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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Prologue

Tandis que vous feuilletez les journaux du matin, en ce 17 octobre 1894, un article du Times attire votre attention. Il relate un meurtre étrange survenu à Compton :

Meurtre à la Campagne

De notre correspondant à Oxford, Martin Colby

La campagne du nord d'Oxford est en pleine effervescence, et les rumeurs et spéculations sur ce que les autochtones appellent déjà "l'affaire Compton" vont bon train. Les faits sont les suivant. M. William Harrington, habitant du village de Compton et régisseur du domaine de lady Holden depuis vingt ans, a disparu dans la nuit du 5 octobre, alors qu'il collectait des loyers du domaine.

Des recherches ont été entreprises pendant la nuit, mais c'est seulement le lendemain matin que la police a découvert les premiers indices. Dans un petit buisson, sur le bas-côté de la route qui mène à la maison de M. Harrington, les policiers ont découvert des traces de lutte ainsi qu'un mouchoir taché de sang et des pièces de monnaie.

A la suite de cette découverte bouleversante, la police à procédé à de plus amples recherches à travers la campagne voisine dans l'espoir de trouver d'autres indices. En vain. La veuve éplorée de M. Harrington a seulement pu apprendre à la police qu'elle avait constaté l'absence de son mari quand elle ne le vit pas regagner le domicile familial à son heure habituelle.

Le 7 octobre, forte de soupçons éveillés par des pièces qu'avait fournies Mme harrington, la police arrêta John Packham, domestique à Compton Hall, sur présomption du meurtre de M. Harrington, et l'on crut que l'affaire allait être rapidement dénouée. Toutefois, aucune plainte ne fut officiellement déposée contre M. Packham et la police refusa de révéler quoi que ce soit quant au déroulement de l'enquête. Le 12 octobre, appparemment à la suite d'informations données par M. John Packham, la police procéda à l'arrestation de Mme Hilda Packham et de M. Richard Packham, qui protestèrent tous deux de leur innocence, traitant John Packam de fils et de frère dénaturé. Le 13 octobre, on dragua le bief du moulin de Warbury mais, en dépit de tous les efforts de la police locale, on ne retrouva aucun corps.

En l'absence de corps, l'enquête de la police semble actuellement au point mort et, après huit jours d'investigations, il reste encore à étayer les présomptions concernant John Packham et sa famille. Chaque jour voit croître l'inquiétude du public qui réclame, de façon de plus en plus pressante, l'intervention de Scotland Yard.

Interrogé récemment, le commissaire Fraser, chef de la police de l'Oxfordshire, prit la défense de ses hommes et écarta la nécessité de faire appel au Yard. Il affirma avec vigueur que les recherches de la police progressaient et que l'inspecteur Crabtree, chargé de l'enquête, attendait une découverte sensationnelle d'un instant à l'autre.

Cet article vous intéresse tout particulièrement car, pas plus tard qu'hier, vous avez reçu un télégramme de l'inspecteur Crabtree vous priant de le recevoir afin de discuter d'une affaire "assez délicate". Et justement, des voix étouffées et des bruits de pas dans l'escalier annoncent l'arrivée imminente de votre visiteur. Vous entendez des pas dans le vestibule, puis la porte s'ouvre sur un homme d'âge mûr au teint vermillon.

- L'inspecteur Crabtree ! chevrote la voix aiguë de Mme Clumber, qui referme la porte avec un geste sec.

Mal à l'aise, l'inspecteur tripote le bord de son chapeau du bout des doigts. Vous vous levez pour lui serrer la main, puis vous le débarrassez de son manteau et de son chapeau et vous l'invitez à prendre un siège.

- Merci, répond-il avec un sourire crispé, mais je préférerais de beaucoup rester debout et me réchauffer à votre feu, si vous le permettez.

Vous donnez votre assentiment et vous retournez vous asseoir tandis que l'inspecteur va se placer devant la cheminée.

- Une affaire délicate m'amène, commence-t-il. Je suppose que vous savez que c'est moi qui suis chargé de l'enquête sur ce que la presse a surnommé "l'Affaire Compton" ?

Vous acquiescez d'un signe de tête.

- Eh bien, l'affaire s'avère très décourageante ! Je pense que nous avons arrêté les coupables, mais mes agents ne parviennent pas à mettre la main sur une preuve solide qui permettrait d'engager les poursuites. Pour aggraver les choses, je subis une telle pression pour résoudre cette affaire, que j'ai peut-être agi, ces derniers temps, avec une certaine précipitation. Pire encore, la presse s'est emparée de l'histoire, notamment un journaliste qui fait tout un battage pour que Scottland Yard participe à l'enquête. Mon chef est opposé à cette mesure qui porterait préjudice à la réputation de notre police. Toutefois, il n'est pas opposé à l'intervention d'un esprit nouveau, de l'extérieur, du moment que la personne en question accepte d'observer une discrétion absolue.

L'inspecteur marque un temps d'arrêt, cherchant à lire une réaction sur votre visage.

- Nous nous demandions si vous accepteriez d'étudier cette affaire. J'ai eu votre nom par l'inspecteur Lestrade, du Yard.

Vous confirmez votre intérêt pour l'affaire et vous demandez plus d'information sur les événements. Un soulagement visible se peint sur le visage de l'inspecteur qui reprend son récit d'une voix plus confiante.

- Très bien, monsieur. La victime, William Harrington, a quitté son domicile au matin du mercredi 5 octobre. Il a dit à sa femme qu'il allait à pied à Nethersage, un village voisin, pour collecter les loyers trimestriels de lady Holden. Nos enquêtes ont démontré que c'était là sa façon habituelle de procéder. Nous avons retracé son itinéraire et découvert que sa dernière visite avait été pour...

L'inspecteur s'arrête un instant et consulte son calepin.

-... Pour la villa Broom, propriété louée à lady Holden par M. et Mme Burdock. Mme Burdock nous a avisés que, comme M. Harrington lui avait paru fatigué, elle l'avait invité à s'asseoir au coin du feu et lui avait offert une boisson chaude - une tisane, si je ne me trompe. M. Harrington resta à la villa Broom jusque peu avant six heures du soir ; il s'exclama alors qu'il était tard et qu'il devait se remettre en route, sinon sa femme allait s'inquiéter. On ne l'a plus revu. La villa des Burdock est à une demi-heure de marche au plus de la maison de M. Harrington, soit dit en passant. Mme Harrington nous a expliqué qu'elle avait commencé à s'inquiéter pour son mari quand elle a vu, à sept heures, qu'il n'était toujours pas rentré. Son fils Ernest Harrington, étant sorti, elle pria John Packham, domestique de lady Holden qui habitait chez les Harrington, d'aller voir si son mari était resté travailler tard au manoir de Compton. Ce que fit John Packham, qui se mit en route peu après dix-neuf heures. Quand il arriva au manoir, c'est la femme de chambre, Daisy Callow, qui lui ouvrit. Elle lui dit que M. Harrington n'était pas là et qu'il avait été absent toute la journée. John Packham retrouna alors à la maison des gardiens pour prévenir Mme Harrington. Inquiète, celle-ci le renvoya dehors en lui demandant cette fois-ci d'aller voir sur la route de Nethersage. Un jeune gaillard comme John Packham fait largement l'aller-retour de Compton à Nethersage en deux heures et quart, or, quand la pendule sonna onze heures, il n'était toujours pas rentré. Ne voyant revenir ni John Packham ni son mari, Mme Harrington fut prise de panique. Elle n'osa pas sortir, toutefois, de crainte de les manquer, aussi resta-t-elle à attendre que son fils rentre à la maison. Ernest Harrington arriva vers minuit moins vingt. Sa mère l'envoya aussitôt à la recherche de son père et de John Packham. Si, en atteignant Nethersage, il ne les avait toujours pas trouvés, il devait aller tout de suite prévenir la police. Ernest Harrington déclara qu'il n'avait pas fait deux kilomètres quand il croisa John Packham qui rentrait. Lorsqu'il lui demanda où il avait passé tout ce temps, John répondit : "Je cherchais M. Harrington." John lui dit ensuite qu'il avait cherché partout, mais sans résultat. Ernest Harrington lui demanda s'il était allé voir chez l'un ou l'autre des locataires, et John répondit que non. Ils se rendirent alors à la maison des locataires les plus proches, où brûlait encore une lumière. Il s'agissait de la villa Broom. A la villa Broom, ils apprirent que M. Harrington était venu et reparti six heures auparavant. Craignant le pire, ils se remirent à chercher le long du tronçon de route entre la villa Broom et la maison des gardiens, tandis que M. Burdock se rendait à Nethersage pour alerter le policier du village. L'agent Small arriva à la villa Broom à deux heures dix du matin. Comme d'épais nuages barraient la lune cette nuit-là, il conseilla de reporter les recherches au point du jour. A l'aube, ils reprirent les recherches. Sur la route entre Nethersage et Compton, l'agent de police rencontra Mme Welbeck, vieille dame assez excentrique, qui confirma qu'il appartenait bien à son père. Mme Welbeck les conduisit alors à l'endroit où elle avait trouvé le mouchoir, et ils y trouvèrent également une clef, une pièce de un shilling et deux de six pence. Quand Mme Harrington apprit tout cela, elle s'effondra et nous ne pûmes pas l'interroger tout de suite. Lady Holden, rompue à l'adversité comme elle l'est, prit la nouvelle assez stoïquement. Nous affichâmes des avis appelant toute personne susceptible de nous fournir des informations à se présenter. Mais je dois reconnaître que nos espoirs de trouver la clef du mystère étaient plutôt minces car nous pensions que M. Harrington avait probablement été assassiné par un chemineau. Cependant, le vendredi suivant, nous apprîmes en interrogeant Mme Harrington que John Packham nourrissait un grief contre son mari. Il apparut clairement aussi qu'il devait avoir été au courant que M. Harrington portait sur lui une somme d'argent conséquente. Nous vérifiâmes déchirés et maculés de boue. La première fois que nous avions interrogé John Packham, il nous avait déclaré avoir passé les quatre heures où il s'était trouvé dehors la nuit du meurtre à chercher M. Harrington sur la route de Nethersage. Pourtant, nous ne parvenions pas à trouver de témoin capable de corroborer sa déclaration, et le laps de temps était plus long que ce qu'on aurait normalement estimé nécessaire. Au cours du second entretien, nous entreprîmes John Packham sur l'éventuel grief qu'il avait contre M. Harrington et nous le sommâmes de justifier l'état de ses vêtements. Il nia nourrir le moindre grief contre M. Harrington, bien que nous ayons la preuve que ce dernier lui avait adressé un avertissement concernant sa liaison avec Daisy Callow. Il nia également savoir quoi que ce soit sur le meurtre et il expliqua l'état de ses habits en disant que, ce soir-là, il n'avait pas seulement fouillé la route de Nethersage, mais aussi la vieille piste qui passe par la colline du Pendu. C'est alors que nous décidâmes de le retenir pour de plus amples interrogatoires. Le 12 octobre, Packham confessa le crime. Il prétendit que le meurtre avait été provoqué par la méchanceté de sa mère et de son frère. Il nous apprit que tous deux le poussaient depuis quelque temps à se servir dans la caisse de lady Holden et que, jusqu'à ce soir fatal du 5 octobre, il leur avait résisté. Ce soir-là, déclara-t-il, après avoir parcouru à pied la route de Nethersage, il s'était arrêté pour boire un verre chez sa mère. Celle-ci, en apprenant le motif de sa course et le fait que M. Harrington aurait de l'argent sur lui, appela son autre fils, Richard, et mit sur pied un plan pour attaquer l'intendant et voler l'argent. John, son frère Richard et Mme Packham se mirent ensuite à la recherche de M. Harrington. Ils le retrouvèrent qui se reposait à l'orée du bosquet, comme nous l'avions supposé, et l'attaquèrent. Au cours de la lutte qui s'ensuivit, Richard Packham assena un coup violent sur la tête de M. Harrington et le tua. Les Packham fouillèrent alors ses poches et volèrent l'argent. Puis John et Richard portèrent le corps de M. Harrington au bief du moulin de Warbury, de l'autre côté de la colline du Pendu. Là, après l'avoir lesté avec des pierres, ils le jetèrent à l'eau. Pendant ce temps, Mme Packham cachait l'argent des loyers en lieu sûr. Cette confession nous fournissait le mobile ainsi que l'identité des agresseurs, et elle nous indiquait où trouver le corps. Elle expliquait aussi pourquoi John Packham était resté si longtemps dehors cette nuit-là. En conséquence, des mandats d'arrêt contre Hilda Packham et son fils Richard furent émis. Richard est un trublion notoire, et il s'avéra qu'il avait les doigts écorchés. Mme Packham, en détention préventive, reconnut avoir vu son fils dans la soirée du 5 octobre mais elle prétend qu'il est seulement passé prendre un verre chez elle à Nethersage et qu'il n'est rien arrivé. Les deux complices ont nié être mêlés au crime. Nous avons fouillé leur maison et le jardin, sans parvenir à retrouver l'argent des loyers. Puis nous avons dragué le bief du moulin de Warbury mais nous n'y avons pas trouvé le corps. Enfin, pour couronner le tout, John Packham est revenu sur sa déposition en prétextant qu'il avait eu un accès de fièvre cérébrale et qu'il ne savait rien du meurtre. Cela nous laissait avec, pour toutes pièces à conviction, le mouchoir, la clef et les pièces de monnaie. Nous avons consulté les magistrats et ils estiment que nous ne détenons pas assez de preuves pour leur permettre d'ouvrir un procès pour meurtre. Nous avons relaxé Mme Packham il y a quelques jours, à condition qu'elle ne quitte pas Nethersage tant que durera l'enquête.

L'inspecteur Crabtree marqua un temps d'arrêt et se caresse la moustache ; une lueur pétille dans son regard.

- De vous à moi, nous espérons qu'elle essaiera de s'enfuir et nous conduira ainsi à l'argent.

Il vous regarde droit dans les yeux, puis il s'éclaircit la gorge et reprend.

- John et Richard Packham sont encore en détention mais, si nous ne faisons pas rapidement une découverte de taille, nous allons devoir les libérer eux aussi. Et si on en arrive là, ce ne sera plus qu'une question de temps avant que la presse ne réclame une enquête à cor et à cri. Une telle enquête aurait un effet désastreux sur la réputation de nos forces de police, à moins que nous ne soyons à même de justifier nos accusations contre les Packham ou de fournir une autre solution, ce qui couperait court à toute critique et transformerait les blâmes en louanges. C'est là que vous pourriez peut-être procéder à une enquête discrète de votre côté, et voir si vous parvenez à dénicher quelque chose qui puisse nous servir. Ce que nous devons savoir, c'est qui a tué M. Harrington, où se trouve son corps actuellement, où est l'argent des loyers, et quel a été le mobile de l'assasin.

Vous dites à l'inspecteur Crabtree que vous allez prendre avec lui le prochain train pour Banbury et vous donnez ordre à Mme Clumber de préparer votre menteau, votre chapeau et votre sac.

- Je vais câbler qu'on envoie une voiture nous attendre à la gare de Banbury, annonce l'inspecteur. Et je vais aussi prévenir le brigadier qu'il vous réserve une chambre à l'hôtel de la Croix-de-Banbury. C'est le meilleur hôtel de la ville.

Quatre heures plus tard, en début d'après-midi, vous descendez d'un cab et vous pénétrez dans l'hôtel. L'inspecteur Crabtree traverse le hall et appuie sur la sonnette. En attendant le réceptionniste, vous consultez un panneau d'affichage, où vous remarquez une notice écrite à la main, annonçant une foire aux chevaux à Enderby, le 5 octobre. Le réceptionniste émerge alors de son bureau pour vous demander de bien vouloir signer le registre. On porte votre sac dans votre chambre ; vous voici prêt à démarrer votre enquête.

Cette affaire va probablement se dérouler sur plusieurs jours. La Fiche d'Enquête est divisée de façon à vous permettre de repérer facilement quel jour vous êtes, à tout moment de votre enquête. Vous pouvez consulter quatre Indices le premier jour et huit par jour à partir du lendemain. votre enquête commence l'après-midi du 17 octobre.

Mais attention, si elle n'est pas achevée le 27 octobre le Yard interviendra et vous aurez échoué !

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