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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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— Mais pourquoi avez-vous décidé de faire accuser Hensock le Follet d'un crime qu'il n'avait pas commis ? demandez-vous.

Cet homme était dangereux, répond l'ecclésiastique, il avait réussi à gagner la faveur de nombreux aristocrates et il essayait de les influencer pour qu'ils poussent le roi à accepter dans notre pays l'instauration d'une monarchie parlementaire, à la mode anglaise. Comme Sa Majesté montre parfois certaines faiblesses de caractère, peut-être aurait-elle fini par se laisser convaincre Or, nous tenons à ce que la monarchie reste absolue, suivant en cela la volonté de Dieu. En tuant Thibaud de Ponsac et en désignant Hensock comme coupable, nous faisions d'une pierre deux coups.

— Mais comment avez-vous amené Hensock le Follet à occuper cette fameuse chambre 4 de l'auberge du Pont-Marie ?

— Il y est venu tout seul ! Il commençait en effet à s'intéresser à la confrérie du Masque de Sang et il avait découvert, j'ignore comment, que l'auberge du Pont-Marie nous appartenait. Il a donc décidé de s'y loger, espérant trouver là une piste qui lui aurait permis d'en apprendre plus sur notre organisation. Nous lui avons aussitôt réservé la chambre 4, ce qui nous donnait la possibilité d'entrer chez lui à tout moment. Le soir du meurtre de M. de Ponsac, un narcotique a été versé dans le souper que Hensock avait commandé. Lorsqu'il s'est endormi. Bastien a glissé sous son lit la dague qui lui avait servi à tuer Thibaud de Ponsac, il a ensuite fermé porte et fenêtre de l'intérieur, puis il est sorti de la pièce par le passage secret. Ainsi, la police ne pouvait que croire à la culpabilité de Hensock Lefollet.

— D'autant que c'était Du Réner qui menait l'en-quête ! Mais pour quelle raison avez-vous cherché à tuer le baron de la Gaillottière ? Avait-il lui aussi découvert quelque chose ?

Oui, répond l'abbé. Lorsque Bastien a tué Thibaud de Ponsac, celui-ci avait posé devant lui un médaillon qui représentait le portrait de Mme de Sainte-Mouflle. La comtesse le lui avait donné en gage de... d'amitié. Ce médaillon pouvait se révéler compromettant pour notre bienfaitrice. Bastien l'a donc emporté et me l'a remis. Je n'y ai tout d'abord pas pris garde et je l'ai laissé sur ma table de travail. M. de la Gaillottière est venu un jour me rendre visite et l'a découvert. Comme Thibaud de Ponsac et lui-même étaient très liés, il connaissait l'existence de ce médaillon et savait que seul l'assassin de M. de Ponsac pouvait se l'être procuré.

— Quelle négligence de votre part !

— En effet. Jamais je ne me pardonnerai cette faute. Quoi qu'il en soit, M. de la Gaillottière et ce n'est pas très élégant de sa part ! — a escamoté le médaillon. Je ne m'en suis aperçu que le lendemain. Craignant qu'il ne découvre la vérité, j'ai décidé de l'éliminer. Bastien s'est aussitôt précipité chez lui, mais le baron était déjà parti raconter tout ce qu'il savait à la police c'est-à-dire, par chance, au commissaire Du Réner... C'est lorsqu'il est sorti du Châtelet que Bastien a essayé de le tuer.

— Et d'une manière spectaculaire...

— Bastien a toujours aimé le risque.

— Mais puisque Du Réner était votre complice, les révélations du baron ne pouvaient avoir aucune conséquence ?

— Le baron était un homme têtu et il avait beau-coup de relations. Il aurait fini par réussir à faire connaître la vérité.

Deux détails vous reviennent alors en mémoire : le baron de la Gaillottière, avant de perdre connaissance, avait demandé un prêtre alors qu'il ne croit pas en Dieu et à boire, alors qu'il venait d'avaler un litre d'orangeade en compagnie de M. de Courte mare. Bien entendu, il faisait allusion à l'abbé Goulot du Pauillac : le prêtre, d'une part, et boire, d'autre part, qui devait suggérer dans son esprit un « goulot » de bouteille.

— Comment se fait-il que lorsque j'ai rencontré Du Réner devant le Chàtelet, il m'ait aussitôt fait part des doutes du baron de la Gaillottière quant à la culpabilité de Hensock le Follet ?

— Vous vous êtes présenté comme le parent de Hensock et vous avez déclaré d'emblée votre conviction que celui-ci était innocent. Du Réner voulait vous faire dire tout ce que vous saviez sur cette affaire ; aussi vous a-t-il révélé que le baron pensait comme vous pour vous encourager à parler.

— C'était habile.

— Lorsque vous lui avez annoncé que vous aviez l'intention de loger à l'auberge du Pont-Marie pour essayer d'y découvrir des indices, il vous a aussitôt donné le numéro de la chambre qu'occupait Hensock pour vous faciliter la tâche.
Nous n'avions plus ensuite qu'à agir ! Nous voulions d'abord savoir qui vous étiez exactement, puis vous supprimer.

— Et vous avez échoué.

— Hélas !...

— Ou plutôt, heureusement pour tous ceux que vous vouliez massacrer dans l'attentat de l'aérostat.

— C'était une idée de Bastien. Il avait réussi à se faire engager au service de M. de Joubeuf dans le but de préparer de telles actions. Les ballons sont un moyen de combat moderne et efficace.

— Quelle horreur !...

Vous vous félicitez d'avoir débarrassé Paris de ce monstrueux assassin. Hélas, d'autres que lui reprendront sans doute le flambeau de la terreur !...

Et l'attentat contre M. de Courtemare, comment l'avez-vous organisé ?

— C'est très simple, répond l'abbé. L'un de nos hommes avait placé une bombe dans la carriole d'un rémouleur. Sachant que M. de Courtemare devait se rendre au Palais-Royal, je me suis arrangé pour l'y rencontrer et l'amener rue de Montpensier où la carriole se trouvait. Lorsque nous sommes passés devant, je me suis mis en retrait afin de n'être pas touché par l'explosion. Je vous ai vu alors arriver...

— Et vous m'avez joué une comédie à laquelle j'aurais pu me laisser prendre. L'abbé Goulot du Pauillac pousse un gémissement de douleur. Une grimace déforme son visage.

— Je vous en prie, supplie-t-il, libérez-moi, je souffre...

— Répondez d'abord à une dernière question : où se trouve Hensock le Follet ? A la Bastille. Il sera exécuté dans deux jours, à l'aube.

— Quoi ? Sans procès ?

— Le roi tient à ce que l'assassin de son ami Thibaud de Ponsac soit châtié au plus vite. Ce sera une exécution pour raison d'Etat. Personne n'en saura rien... Ah, mon Dieu, je sens mes dernières forces m'abandonner... !

— Etes-vous prêt à répéter à la police tout ce que vous venez de me dire ?

Je ferai ce que vous voudrez, mais je vous en supplie, ouvrez les mâchoires du lion... Ces dents de pierre me transpercent le corps... Mon Dieu, ayez pitié...

Vous vous précipitez alors sur les roues dentées pour actionner le mécanisme, mais il est trop tard : l'abbé Goulot du Pauillac vient de rendre au Dieu qu'il servait si mal son âme noire et cruelle

- Cette mort vient fort mal à propos, mais vous en savez suffisamment désormais pour agir.

Vous vous hâtez donc de sortir du souterrain.

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