Lecture des livres dont vous êtes le héros
19 Septembre 2014
- Je ne crois pas avoir jamais vu une œuvre d'art aussi belle que cette aigle d'or, dites-vous négligemment.
Cette entrée en matière fait sourire le capitaine Leaf.
- Et vous ne risquez pas de revoir sa pareille, répond-il. Wellington, le duc de Fer, avait autorisé l'artillerie légère du Yorkshire à ajouter une aigle impériale aux trophées de notre batterie.
- Non, vraiment ? vous exclamez-vous pour encourager le capitaine.
- Cela s'est passé après la bataille de Vitoria, à la fin de la campagne d'Espagne. A Vitoria, les Canonniers du Yorkshire avaient joué un rôle spectaculaire. Nos canons étaient embourbés, immobilisés par la mort de nos chevaux, et nous ne pouvions pas les utiliser pour hâter le départ des armées françaises en déroute. Mais le commandant était un vrai soldat: ses hommes ont rejoint un bataillon d'Écossais et, ensemble, ils ont écrasé un bataillon français et se sont emparés de son aigle. Les Écossais ont conservé l'emblème français, mais le duc a permis aux nôtres d'en faire faire une copie. C'est le plus beau trophée de toute l'Angleterre après la Tour de Londres, claironne Leaf dont les yeux brillent à ce souvenir. Lorsque les Français ont battu en retraite en abandonnant Vitoria, un de leurs convois de matériel s'est enlisé et nos hommes s'en sont emparés. Les Français emportaient tout le butin pris en Espagne pendant des années, et nos garçons en ont récupéré la plus grande partie. Mais les officiers de l'artillerie légère du Yorkshire n'ont pas gardé ces trésors pour eux. Croyez-le si vous voulez, chaque officier a participé à la fabrication de l'aigle avec ce que ses hommes avaient pris. Et quand ils ont vu le résultat, ils ont tous été d'accord que cela valait bien leur part de butin.
Le capitaine poursuit son récit en étouffant dans l'œuf toute tentative de votre part pour orienter la conversation vers un autre sujet. C'est finalement Watson qui parvient à l'interrompre et à vous délivrer.