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Le Site dont vous êtes le Héros

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La Malédiction

Voici comment le malheur est arrivé. Durant de nombreux mois, après le retour d'Excalibur1, le Royaume d'Avalon connut de nouveau la paix et l'abondance. C'était l'une de ces époques bénies où le commerce est prospère, où le blé pousse dru, où brigands, coquins, malandrins, bandits de tout poil se mettent en semi-retraite, et où il ne pleut que la nuit, passé minuit. Les dragons eux-mêmes ne faisaient que de rares apparitions, très espacées (résultat d'un mois d'août fort sec Tannée précédente, d'après les vieux du pays) ; l'un d'eux avait d'ailleurs inventé la formule : « On se la coule vraiment douce ! ». devenue par la suite un slogan universel.
Les valeureux Chevaliers de la Table Ronde, n'ayant que quelques dragons à combattre et peu de torts à redresser, passaient la majeure partie de leur temps à organiser des tournois, à la grande satisfaction des paysans qui obtenaient des billets gratuits pour ces spectacles, et prenaient le plus vif plaisir à voir tous ces aristocrates tomber de leurs chevaux, et se casser un bras par-ci, une côte par-là. Le Roi Arthur, soulagé du lourd fardeau des affaires de l'État, disposait de plus de temps libre qu'il consacrait à la pêche.

Seuls l'Enchanteur Merlin et le Tonnelier de la Cour — petit homme trapu du nom de Harold — étaient occupés ; et cela uniquement parce que ce redoutable excentrique qu'était l'Enchanteur gallois avait passé à Harold la commande d'un gigantesque tonneau dans lequel il se proposait de vivre, tel Socrate (ou bien était-ce Platon 7).
Le mystère plane encore sur les événements qui bouleversèrent cette situation idyllique. Certes les hypothèses ne manquèrent pas. La sage-femme de Glastonbury, Mme Duracre, racontait que le Joueur de Flûte engagé par la Municipalité pour débarrasser l'Hôtel de Ville des cafards qui l'infestaient n'avait jamais été payé. Albert le Cultivateur, aussi célèbre pour ses élucubrations fantaisistes que pour sa manie de fumer de la tourbe dans sa pipe en terre, soutenait que le responsable était son ennemi juré, Abraham le Forgeron, qui avait un soir pris une telle cuite qu'il était tombé dans un Puits Sacré, commettant ainsi malgré lui un acte de profanation. Petronicus Ambilicus, le vieil Alchimiste romain qui s'adonnait encore à sa science à Glastonbury, estimait qu'il s'agissait d'un phénomène saisonnier, mystérieusement lié à la position de la planète Mercure.
Selon des théories plus sérieuses, avancées par l'archevêque de Canterbury. on aurait dérangé l'Hydre Géante en Cornouailles ; à moins qu'il ne fallût incriminer les sorcières du Pays de Galles. Mais le fait est que personne ne savait vraiment. Chacun s'endormit un soir (avant minuit pour éviter la pluie) dans un Royaume où tout était verdoyant, doré, ensoleillé et paisible, et se réveilla le lendemain matin pour être plongé dans un cauchemar de pourriture , de pestilence, de ténèbres et de corruption.
Le premier détail qui frappa tout le monde, c'est que le soleil, à l'aube de ce jour-là, prit une inquiétante teinte verdâtre. Et, bien que le phénomène se fût légèrement atténué durant la matinée, un épais brouillard planait toujours sur Glastonbury ; les réserves d'eau étaient polluées, tous les Chevaliers d'Avalon avaient disparu, un champignon grisâtre rongeait le Château de Camelot, les récoltes de grain étaient détruites, une épidémie ravageait les cochons et tout le bétail en général, le sol était devenu stérile, des boursouflures et des taupinières hérissaient, tels des furoncles, la surface de toutes les routes principales, l'or se mettait à rouiller, le linge pourissait, et presque tout était recouvert d'une sorte de moisissure.
Une malédiction s'était abattue sur Avalon, disaient en hochant la tête les vieux du pays. Et, pour une fois, tout le monde était d'accord avec eux. Mais que pouvait-on faire ? Tel était le problème. Une première délégation se rendit à Camelot, mais constata aussitôt qu'il était impossible de pénétrer dans le Château, et encore plus d'entrer en communication avec le Roi Arthur ou les membres de sa Cour.
Une deuxième délégation se rendit au tonneau de Merlin, dont l'accès lui fut refusé, sous prétexte que l'Enchanteur n'avait rien à se mettre sur le dos. Les membres de la délégation admirent volontiers cette explication, car ils avaient eux-mêmes perdu la majeure partie de leurs vêtements. Après quoi, les gens se résignèrent à souffrir, comme c'est généralement le cas en présence d'une mystérieuse adversité. Sauf Merlin, bien entendu, qui, selon son habitude en cas de problèmes trop graves pour être résolus par des humains normaux, lança un Sortilège du Filet pour capturer le plus grand héros de tout l'univers connu, un être doué d'assez de courage, d'adresse, de talent, de bon sens, de beauté et de confiance en soi pour animer le corps de Pip. Ceux qui connaissaient l'existence de ce sortilège furent fort soulagés. La situation exigeait en effet l'intervention d'un héros — en particulier, un héros assez stupide pour risquer sa peau — afin de rétablir l'ordre.


Maintenant, pour poursuivre votre lecture.

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