Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Août 2014
De retour dans votre chambre, vous mettez votre bureau sens dessus dessous pour retrouver la lettre de votre père, que vous dépliez et parcourez rapidement des yeux.
- Voilà, murmurez-vous tout bas. L'adresse est 221 Baker Street, près de Saint John's Wood.
Pendant un instant, vous vous livrez à de fébriles calculs mentaux. Le prochain train qui passe à Kingston vous amènera à la gare de Waterloo aux alentours de 4 heures de l'après-midi, ce qui vous permettra d'arriver chez votre cousin entre chien et loup, bien avant l'heure du dîner. Vous vous promettez de ne pas abuser de son hospitalité, mais
vous espérez sincèrement qu'il vous consacrera le temps nécessaire pour écouter votre histoire. Après vous être habillé en civil, vous gagnez rapidement la gare. Heureusement pour vous, le train a près de dix minutes de retard, et vous atteignez la gare au moment précis où il y arrive. En y montant, vous apercevez le commandant Dillon, également en civil, qui s'assoit dans un autre compartiment. Il ne vous voit pas, et vous ne jugez pas utile d'aller le retrouver. Après un voyage sans histoire, vous débarquez à la gare de Waterloo où vous réussissez à trouver un fiacre pour vous rendre à Baker Street. Vos calculs étaient exacts: le soleil se couche au moment où votre cab s'arrête devant la maison de votre cousin. Tirant votre montre de votre gousset, vous vérifiez qu'il est une heure décente pour rendre une visite, avant de gravir les marches du perron et de frapper à la porte. Celle-ci vous est ouverte par une femme âgée qui attend, raide comme la justice, que vous daigniez lui expliquer ce qui vous amène. Quand vous lui dites que vous venez voir votre cousin, le Dr Watson, elle devient beaucoup plus aimable et vous déclare être Mme Hudson.
- Je vous avais pris pour un nouveau client de monsieur Holmes, dit-elle d'un ton méprisant en vous faisant entrer. Vous n'imaginez pas la racaille qui défile ici. Deuxième porte en haut de l'escalier.
Elle pointe le doigt vers la porte en question et retourne dans sa cuisine en hochant la tête et en marmonnant entre ses dents. Vous montez au premier et vous frappez à la porte. Elle vous est ouverte par un homme grand et mince, en veste d'intérieur. Ce sont ses yeux qui retiennent votre attention, des yeux aussi vifs et aussi perçants que ceux d'un oiseau de proie, et la ressemblance est encore accentuée par un long nez en bec d'aigle, Pendant un instant, vous avez l'impression qu'un projecteur vient de se braquer sur vous, puis, tout aussi soudainement, cette sensation disparaît. Il vous gratifie d'un sourire discret mais amical, il ouvre la porte toute grande et vous tend une main accueillante.
- Soyez le bienvenu, lieutenant Watson, dit-il. Je m'appelle Sherlock Holmes. Entrez donc, notre bon docteur va être ravi de votre visite: il a été morose toute la journée.
Vous sentez vos genoux vaciller. Comment ce parfait inconnu peut-Il savoir qui vous êtes ?
- Bonsoir, monsieur Holmes, répondez-vous troublé. J'espère que je ne vous dérange pas.
Vous entrez et vous jetez un regard circulaire. C'est une pièce agréable, spacieuse, bien éclairée et confortablement meublée.
- Dieu me pardonne, Holmes ! s'exclame une voix tandis qu'un autre homme se lève d'un fauteuil devant la cheminée. Est-ce que je ne vous ai pas entendu parler du lieutenant Watson ?
Il est moins grand que Holmes, mais plus vigoureux, et arbore une moustache broussailleuse.
- Oui, c'est bien ce que j'ai dit, répond Holmes. Lieutenant Watson, permettez-moi de vous présenter votre cousin, le docteur Watson. Je vois que le lieutenant appartient à votre ancien régiment, docteur.
- Heureux de vous connaître, dit le Dr Watson en venant vous serrer vigoureusement la main.
Puis, remarquant votre confusion, il ajoute avec un sourire :
- Ne vous inquiétez pas pour Holmes, il fait cela le temps.
- Je veux bien, mais comment ? demandez-vous toujours troublé. A ma connaissance, je ne vous ai jamais vus ni l'un ni l'autre avant aujourd'hui.
- Il faudra poser la question à Holmes, répond le Dr Watson en secouant la tête. Moi, cela me sidère chaque fois.
- C'est moins compliqué qu'il n'y paraît, lieutenant, intervient Holmes en se dirigeant vers la fenêtre pour bourrer sa pipe. Si je vous l'explique, cela vous semblera tout simple, ce qui est d'ailleurs le cas. En fait, c'est souvent plus difficile à dire qu'à faire. La plupart d'entre vous regardent leurs semblables sans les voir. Je m'efforce de les voir, puis je déduis ce que je peux de mes observations.
- Je comprends, dites-vous, mais je ne vois pas comment ce procédé vous a permis de m'identifier avec une telle certitude. J'ignorais que mon père avait écrit au docteur pour lui parler de moi.
- S'il l'a fait, je n'en ai rien su, et je n'avais pas besoin de le savoir.
Holmes fait une pause pour allumer sa pipe, puis il continue.
. - C'est relativement simple, vraiment. Vous présentez avec le bon docteur, un très net air de famille sûrement plus frappant pour un étranger que pour vous deux, et vous portez, au troisième doigt de la main gauche, une chevalière aux armes du clan Watson. Le bon docteur m'a toujours affirmé n'avoir aucune famille en Angleterre, mais cela n'exclut pas des parents vivant au loin. Votre peau est basanée, bien que vous ne vous soyez pas exposé au soleil ces derniers temps. Ce hâle, joint à la balafre de coup de sabre qui orne votre joue, évoque la guerre d'Afghanistan et l'armée des Indes. Vous arborez une cravate aux couleurs du 5e fusilier du Northumberland, ce qui prouve que vous êtes officier et, compte tenu de votre âge, probablement lieutenant. Comme je sais que le docteur Watson n'a pas de neveu correspondant à votre description, vous devez être un cousin. Comme je vous le disais, c'est tout simple.
- Maintenant que vous me l'expliquez, cela paraît effectivement simple, acquiescez-vous, mais il est sûrement beaucoup plus facile de comprendre la déduction après coup que de la réaliser.
- C'est possible, admet Holmes. Il est certain que très peu de gens sont prêts à se concentrer suffisamment longtemps sur un objet, sur une personne ou sur une situation pour voir ce qu'il y a à voir.
- Ça suffit, coupe le Dr Watson. Holmes, nous perdons le sens des convenances. Venez vous asseoir près du feu avec nous. Vous restez dîner, bien entendu. Madame Hudson est une excellente cuisinière. Ou je me trompe fort, ou nous aurons de la bécasse au menu.
- Je serais ravi de me joindre à vous, acceptez-vous avec reconnaissance, mais je crains que ma visite ne soit pas dictée uniquement par la courtoisie. Je suis venu vous demander votre avis sur une affaire grave, une affaire à laquelle vous ne souhaiterez peut-être pas être mêlés.
- Nous sommes tout ouïe, vous encourage le Dr Watson avec sollicitude. .
Holmes ne dit rien, mais vous sentez qu'il avait déjà compris que quelque chose vous tracassait et qu'il attendait simplement que vous en fassiez part.
- Vous avez probablement entendu parler de l'attentat de la nuit dernière à la station de Paddington, commencez-vous et, lorsqu'ils acquiescent, vous continuez. L'une des victimes est le lieutenant Jonathan Wheeler, mon meilleur ami. J'ai de bonnes raisons de penser que la version officielle des événements pourrait être erronée et que la police est trop pressée d'accuser les Dynamiteurs. Vous exposez ce que vous avez appris jusqu'ici et
vous concluez en montrant le talon de ticket.
Si vous avez enregistré l'Indice B.