Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Octobre 2015
Mokuke tire un parchemin dissimulé sous son kimono :
— Le moine principal de Tsuki attendait votre venue. Il m'a fait parvenir une lettre par un beiri, cet oiseau qui vole aussi vite que le vent, je vais vous la lire pour vous faire honte :
«Puissant chef Mokuke, un samouraï de Tsuba se dirige en ce moment même vers ton village, un de nos corbeaux d'Ojikinawa m'a rapporté cette information. Je n'ose comprendre pourquoi le samouraï n'est pas venu au monastère de Tsuki, aurait-il eu peur des forces obscures ? aurait-il désobéi aux lois ancestrales de Tsuba ?
Je souhaite simplement que cet homme ne soit qu'un samouraï effrayé mais réellement envoyé par Tsuba… aussi je t'invite à te méfier d'un nouveau coup sournois de Kankoji…
Il me semble que si même les puissants guerriers de Tsuba abandonnent leurs voie, l'archipel sombrera bientôt dans le chaos…
Puisse la paix revenir bientôt sur l'archipel, Tsunekuni.»
— Je ne suis pas un envoyé de Kankoji ! hurlez-vous, je suis un samouraï de Tsuba, formé par O sensei Murata lui-même et j'ai appris tout ce que je sais dans les dojos des Territoires Libres.
— Pourquoi donc as-tu évité le monastère de Tsuki ?
— J'ai… eu peur de mourir. J'ai désobéi aux lois de mon temple.
— Tu l'admets, c'est bien… mais ce n'est pas suffisant. Écoute donc ce que je viens d'apprendre : le monastère de Tsuki a de nouveau été attaqué hier, tu aurais peut être pu éviter la mort de moines et d'innocents villageois. Mokuke fait un signe de la main. Aucun des neuf hommes à ses côtés ne bouge, pourtant une vive douleur vous déchire la cuisse droite. Vous portez la main à votre muscle et vous voyez une fléchette plantée dans votre jambe. Une deuxième douleur vous traverse le dos. Une deuxième fléchette vient de traverser vos chairs.
Mokuke s'approche de vous et lance, à demi-mots :
— Le poison va se répandre assez vite. Ne résiste pas, c'est inutile.
Vous parvenez à dire, malgré votre bouche qui commence à devenir pâteuse :
— Pourquoi me faire subir ça ? Je suis là en ami…
— Un ami qui déshonore ses maîtres, un ami qui fuit devant Kankoji, ce n'est pas un ami, mais un traître et un lâche.
Le poison injecté par les hommes de Mokuke n'est pas mortel, juste paralysant. Le plus inquiétant est que d'autres hommes du village vous prennent en poids et vous enferment dans une cage en bambous. Ils vous portent jusqu'au milieu du pont, mettent la cage en position verticale – vous vous retrouvez alors debout – face au flot en furie.
— Samouraï de Tsuba, j'enverrais une lettre à ton sensei en lui expliquant tes actes. Si ta vie vaut plus que l'enseignement sacré, alors l'Archipel est d'ores et déjà perdu.
Vous sentez un coup porté à la cage et vous sombrez dans les tumultes de la rivière. En quelques secondes, vous venez à manquer d'air.
Déshonoré, peiné et honteux, vous ouvrez la bouche et aspirez l'eau à plein poumons. Votre mort est presque immédiate.
«Sans honneur un samouraï ne conçoit pas la vie…», ce sont les derniers mots que vous vous répétez…