupéfaction, vous l'interrogez du regard, trop abasourdi pour pouvoir parler. Le dragon hoche lentement la tête, puis d'une voix redevenue tonnante, il proclame :
-Le roi Théo est mort ! Franzos a un nouveau souverain. Longue vie au roi Issel ! (9)