Lecture des livres dont vous êtes le héros
10 Novembre 2014
- Je pense qu'il s'agit de l'Allemagne, inspecteur, déclarez-vous.
- Vraiment ? Pourquoi ?
Sa question semble de pure forme, comme s'il ne s'attendait pas à ce que vous fournissiez une raison logique de votre choix.
- Parce que l'Allemagne tirerait partie à la fois des plans du navire et du renseignement sur les colonies d'Afrique que McNeal avait demandé à l'amiral Weathersley de lui procurer.
- Continuez, je vous prie, dit l'inspecteur Gregson, dont les yeux expriment à contrecœur un certain respect.
- D'abord, l'Allemagne, depuis que le chancelier de Bismarck a unifié les États germaniques, a toujours désiré construire une flotte capable de rivaliser avec celle de la Grande-Bretagne, reprenez-vous en énonçant les arguments au fur et à mesure qu'ils
vous viennent à l'esprit. Ensuite, le Kaiser Guillaume II fourbit ses armes depuis qu'il a obligé Bismarck à prendre sa retraite. Il se peut qu'il n'approuve pas le vieux en tant qu'homme, mais il admire ses méthodes. Vous avez vu ce dessin humoristique: « On largue le pilote. » ?
- Vous parlez de celui qui représente le Kaiser en commandant de vaisseau, regardant Bismarck descendre du navire ?
- Oui. Il me semble qu'il est significatif. L'Allemagne voudrait étendre son empire colonial africain de l'Atlantique à l'océan Indien, en formant une bande continue en travers du continent. Si le Kaiser connaissait nos projets, il saurait quand passer à l'action.
- Je ne dis pas que je vous donne tort, remarque lentement l'inspecteur Gregson, mais comment expliquez-vous ces machinations anti-britanniques alors que la reine Victoria est la grand-mère du Kaiser Guillaume ? Sa mère est anglaise, après tout il ne faut pas l'oublier.
- Pour ce que ça nous a rapporté, à nous comme à elle ! répliquez-vous. L'empire a autant souffert du fait du Kaiser que de celui de Bismarck.
- Là, je suis entièrement d'accord avec vous, monsieur Huntington, approuve le policier avec conviction. Une sale équipe, ces deux-là. Ça ira peut-être mieux maintenant que le vieux est à la retraite ... à condition qu'il y reste, bien entendu.
- J'en doute, inspecteur. Il y a du vrai dans le dicton qui dit que «mieux on connaît son ennemi, mieux on se porte ».