Lecture des livres dont vous êtes le héros
15 Juillet 2015
Vous gouvernez le navire avec prudence le long d'un entrelacs d'étroits chenaux qui offrent un passage incertain à travers le traître chaos du champ d'icebergs. Les mains moites, vous étreignez avec nervosité les poignées de la barre à roue, la manœuvrant à petits gestes précis, en réponse aux signaux du marin posté à la pointe de l'étrave. Votre vision est gênée par des bourrasques de neige poudreuse qui s'abattent des crêtes des falaises de glace et balaient le pont du navire. Au milieu de ces tourbillons, il vous arrive souvent de perdre votre guide de vue. Vous êtes alors contraint de vous en remettre à vos seuls instincts Kaï pour diriger le navire. Le vent ne cesse de hurler, accompagné par le crissement torturé de la coque lors-qu'elle frôle et racle des bancs de glace immergés. Ce bruit sinistre vous fait courir des frissons d'effroi le long de l'échiné et les hommes d'équipage sont, eux aussi, visiblement terrifiés. Blottis le long de la lice, ils adressent de ferventes prières à la déesse Ishir en levant des yeux horrifiés vers les immenses falaises blanches qui menacent de vous engloutir. La peur règne à bord quand, presque sans transition, le vent chargé de neige mollit et le navire émerge du champ d'icebergs pour se retrouver dans les eaux libres de la mer de Tozaz. Assurés d'avoir échappé à un piège mortel, les hommes d'équipage poussent en chœur un vibrant hourra, et l'un d'eux fait sauter le bouchon d'une vieille bouteille de rhum brun qu'il avait amoureusement conservée pour quelque grande occasion. Il s'en accorde une solide lampée, puis vous passe la bouteille d'un geste fraternel. Mais, au moment où vos lèvres gercées s'entrouvrent pour accueillir le revigorant breuvage, la voix forte du timonier retentit du haut de la dunette. « Navire droit devant ! » Vos entrailles se nouent à nouveau sous l'emprise de la peur et vous vous tournez vers l'avant, concentrant votre regard d'aigle sur la lointaine silhouette du vaisseau inconnu.