Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Mars 2013
Les applaudissements cessent peu à peu mais la musique repart aussitôt avec une nouvelle mélodie dont les phrases plus rapides sont fortement marquées par les lyres, les cymbales maintenant un rythme soutenu et les flûtes reprenant le même thème au moins deux tons au-dessus. — Viens danser ! insiste Thaisia en vous attirant malgré vous au centre de la piste où se pressent déjà nombre de courtisans. C'est notre danse nationale : l'Ours. Si tu n'y danses pas au moins une fois, tu ne pourras pas dire que tu es allé en Crète, ajoute-t-elle en plaisantant.
C'est ainsi que, sans l'avoir vraiment voulu, vous vous retrouvez intégré au cercle des danseurs à tenter maladroitement d'imiter leurs pas. La cadence restant égale pendant quelques temps et les lyres jouant la même mélodie, vous y parvenez presque — même si vous n'avez pas la grâce des Crétois — lorsque soudain, au cri de « O — opa ! », le rythme s'accélère et vous n'arrivez plus à suivre. Placées des deux côtés de la piste dans les galeries latérales, les deux cymbales se répondent, l'une sur un ton plus grave qui marque toujours le même rythme, et l'autre — accompagnée des tambours — brodant pardessus des variations syncopées et compliquées, comme des ours gambadant au printemps. Vous avez peine à suivre. Les danseurs s'amusent à leur tour à imiter vos maladresses, les transformant en d'autres pas plus compliqués encore. Puis les lyres abandonnent progressivement le thème principal de la mélodie répétitive en montant et descendant rapidement la gamme, chaque musicien renchérissant sur l'autre. Vous perdez alors tout à fait la cadence, trébuchez et tombez. Vous êtes pénalisé d'1 point de Honte. La musique s'apaise un instant et vous en profitez pour vous relever, un peu confus, avant qu'elle ne reprenne, exagérément lente. Cette fois-ci, lorsqu'elle accélère à nouveau son rythme, vous parvenez à suivre. A la fin, rouge de l'effort fourni, en sueur, épuisé mais triomphant, vous êtes à bout de souffle et Thaisia vous conduit à l'écart. — Allons dehors, dit-elle, à peine essoufflée. Il y fait plus frais.