Lecture des livres dont vous êtes le héros
16 Juillet 2015
Vous pilotez le navire avec prudence le long d'un entrelacs d'étroits chenaux qui offrent un passage incertain à travers le chaos du champ d'icebergs. Mêlant signaux manuels et télépathie, vous indiquez la manœuvre à l'homme de barre posté à l'arrière du bateau. Régulièrement, votre vision est gênée par des bourrasques de neige poudreuse qui s'abattent des crêtes des falaises de glace et balaient le pont du navire. Ces bourrasques sont si violentes qu'il vous arrive souvent de ne plus rien distinguer sur l'avant et vous devez alors vous en remettre à vos seuls instincts Kaï. Le hurlement incessant du vent sur les arêtes des icebergs et les affreux gémissements de la coque ripant contre d'énormes bancs de glace immergés vous font tressaillir d'effroi en dépit de votre courage indomptable. Quant à vos matelots, visiblement terrifiés, ils se blottissent contre la lice et adressent de ferventes prières à la déesse Ishir en levant des yeux horrifiés vers les immenses falaises immaculées qui menacent de vous broyer. La peur règne à bord lorsque, presque sans transition, le vent chargé de neige mollit et le navire émerge du champ d'icebergs pour fendre les eaux libres de la mer de Tozaz. Lorsqu'ils parviennent enfin à se persuader qu'ils ont vraiment échappé à un destin funeste, les hommes d'équipage poussent un vibrant hourra, et l'un d'eux fait sauter le bouchon d'une bouteille de vieux rhum qu'il avait amoureusement conservée pour quelque grande occasion. Il s'en accorde une solide lampée et vous passe la bouteille d'un geste fraternel. Mais, au moment où vos lèvres gercées s'entrouvrent pour accueillir la chaude coulée du revigorant breuvage, la voix du timonier retentit du haut de la dunette : « Navire droit devant ! » Sentant vos entrailles se nouer une fois de plus sous l'étau de la peur, vous vous tournez vers la proue et concentrez votre regard d'aigle sur la lointaine silhouette du vaisseau inconnu.