Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Août 2013
La porte s'ouvre sans difficulté. D'un geste qui ne manque pas d'élégance, la main vous fait alors signe d'entrer. Ce que vous faites, non sans avoir quelque peu hésité. La pièce dans laquelle vous pénétrez est éclairée par une lanterne fumeuse et gardée par deux hommes vêtus de l'uniforme des gardes du Conseil. A votre arrivée, ils ont porté la main à leurs épées. Mais, sur un signe d'un troisième personnage que vous n'aviez pas remarqué au premier abord, leur attitude agressive laisse place à une expression de soulagement. Agé d'une soixantaine d'années, cet homme est bâti comme un athlète. A l'évidence, il a dû être dans sa jeunesse un redoutable aventurier. Néanmoins, une infinie douceur émane de tout son être, et son visage révèle la sagesse de ceux qui n'agissent qu'après avoir mûrement réfléchi. L'austère robe du Conseil qu'il porte ne vous laisse aucun doute : vous faites face à Maître Girius. La main, quant à elle, vous désigne maintenant de son index tendu. Puis, voletant vers Maître Girius, elle rapetisse jusqu'à devenir minuscule et, sous vos yeux stupéfaits, elle se glisse dans le chaton de la bague qu'il porte à son annulaire gauche, et qui se referme dans un claquement sec !
— Bienvenue à vous ! dit Girius. Nous avions peur que les Kappas se soient emparés de vous. Vous voyant regarder sa bague l'air ahuri, il ajoute en souriant :
— Ah, vous semblez étonné par le messager que je vous ai envoyé. C'est Handimus, un génie — ou du moins ce qu'il en reste î En effet, il a trouvé la mort dans un duel magique, voilà plus de six siècles. J'ai trouvé sa main dans une amphore, au cours de mes recherches archéologiques. Il s'est révélé un fidèle serviteur pour accomplir des tâches simples ; mais la moindre complication lui fait commettre les pires sottises. A mon avis, il devait être distrait î Mais je vous fais des discours et vous avez l'air aussi éprouvé que si vous aviez traversé l'Enfer. Venez donc vous asseoir. Vous avez dû affronter bon nombre d'épreuves avant de parvenir ici. Il vous tend un flacon de cognac dont vous buvez une généreuse rasade, puis il reprend :
— Avez-vous rencontré les quatre hommes que j'ai envoyés pour vous escorter?
Il lit dans vos yeux la réponse à sa question et baisse tristement la tête. Les deux gardes eux aussi ont pris un air affligé, en comprenant qu'ils ne reverront plus leurs compagnons.
— Allons! Il sera bien assez tôt, demain, pour s'affliger, leur dites-vous d'un ton sévère. Il nous faut tout d'abord réussir à quitter ces lieux avec l'Œil du Dragon.
Maître Girius vous apprend alors — à votre grande surprise — qu'il ne possède pas l'Œil.
— Je l'ai laissé dans son coffret, au sommet du Monument des Héros qui se trouve à l'ouest de ce palais. Il était trop dangereux de tenter de s'en emparer, même dans son coffret, avant votre arrivée.
A cette nouvelle, vous sautez sur vos pieds.
— Mais alors qu'attendons-nous ? Il faut absolument aller le chercher avant que les Kappas ne le découvrent !
Hochant la tête, Girius vous fait signe de vous rasseoir.
— Trop tard, mon ami, j'en ai peur, dit-il d'un air sombre. Voilà quelques heures, ils ont surgi de l'Océan. Surpris par leur attaque, nous avons dû fuir. Mais j'ai néanmoins eu le temps d'entourer la précieuse cassette d'un inviolable champ de force. Il protégera cet inestimable trésor toute la nuit et une partie de la journée de demain. Profitons-en pour nous reposer, pour prendre une heure ou deux de sommeil. Car, habitués à la lueur glauque des fonds sous-marins où ils vivent, les Kappas craignent la lumière du jour. Dès l'aube, ce sera à notre tour de les surprendre. Maître Girius a certainement raison. Aussi, vous vous installez tous les quatre pour dormir, enveloppés dans vos manteaux. Mais le sommeil vous fuit car vous savez que vous allez vivre une journée décisive. Comment se présentera le combat ? Quelles armes allez-vous utiliser ? C'est tournant et retournant ces questions dans votre tète qu'enfin le sommeil vous surprend. (277)