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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Pendant votre promenade aux côtés du garçon qui s'est avéré porter le nom de Alphonse, un patronyme pour le moins incongru à vos yeux, celui-ci n'a cessé de tenir la conversation à lui tout seul, vous noyant dans un flot d'informations inutiles concernant son quotidien, sa clientèle et la fourberie des agents censés faire respecter la loi en cette cité qu'il appelle Paris. Vous êtes presque soulagé quand le vendeur de papiers s'arrête à la hauteur d'une petite place ornée d'un cercle d'arbres en son centre et entourée de bâtiments à seulement deux étages.

« Nous y sommes ! s'exclame joyeusement Alphonse en vous indiquant une échoppe minable coincée entre une minuscule venelle et l'équivalent d'une cordonnerie pour cette étrange civilisation. Je vous laisse car j'ai pris un peu de retard. Content d'avoir pu vous être utile.
- Merci, faites-vous en serrant la main de l'aimable garnement.
Il disparaît dans la foule en levant bien haut ses manuscrits. Tout en vous approchant de la porte de la boutique, vous avisez le mot ANTIQUAIRE sur le madrier qui saille au-dessus de la vitrine. Une poussée sur la porte vous permet ensuite de pénétrer dans un univers d'ombres et de poussière.
Un fatras hétéroclite remplit l'espace confiné : objets de toutes tailles, de toutes formes et aux apparences les plus étranges. Vous comprenez mieux pourquoi Alphonse vous a conseillé cet endroit en voyant l'aspect du Daleth. Un homme replet au crâne à moitié dégarni et portant une paire de grosses lunettes est en train d'épousseter une statuette en marbre noir à l'aide d'un plumeau. Votre intrusion est rapidement suivie par le tintement mélodieux d'un carillon invisible qui alerte le gérant du magasin.
- Avancez. Avancez, cher visiteur.
L'homme hausse ses sourcils clairs en remarquant enfin votre accoutrement. Il prend néanmoins soin de dissimuler en hâte sa marque de surprise derrière un sourire de bon aloi.
- Que puis-je faire pour vous ? »
Ne voyant aucune raison de tergiverser avec cet inconnu, vous sortez de nouveau le Daleth pour le lui présenter. Sa mâchoire s'affaisse alors et il frôle d'un doigt tremblant la surface lisse et glacée du puissant artefact. Près d'une minute s'écoule avant que l'antiquaire lève ses yeux troublés par l'émotion pour vous dévisager.
- Il est incomplet, n'est-ce pas ?
- Oui. Vous le connaissez ?
- Non, je n'ai jamais vu son pareil. Mais on voit bien où il a été endommagé. Quelle brillance… Quel éclat… Cet objet a été fabriqué à l'étranger ? Du pays d'où vous venez peut-être ? Car j'espère ne pas me tromper mais vous ne me semblez pas français si j'en juge votre… accent, ajoute-t-il en jetant un oeil circonspect à votre tunique gris clair.
- Pour être honnête, je l'ai découvert un peu par hasard. Je cherche quelqu'un qui pourrait m'en dire plus à son sujet.
- Vous souhaitez me le vendre ?
- Non, pas du tout ! répliquez-vous avec véhémence.
L'homme prénommé Émile a un geste de recul devant votre trop vive réaction. La crainte qui transparaît sur les traits de son visage adipeux vous incite alors à reprendre d'une voix apaisante.
- J'essaie de retrouver les morceaux manquants afin de restaurer son apparence originelle. C'est pourquoi je suis preneur de tout renseignement à son sujet et l'on ma conseillé de venir vous voir au cas où vous sauriez quelque chose. Comme ce n'est pas le cas, je ne vais pas vous déranger plus longtemps, achevez-vous en glissant de nouveau le Daleth au fond de votre paquetage.
Vous avez juste refermé votre sac quand l'antiquaire intervint prudemment.
- Si vous le souhaitez, je peux vous mettre en contact avec des personnes de ma connaissance qui sauront vous apporter des réponses. Ils se réunissent tous les soirs de la semaine pour discuter science et mystères de la vie. Une sorte de club comme disent les Anglais. Un peu excentriques : ils ont appelé l'endroit où ils se donnent rendez-vous La Maison de l'Aube Dorée. Mais très aimables une fois qu'on les connaît. Si ça vous intéresse, revenez me voir ce soir, vers dix-neuf heures. Nous pourrons y aller ensemble et je vous présenterai aux plus érudits d'entre eux. »
L'offre semble généreuse et dénuée d'arrière-pensée aussi acceptez-vous la proposition. Vous abandonnez ensuite Émile à son nettoyage pour retourner dans les artères animées de la cité. N'ayant rien d'autre à faire dans l'immédiat, vous interpellez les passants au sujet de cette Maison de l'Aube Dorée. Après trois rencontres infructueuses, un vieil homme accepte de vous conduire devant l'édifice qui ne se trouve finalement guère éloigné. Votre guide vous abandonne sur le palier d'une antique demeure aux toits pentus et ardoisés.
Vous vous demandez si cette bâtisse est vraiment celle dont vous a parlé Émile Coutancier en avisant la série de fenêtres condamnées par des planches, aussi bien celles du rez-de-chaussée, de l'étage, que les lucarnes du grenier. L'endroit semble à l'abandon depuis une éternité.

Si vous tentez de pénétrer par effraction dans la maison,

si vous préférez poursuivre vos pérégrinations dans la ville en attendant le soir.

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