Lecture des livres dont vous êtes le héros
1 Janvier 2017

Face à Halak, sa jumelle sur la rive opposée de la baie d'Elkor, se dresse Rimon, la capitale de la Côte des Pirates. Avec leurs dédales de ruelles et de venelles, ces deux antiques cités perchées sur les falaises sont l'asile des pires renégats et flibustiers ; le redouté capitaine Garius lui -même cache son antre secret quelque part le long de la côte. Ce sont ces pirates qui ont attaqué le navire marchand sur lequel vous aviez acheté votre passage, croisant au nord de Kaynlesh-Ma, en route pour Port Sable-Noir. Votre navire a été coulé avec tous ses occupants à bord.
Après plusieurs jours passés à vous accrocher à une épave, vous avez été rejeté à terre, seul survivant, muni de votre épée et d'assez d'argent pour survivre pendant quelques jours. Vous vous trouviez près de Rimon ; vous avez donc gagné la ville pour vous faire engager dans une caravane en partance vers le nord, mais la dernière était partie la veille de votre arrivée. Vous vous êtes donc mis à la recherche d'un autre emploi, espérant gagner assez d'argent pour acheter votre passage pour Port Sable-Noir sur le prochain bateau.
C'est alors que vous avez lu l'affiche clouée au mur dans l'échoppe de la Guilde des Aventuriers. Elle annonçait ceci : « Cherche courageux guerrier pour dangereuse mission dans les collines du Désert des Crânes. Récompense garantie. S'adresser à Jerran Farr, taverne de La Patte de Singe. » Vous avez mené une discrète enquête sur cet éventuel employeur, pour découvrir qu'il s'agit d'un archéologue de renom. Cependant, il ne jouit pas d'une bonne réputation parmi vos frères aventuriers de Rimon, qui le considèrent pour la plupart comme un pilleur de tombes. Mais les temps sont durs et vous n'avez rien à perdre. Vous gagnez La Patte de Singe, un bouge malpropre du quartier le plus mal famé de Rimon.
En entrant dans le bar, vous découvrez une clientèle peu recommandable et un tavernier qui vous fixe comme s'il s'apprêtait non à vous servir, mais à vous couper la gorge. Vous demandez Jerran Farr. Avec un grognement, le tenancier vous désigne un homme assis seul à une table. Jerran Farr, un homme moustachu et au milieu de la trentaine, a la peau tannée par des jours de labeur dans le Désert des Crânes. Il porte une veste de cuir et des vêtements usés et poussiéreux, ainsi qu'un large et informe chapeau pour se protéger du soleil. Vous vous présentez avant de vous asseoir.
« As-tu entendu parler la malédiction d'Akharis ? » attaque Jerran. Vous secouez votre tête. « Alors, je vais te raconter ce qu'en dit la légende. Il y a des siècles, avant la submersion d'Atlantis par les Dieux, les trois principaux continents de Titan - Allansia, le vieux monde et Khul - formaient ensemble un seul continent massif, que les premiers écrits nomment Irritaria. À cette époque, à l'extrémité méridionale de ce que nous appelons aujourd'hui le Désert des Crânes, existait un petit royaume appelé Djarat. Les habitants de Djarat, qui adoraient un panthéon de Dieux à tête d'animaux, pratiquaient sur leurs morts la momification et des rites funéraires avant de les enterrer dans de grands tombeaux dans les montagnes, avec de fabuleuses richesses. Akharis était le dernier souverain de Djarat avant la submersion. Il adorait Sithera, la Déesse du Mal, plus que tous les autres Dieux de Djarat. C'était le tyran le plus cruel le royaume ait jamais connu. Il exigeait des sacrifices humains pour sa Déesse, et on murmurait qu'il savait invoquer les esprits et ramener à la vie les momies de ses ancêtres.
Quand il mourut enfin, empoisonné par l'un de ses ennemis, il était âgé de cent cinquante-six ans. Pendant son agonie, Akharis proféra une malédiction au nom de Sithera : il prophétisa qu'un jour, il reviendra d'entre les morts, et que le monde entier pliera sous son joug. Que des nuées de mouches, de serpents et de scorpions viendront sur la terre, que le ciel sera aussi noir que la nuit en plein jour, et que les villes seront englouties par le désert. Selon la légende, il a été enterré avec d'inimaginables richesses dans le plus grand tombeau jamais construit, protégé des pillards par toutes sortes de pièges mortels. »
« Tout cela est très intéressant, mais pourquoi cherchez-vous un "courageux guerrier pour dangereuse mission" ? » demandez-vous à l'archéologue.
« Laisse-moi t'expliquer, poursuit Jerran. Il y a cinq jours, je travaillais sur un site près des collines rocheuses qui encadrent Rimon, quand un homme est entré en chancelant dans mon camp. Il était terriblement déshydraté, souffrant d'insolation, et couvert de sang comme s'il venait de se battre. Je lui ai donné à boire et prodigué tous les soins possibles. Quand il eut récupéré, il me raconta ce qui lui était arrivé. Il faisait partie d'un groupe d'explorateurs qui prospectaient les terres au bord du désert. Dans une oasis, ils avaient trouvé un temple en ruines, dans lequel ils ont découvert une inscription indiquant l'emplacement du tombeau perdu d'Akharis et tous ses trésors. Ils se sont immédiatement mis à sa recherche, mais ils n'allèrent pas loin : ils sont tombés dans une embuscade tendue par des hommes vêtus de robes rouges, portant comme emblème un cobra doré. Le reste de sa troupe a été capturé ou tué, et lui-même a été laissé pour mort. Quand ses assaillants se sont éloignés, il a entamé un périlleux retour vers Rimon, sans nourriture et presque sans eau, pour avertir la population. Mais il n'est pas allé plus loin que mon camp. Il est mort le lendemain matin. »
Vous êtes captivé par cette histoire. « Qui étaient ces attaquants en robes rouges ? », demandez-vous. « Des membres du Culte du Cobra, répond-il. C'étaient les prêtres qui adoraient Sithera dans Djarat, et les plus fidèles sectateurs d'Akharis. Depuis toujours, leur but est de retrouver le tombeau d'Akharis pour ressusciter leur maître, pour qu'il puisse proférer sa Malédiction et reprendre son royaume. La secte s'est reformée il y a une dizaine d'années ; il semble que ses membres aient retrouvé le tombeau et se préparent au retour de leur roi. Il faut les arrêter, ou nous subirons tous la Malédiction d'Akharis. J'ai besoin d'un guerrier courageux pour m'accompagner et pour infiltrer le culte à leur insu, pour contrecarrer leurs plans maléfiques. Si tu m'aides - et si nous réussissons - les richesses du tombeau seront notre récompense. »
« Je vous aiderai », promettez-vous. Les trésors accumulées dans cette tombe vous rendront probablement riche au delà de vos rêves les plus fous ; mais, plus important que tout, ce Culte du Cobra doit être arrêté avant qu'il libère la Malédiction. Il n'y a pas de temps à perdre. Vous quittez tous deux La Patte de Singe pour vous préparer à votre quête.
Vous n'êtes pas allés loin le long de l'étroite ruelle qui mène au marché de Rimon quand un homme, couvert des pieds à la tête d'une longue robe rouge, se laisse silencieusement tomber devant vous du haut d'un mur. Une voix siffle derrière vous : « Pas si vite, Jerran Farr ! » 