Lecture des livres dont vous êtes le héros
8 Mai 2014
Le dernier guerrier s'écroule à vos pieds, rougissant de son sang le sol de la caverne. D'un geste las, vous remettez votre épée au fourreau en vous tournant vers l'endroit où, hélas ! est tombé votre infortuné compagnon. A votre stupéfaction, son cadavre a disparu ! Lorsque vous vous retournez, vos yeux s'écarquillent encore un peu plus de surprise, car le Grand Dragon se couche devant vous, et son gigantesque corps de bronze ne porte plus la moindre trace de blessure ! Son énorme tête s'abaisse majestueusement jusqu'à votre hauteur et vient se poser sur l'une de ses puissantes pattes. Ses grands yeux en amande couleur d'or luisent d'un éclat magique et vous en détournez vivement votre regard. Vous vous souvenez que maître Gorfindalf vous a souvent répété que celui qui s'aventurait à regarder un dragon dans les yeux risquait de sombrer dans la folie.
- Le haut fait que tu viens d'accomplir mériterait d'entrer dans la légende, Darian, tonne la voix caverneuse du dernier des Grands Dragons après quelques instants de silence. Tu as combattu avec le courage et la vaillance de mille braves, et tu as ainsi largement mérité ma reconnaissance et mon respect. Mais une question reste encore pour moi sans réponse. Pourquoi as-tu agi ainsi ? Pourquoi as-tu pris ma défense alors que rien ne t'y obligeait ? Vous voulez bien être pendu si le rusé dragon n'en profite pas, une fois de plus, pour vous soumettre à l'une de ses maudites épreuves, et vous avez bien envie de lui rétorquer qu'il peut faire de vous ce qu'il veut, mais que vous êtes plus que las de ce petit jeu et refusez d'y jouer plus longtemps avec lui. Pourtant, quelque chose vous pousse à lui répondre d'une autre façon.
- Je me suis simplement senti incapable de m'en aller en laissant ces misérables vous torturer, dites-vous d'une voix brisée par la fatigue et le chagrin. J'aurais failli à mon honneur en agissant autrement.
- Et Issel ? reprend le dragon d'une voix dont la soudaine douceur vous surprend.
Mais sa question ravive la douleur causée par la brutale disparition de votre ami, et vous hochez tristement la tête avant de répondre :
- S'il a si vaillamment combattu et trouvé la mort à mes côtés, c'est certainement pour les mêmes raisons, car c'était un homme d'honneur. Pas plus que moi, il n'a pu se résoudre à se servir de la Clairière des Rêves pour ses seuls desseins alors qu'on vous torturait. Peu importe ce que vous avez pu faire, vous et les vôtres, dans le passé. Les hommes ont leur version et j'imagine que les dragons ont la leur. Tout ce dont nous étions sûrs, Issel et moi, c'est que vous vous étiez comporté honnêtement envers nous.
Le grand Bel Gath reste un long moment silencieux. Lorsqu'il reprend enfin la parole, son énorme voix n'est plus qu'un doux murmure, et c'est moins à vous qu'à lui-même qu'il semble tout d'abord s'adresser.
- La frêle race des humains ne cessera jamais de m'étonner, Darian. Sincèrement, je crois que tu es maintenant digne d'assumer le plus lourd, le plus incommensurable de tous les secrets, celui de la Pierre Philosophale qui te permettra de changer le plomb en or.
Vous restez un moment hébété, incapable d'admettre la réalité de ces paroles stupéfiantes. Lentement, vous relevez la tête et, sans plus vous soucier d'être pris de folie en plongeant vos yeux dans ceux du dragon, vous l'interrogez du regard. Pour toute réponse, il hoche la tête avec bienveillance et son énorme patte dépose délicatement devant vous une statuette de bois munie d'une chaîne d'argent. - Cette amulette renferme le secret que tu désires tant connaître, vous dit-il avec ce qui ressemblerait presque à de l'émotion dans la voix. Fais-en bon usage, avec ma bénédiction... et toute ma gratitude ! (196)