Lecture des livres dont vous êtes le héros
7 Juillet 2014
Le couloir débouche brusquement dans une vaste salle aux murs de blocs de pierre dont le moindre pèse au moins cinq tonnes. Un haut plafond voûté se perd dans la pénombre, soutenu par une colonnade de piliers de granit massif. Contre chaque pilier est adossé un squelette (pas tous humains, d'ailleurs), tandis qu'entre eux s'aligne en rangées parallèles l'armée la plus étrange que vous ayez jamais vue : des soldats équipés d'un assortiment hétéroclite d'armures rouillées et portant des armes antiques, tous morts depuis longtemps. Vos yeux se dilatent d'étonnement en considérant ces Légions de cadavres dressés. Ici une file de momies, là des zombis, des vampires, plus loin des goules. Ici les Romains morts, les anciens Bretons, les Gaulois, les Huns ; là les corps des primitifs qui se battaient contre les mammouths à l'ère glacière. Et là... Un frisson vous parcourt l'échiné. Car vous reconnaissez devant vous des personnages qui vous sont familiers — le sorcier Ansalom aux yeux fous, le Facofouine fantôme (Zim ba da boum) aux traits porcins, le prof de Math à la face hideuse du Royaume de l'Epouvante... Visage après visage, créature après créature, ennemi après ennemi, tous ceux que vous avez rencontrés et vaincus, tous coalisés aujourd'hui contre vous, un rictus inepte figé sur les lèvres, tandis qu'ils se préparent à tirer une terrible vengeance de... Hé, attention, ils ne bougent pas ! Ils se tiennent là en rangs serrés telle une armée, mais comme pétrifiés, leurs yeux aveugles fixés dans le vide et sans le moindre frémissement, sans bouger d'un poil...
Vous reculez d'un pas.
Mais vous êtes mort, vous aussi ! protestez-vous.
Vous vous êtes rompu le cou en tombant d'un pommier.
C'est alors que vous remarquez les yeux de Merlin qui ont un peu l'air de sortir d'un film de série B des années cinquante où, parfois, des êtres venus d'ailleurs s'introduisaient dans l'enveloppe charnelle de Terriens. Ils sont blancs à 98 %, très ronds avec un regard fixe. Pas de doute, votre vieil ami et mentor, artisan direct de sept de vos plus passionnantes aventures, a été investi par les Forces du Mal. Certes, il a l'excuse d'être mort ; mais à moins que ses yeux ne vous trompent, il n'en a pas moins basculé dans le camp de l'ennemi.
Vous la toisez, vous demandant peut-être à quoi riment ses élucubrations. Mais la situation est trop critique pour s'attarder à des points de détail.
E.J. hausse les épaules.
Alors, en avez vous une ?