Lecture des livres dont vous êtes le héros
9 Mai 2014
Mortellement blessé, Issel va rouler dans la poussière et vous faites brusquement volte-face pour bondir sur vos autres adversaires. Mais vous vous arrêtez brusquement dans votre élan : ils ont tous disparu ! A leur place, c'est maintenant le dragon qui se tient devant vous, libre de toute entrave et exempt de la moindre trace de blessure ! La gigantesque créature vient nonchalamment se coucher devant vous, repose confortablement sa tête anguleuse sur une patte et vous dévisage de ses yeux luisants qui rougeoient comme des charbons ardents entre ses paupières mi-closes. Aussitôt vous détournez la tête, vous souvenant du vieil adage selon lequel celui qui ose affronter le regard du dragon sombre irrémédiablement dans la folie.
- Quel généreux combat, jeune Rêveur ! tonne le puissant gardien de sa voix prodigieuse amplifié par l'écho de la caverne. Je vois que tu n'as pas hésité à tuer ton propre compagnon pour venir à mon aide, et je t'en remercie. Mais j'aimerais savoir, Darian, ce qui t'a poussé à agir ainsi. Cette question ressemble fort à une nouvelle épreuve et, après les durs moments que vous venez de vivre, vous ne vous sentez pas disposé à vous livrer de nouveau à ce petit jeu avec le dragon. Pourtant, quelque chose vous pousse à lui répondre et, presque malgré vous, vous lui déclarez avec un soupir de lassitude :
- Je ne pouvais pas m'en aller tranquillement en vous laissant aux mains de vos bourreaux, même si Issel s'était rangé de leur côté. Je ne suis peut-être qu'un apprenti magicien, mais mon maître m'a toujours enseigné de ne faire que ce qui me paraissait juste.
- Tu as donc tué ton ami parce que tu n'étais pas d'accord avec lui ? vous demande le Gardien sur un ton impassible.
- Non, répondez-vous en secouant fermement la tête. Je l'aurais épargné s'il m'en avait laissé la possibilité. Mais il s'est délibérément rangé dans leur camp ; dès lors je n'avais plus guère le choix. Peu importait ce qu'ils avaient pu dire de vous. Peut-être disaient-ils vrai, peut-être mentaient-ils, mais tout ce dont j'étais sûr, c'est qu'ils se complaisaient à infliger sous mes yeux les pires tortures à un être vivant. Aucune cause ne peut justifier de tels actes, et seul un lâche aurait laissé faire sans intervenir : j'aurais préféré renoncer à mon Rêve s'il avait dû s'accomplir au prix de vos souffrances. Il me fallait donc prendre parti et, entre les bourreaux et la victime, je choisirai toujours la seconde !
Le Grand Dragon reste un long moment silencieux, perdu dans ses pensées. Lorsqu'il reprend la parole, sa voix n'est plus qu'un doux murmure :
- Darian, je te crois réellement digne de réaliser le Grand Œuvre, de supporter le poids du secret prodigieux de la Pierre Philosophale.
Stupéfait, vous restez un moment sous le choc de ces paroles, incapable d'admettre ce qu'elles signifient. Puis, oubliant toute crainte de folie (dans laquelle votre esprit vous semble de toute façon avoir d'ores et déjà sombré), vous relevez la tête et interrogez le dragon d'un regard incrédule. La puissante créature sourit, puis d'un majestueux hochement de tête confirme ce que vous n'osez croire, avant de vous désigner un petit objet fixé à une chaîne d'argent, posé sur le sol entre vous deux. Obéissant à son invitation muette, vous vous en saisissez et la voix de la créature magique retentit à nouveau entre les murs de la caverne :
- Cette amulette contient le Grand Secret que tant d'autres avant toi ont cherché en vain. Désormais, il t'appartient, Darian. Fais-en bon usage, et que Bel Zarath te protège !
Les dernières paroles du Gardien résonnent encore à vos oreilles quand une lourde chappe d'obscurité s'abat sur vous ; vous sombrez dans l'inconscience. Lorsque vous reviendrez à vous. (196)