Lecture des livres dont vous êtes le héros
6 Septembre 2014
- Nous arrivons à South Riding, explique Watson en rangeant les brochures. C'est bien là que nous prenons la correspondance pour Gunston, n'est-ce pas ?
Vous acquiescez et vous suivez Watson qui descend du compartiment et traverse le quai dans la lumineuse chaleur d'une belle journée estivale -. Interrogé par votre cousin, un porteur désigne un tortillard en train de charger passagers et marchandises. Vous n'avez que le temps d'y monter.
- Pas un seul nuage dans le ciel, dit Watson d'un ton lyrique.
Détective avant tout, vous en repérez aussitôt un à l'horizon. Les sièges de l'omnibus sont en bois et apparemment conçus de façon à transmettre directement les secousses au douloureux postérieur des passagers. Vous comprenez vite que le ballast aurait besoin d'être entretenu, et vous commencez à compter les minutes jusqu'à l'arrivée à destinatination. Le bruit de la locomotive rend toute conversation impossible, et les arrêts dans les stations inter médiaires ne font qu'aggraver les heurts, chocs et cahots variés. Aussi moulus l'un que l'autre, vous finissez par atteindre Gunston où, avec un soupir de soulagement, vous descendez en titubant de votre wagon. Devant la jolie petite gare de brique, un valet en livrée attend sur le siège d'une resplendissante calèche. Après avoir échangé quelques mots avec Watson, il vous aide à y monter. Le rembourrage des coussins est une véritable bénédiction après le trajet en train, et la voiture est si bien suspendue qu'on la sent à peine rouler. L'air pur et le gai soleil vous requinquent vite et, au bout d'une vingtaine de minutes, la voiture pénètre dans le vaste domaine d'Eagle Towers, beau manoir de brique situé au sommet d'un mamelon entouré de bouquets d'arbres et de vergers de pommiers.
Lorsque vous descendez de la calèche, le colonel sort sur le perron pour vous accueillir et vous conduire à votre chambre.
- Ravi de vous voir, dit-il aimablement au Dr Watson en se contentant de vous adresser un signe de tête. Faites un brin de toilette et changez-vous le plus rapidement possible, puis venez nous rejoindre dans la bibliothèque pour le thé. Les autres invités sont déjà arrivés.
Un quart d'heure plus tard, vous descendez le large escalier au côté de votre cousin. La bibliothèque est à votre gauche. Vous vous rendez compte qu'elle faisait autrefois partie d'un majestueux hall d'entrée. Une baie cintrée la relie au vestibule et lorsque vous la franchissez, le colonel vous prend par la main et vous fait entrer. La bibliothèque est une belle pièce lambrissée, haute de deux étages. Trois de ses côtés sont couverts d'étagères jusqu'au plafond. Au niveau du premier étage, il y a une galerie à laquelle on accède par un escalier intérieur en colimaçon. Le quatrième côté, face à l'entrée, est occupé par une cheminée monumentale flanquée de fauteuils et de canapés confortables. Son manteau de pierre est à près de cinq mètres du sol, et l'aigle d'or trône sur sa haute tablette comme un don des dieux. Pendant un instant, vous ne pouvez détacher vos yeux de ce trésor, joyau d'or ciselé avec art et rehaussé de nombreuses pierres précieuses. Le colonel vous propose alors de vous présenter aux autres invités. Le premier hôte dont vous faites ainsi la connaissance, le capitaine Leaf, est un vieux militaire au teint fleuri et à la solide carrure, qui entreprend aussitôt de vous raconter ses aventures en Afghanistan. Pendant un moment, vous craignez de ne pas pouvoir rencontrer les autres invités avant la tombée de la nuit. Heureusement, une ravissante jeune femme blonde vole à votre secours.
- Oh, oncle Alex, dit-elle en gourmandant gentiment votre hôte, comment avez-vous pu commencer les présentations de ces pauvres malheureux par le capitaine ? Ils risquent de ne jamais connaître les autres.
A votre grand étonnement, Leaf prend la plaisanterie avec bonne humeur et se met en quête d'un autre auditeur à piéger avec ses souvenirs.
- Ma nièce, Ellen, dit brièvement le colonel visiblement en adoration devant sa nièce, avant que celle-ci ne vous entraîne.
- Mon fiancé, Robert Harris, annonce-t-elle en vous présentant un jeune homme svelte, bronzé et très élégant. Robert, ces messieurs sont les derniers invités de mon oncle, le Dr Watson, de Londres, et son cousin, M. Hurley.
Vous serrez la main de Harris, une poignée de main ferme, vigoureuse, qui s'accorde bien avec son visage ouvert.