Lecture des livres dont vous êtes le héros
23 Août 2014
- Si vous souhaitez connaître nos objectifs, je me ferai une joie de vous les exposer, déclare calmement le porte-parole. Je suis persuadé qu'ils ne vous paraîtront pas incompatibles avec vos propres opinions.
- N'en soyez pas trop persuadé, rétorquez-vous.
- Eh bien, écoutez-moi jusqu'au bout, lieutenant, vous jugerez après. Je sais que vous êtes au courant de l'existence des Dynamiteurs, les terroristes que nous avons essayé de faire accuser du malencontreux incident dans lequel a péri le lieutenant Wheeler.
- Oui, je sais que vous avez essayé de les faire accuser du meurtre, rectifiez-vous.
- Oui, évidemment, mais « meurtre» est un terme tellement brutal, vous ne trouvez pas ?
Devant votre expression, il s'empresse d'enchaîner.
- Quoi qu'il en soit, c'est aux Dynamiteurs et autres criminels du même acabit, à cette vermine des taudis et des ténèbres, que nous nous attaquons. Ces gens-là sont responsables de l'atmosphère de terreur dans laquelle nous vivons. Ils la font naître, s'en repaissent et s'en délectent. Ils tuent au hasard et de gaieté de cœur, pour le seul plaisir de tuer. Peu leur importent les victimes: les femmes et les enfants sont aussi exposés que n'importe lequel d'entre nous. Ils n'ont pas le courage de se battre au grand jour comme des hommes. Ils sapent la structure même de la société britannique, continue-t-il. Les gens n'osent plus se réunir nulle part, par peur de ces canailles. Nous sommes la nation la plus puissante et la plus riche que le monde ait jamais connue, et nous n'osons pas nous débarrasser d'une poignée de criminels embusqués parmi nous comme des loups dans une bergerie. Et vous savez pourquoi nous ne nous défendons pas ? A cause des poltrons du Parlement! répond-il à sa propre question avant que vous n'ayez pu ouvrir la bouche. Ils empêchent la police de faire son métier ils étouffent l'armée et la marine sous des montagnes de paperasses. Et voilà maintenant que les pires d'entre eux ont la prétention, pour calmer les criminels, d'aliéner une partie du Royaume-Uni ! De l'abandonner ! Pouvez-vous imaginer cela ? Ce qu'il nous faut, c'est de la fermeté. La fermeté qui ne peut être exercée que par un souverain, un souverain qui ne serait pas entravé par des lois que vote le Parlement pour protéger les criminels aux dépens des victimes. C'est le but que nous poursuivons. Il ne s'agit pas de trahison: nous comptons remettre le pouvoir entre les mains très capables de notre reine, Nous dissoudrons le parlement. La reine Victoria aura la poigne nécessaire pour nous débarrasse de ces vermines, quand elle n'aura plus à transiger avec les protestations geignardes d'une bande de pleutres larmoyants. Avec tout le poids de l'armée derrière elle, elle saura quoi faire.
Cette profession de foi vous fait froid dans le dos. Les sentiments populaires sont si vigoureux en Grande-Bretagne que cet olibrius risque de déclencher une guerre civile.
- Et la Grande Charte qui garantit les droits du parlement depuis Jean sans Terre, c'est-à-dire depuis 1215 ? objectez-vous.
- Il faut l'abroger, répond calmement le porte-parole. Temporairement, bien entendu.
- La reine est-elle au courant de vos projets ? demandez-vous, abasourdi par l'audace et l'envergure du complot.
- Non, reconnaît le porte-parole, mais nous sommes convaincus qu'elle jouera son rôle le
moment venu.
- Et si elle refuse ?
- Alors, c'est qu'elle n'est pas digne de porter la couronne, répond le porte-parole sans un battement de cils, et nous trouverons quelqu'un qui le sera.