Lecture des livres dont vous êtes le héros
7 Septembre 2014
Vous commencez à lire le Mémoire sur l'Artillerie légère du Yorkshire en vous demandant si cela vous sera d'une quelconque utilité. Vous comprenez vite que la batterie n'est pas une unité permanente de l'armée, mais plutôt un corps de réserve, mobilisé seulement en renfort. En dépit de ce statut particulier, elle a acquis une longue et glorieuse histoire en combattant sous les ordres de Wellington en Espagne et à Waterloo. On a fait de nouveau appel à l'artillerie légère du Yorkshire lors de la guerre de Crimée et, plus tard, pendant les campagnes d'Afrique des années 70. Votre hôte, le colonel Dunlop, a été le dernier commandant de l'artillerie légère du Yorkshire. Il y a si bien fait ses preuves qu'il est monté en grade et qu'on lui a confié le commandement de plusieurs batteries en Afghanistan. L'aigle (au féminin), que la brochure appelle « le trophée des Canonniers », fut fabriquée avec de l'or et des bijoux pris aux Français pendant la bataille de Vitoria, en 1813. D'après ce récit, le «trophée» fut d'abord sculpté dans du chêne, puis recouvert d'or et, enfin, enrichi de diamants, de rubis et de perles. Il est conservé dans la chambre forte d'une banque d'York, sauf pendant la semaine de la réunion annuelle. En lisant les comptes rendus de bataille qui émaillent le récit, vous tombez sur un incident intéressant, reconstitué chaque année au cours de cette réunion. En 1815, quelques jours seulement avant la bataille de Waterloo, deux officiers subalternes, Snead et Mortimer, se seraient battus en duel. Snead, qui était veuf, souhaitait épouser la sœur de Mortimer, et il s'était senti insulté lorsque Mortimer s'était opposé au mariage. Sur le pré, Mortimer avait tiré le premier et manqué son but. Snead, connu comme un excellent tireur, avait alors tiré délibérément au-dessus de la tête de Mortimer. Bien que la rituelle poignée de main qui avait suivi le duel ait montré qu'une antipathie mutuelle opposait toujours les deux hommes, la bataille de Waterloo avait révélé leur sens profond de l'honneur. Dans la fureur des combats de cette terrible journée, chacun d'eux avait sauvé à plusieurs reprises la vie de l'autre avant d'être blessé à mort sans avoir vu le soleil se coucher sur la victoire de Wellington. Leur commune bravoure tient une place aussi éminent dans la chronique de la batterie, que la conquête de l'aigle impériale, et leur duel est reconstitué chaque année pendant la réunion du colonel Dunlop. Vous êtes plongé dans le récit du siège de Sébastopol, en 1856, lorsque le train commence à ralentir et, en levant les yeux, vous voyez Watson glisser son Iivre dans la poche de son veston et rassembler ses affaires.