Lecture des livres dont vous êtes le héros
11 Novembre 2014
Vous connaissez cette femme. Vous en êtes certain, bien que vous ne parveniez pas à la situer. Ses grands yeux sombres expriment plus de choses, en un seul regard, que la plupart des femmes pendant des heures de conversation en tête à tête. Au bout de quelques phrases, vous voyez sa réserve prudente se transformer en abandon sincère, puis, lorsqu'elle a fait une nouvelle conquête, en intimité provocante. C'est cette sensation d'intimité, qu'elle sait faire naître entre elle et un étranger, même au milieu d'une foule, qui est son arme la plus redoutable. Pour celui qui est l'objet de son attention, il n'y a plus de foule, il ne reste qu'elle dans le monde entier. Elle porte une alliance mais vous ne sauriez dire lequel de tous les hommes qui l'entourent est son mari : il est certainement aussi fasciné par elle que tous les autres, et vous haussez les épaules en songeant à ce qu'il doit éprouver dans les réceptions, chaque fois que les hommes s'agglutinent autour de sa
femme. Vous vous joignez au groupe et vous attendez votre tour. Elle finit par se tourner vers vous, et vous recevez de plein fouet l'impact de son regard. C'est un feu qui couve, qui ne promet rien mais laisse tout espérer. Ce sont les yeux de la Lorelei, la sirène germanique qui entraîne les hommes à leur perte, brisés sur les écueils de leur passion pour elle.
- Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés, monsieur, dit-elle avec un léger accent allemand. Je suis madame Ludmilla Mueller.
- C'est exact, madame, vous ne me connaissez pas, répondez-vous en résistant non sans effort à la puissance de sa séduction.
Maintenant que ses yeux sont braqués sur vous, vous commencez à comprendre son pouvoir et, même en sachant ce que vous savez, vous avez du mal à lui résister.
- Je m'appelle Richard Huntington. Je suis un ami de l'amiral Weathersley, qui est, je crois de vos amis. Il m'a prié de l'excuser.
- L'amiral Weathersley ? demande-t-elle un peu étonnée, comme si ce nom ne lui disait rien mais bien qu'elle soit très forte, vous avez vu ses yeux se dilater imperceptiblement.
- Vous ne vous souvenez pas de l'amiral Weathersley, madame ?
- Non, je suis désolée, monsieur, mais je vois tellement de monde, dans les réceptions comme celle-ci ... Il se peut que nous nous soyons rencontrés un jour ou l'autre, mais son nom ne me rappelle rien.