Lecture des livres dont vous êtes le héros
9 Mai 2014
Vous poursuivez votre pénible progression depuis des heures ; le soir commence à tomber. La piste est loin derrière vous et les arbres entre lesquels vous vous frayez un chemin ont maintenant des formes étranges et tourmentées, ce qui donne à la forêt un aspect de plus en plus inquiétant alors que les ombres s'allongent. Vous contournez un arbre particulièrement tordu et biscornu, dont le tronc bizarre évoque un serpent lové sur lui-même, sur le point de frapper. L'éclat d'un rire grinçant vous fait soudain sursauter. La main sur le pommeau de votre épée, vous levez les yeux vers le ciel pour découvrir, perché au sommet de l'arbre, un énorme corbeau noir qui vous fixe de ses yeux perçants. Interrompant son ricanement, il entonne de sa voix rauque et sarcastique une étrange comptine :
De l'or et de l'argent, ou du plomb et de l'or,
C'est pour si peu, mortel, que tu risques la mort ?
Quelle est la part de rêve et de réalité ?
Rien n'est jamais vraiment ce qu'il pourrait sembler.
Quittant son perchoir, le volatile pique droit sur vous et, comme pour vous narguer, se met à voltiger autour de votre tête en croassant inlassablement son refrain à vos oreilles. Exaspéré, vous dégainez votre épée pour le faire taire définitivement, mais il s'enfuit à tire-d'aile entre les arbres en répétant entre deux ricanements :
- Que croire ? Que penser ? Jamais croire, toujours penser ! Toujours croire, jamais penser ! Que croire ? Que penser ?...
Le grand corbeau disparaît de votre vue et ses croassements se perdent bientôt dans le murmure de la forêt. Troublé, vous remettez votre épée dans son fourreau et reprenez votre marche en ruminant dans votre esprit les paroles de la comptine. Le corbeau voulait-il dire qu'il est vain de rechercher le secret de la Pierre Philosophale, qu'il est impossible de changer le plomb en or ? Ou bien que ce secret n'a aucune espèce d'importance ?... Plongé dans un abîme de perplexité. (262)