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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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208

La gorge tranchée par votre dernier coup d'épée, le guerrier s'effondre à vos pieds. Brandissant à nouveau votre arme, vous vous retournez pour faire face à ses compagnons, froidement résigné à livrer ce dernier combat dont l'issue ne peut-être pour vous que fatale, quand vous réalisez avec stupéfaction qu'ils ont tous disparu ! Le dragon, quant à lui, semble désormais libre de toute entrave et ne porte plus la moindre petite trace de blessure ! Il est nonchalamment couché devant vous, son énorme tête posée sur une patte, et vous dévisage de ses yeux mi-clos rougeoyant comme des charbons ardents. Aussitôt, vous détournez la tête, car il est dit que celui qui ose affronter le regard du dragon sombre dans la folie.

- Quel magnifique combat, cher jeune Rêveur ! tonne la créature magique de sa voix prodigieuse, amplifiée par l'écho de la caverne. Tu t'es battu comme un lion, Darian, et ton courage force l'admiration. Je voudrais maintenant que tu me dises pourquoi tu as agi ainsi. Pourquoi, seul contre tous, as-tu pris ma défense ?

Cette question a tout d'une nouvelle épreuve, et, dragon ou pas, vous êtes plus que las de vous soumettre à ce petit jeu. Pourtant, quelque chose vous pousse à lui répondre et vous lui déclarez en soupirant :

- J'étais simplement incapable de laisser ces brutes vous torturer à leur guise, même si ce pauvre Issel avait choisi de le faire. Je ne suis peut-être qu'un modeste apprenti magicien, mais mon maître m'a enseigné d'agir dans l'honneur et de refuser la lâcheté.

- N'as-tu donc pas cru ce que ces hommes disaient de moi ? reprend le Gardien d'un air impassible.

- Je ne m'en suis pas soucié, répondez-vous avec un haussement d'épaules. Disaient-ils la vérité ? Mentaient-ils ? Je n'en sais toujours rien, mais la seule vérité qui s'offrait alors à mes yeux, c'est que vous étiez en leur pouvoir et qu'ils se complaisaient ignoblement à vous torturer. Même s'ils avaient dit vrai, je ne crois pas que se délecter des souffrances d'un ennemi vaincu soit une bonne façon de rendre la justice. Non, quoi qu'ils aient pu dire, je ne pouvais agir autrement !

Le grand Bel Gath reste un long moment silencieux. Quand sa voix s'élève de nouveau, elle n'est plus qu'un sourd murmure, comme s'il se parlait à lui-même :

- Un modeste apprenti magicien ? Tu n'en es pas moins digne de réaliser le Grand Œuvre, de détenir l'incommensurable secret de la Pierre Philosophai...

Ces mots mettent un long moment à se frayer un chemin jusqu'à votre esprit et à prendre une réelle signification. Lorsque vous vous rendez à l'ahurissante évidence, vous relevez lentement la tête pour lancer au Grand Dragon un regard aussi incrédule qu'éberlué, sans craindre plus longtemps la folie, car vous êtes certain d'avoir d'ores et déjà sombré dans la démence. Mais la puissante créature vous sourit et vous confirme l'incroyable nouvelle d'un lent hochement de tête avant de vous désigner du regard un petit objet fixé à une chaîne d'argent, posé sur le sol entre vous deux. Obéissant à son invitation muette, vous vous baissez pour le saisir d'une main tremblante d'émotion. Au moment où vous vous redressez, la voix tonnante du dernier des Grands Dragons retentit une ultime fois entre les murs de la caverne :

- Cette amulette contient le Grand Secret que tant d'autres avant toi ont recherché en vain. Désormais il t'appartient, Darian. Fais-en bon usage, et que Bel Zarath te protège !

Sur ces mots, vos paupières se font terriblement lourdes et vous sombrez dans l'obscurité. Dès que vous pourrez de nouveau les ouvrir. (196)

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