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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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310

Vous vous changez en hâte à l'abri d'un rocher et vous rangez vos vêtements de « cow-boy » et votre revolver dans votre sac de selle. Vous vous doutez que dans une ville comme Passivitt-Montgayo, on doit considérer d'un oeil étrange et probablement hostile une femme qui voyage seule. Vous avez donc l'intention de vous livrer à une petite mise en scène pour justifier votre arrivée et avoir une bonne raison de passer la nuit au saloon. Avant de remonter en selle, vous répandez de la poussière sur votre robe, vous ébouriffez vos cheveux et vous vous maculez le visage d'un peu de terre. Vous avez l'air ainsi d'une pauvre femme sans défense qui serait la seule rescapée d'une caravane... attaquée par les Apaches. Lorsque vous jugez votre apparence satisfaisante, vous remontez en selle et vous galopez en direction de Passivitt-Montgayo. la mine défaite et le regard épouvanté. Votre apparition dans la grande rue de la ville ne passe pas inaperçue : les passants sont rares mais ceux que vous croisez s'arrêtent pour vous considérer d'un oeil interrogateur tandis que vous vous précipitez chez le shérif dont une enseigne indique le bureau. Vous vous laissez tomber à terre et vous vous ruez sur la porte que vous poussez d'un geste brusque avant de vous écrouler sur le sol. Vous êtes une excellente comédienne : on vous croirait véritablement terrassée par la souffrance et l'épuisement. Le shérif, un robuste moustachu à l'oeil bovin et au visage rougeaud, se lève d'un bond pour vous porter secours. Par chance, il est du genre chevaleresque et débonnaire, et l'idée ne l'effleure pas que vous pourriez être en train de lui jouer la comédie. — Que se passe-t-il ? s'enquiert-il en vous relevant pour vous conduire vers l'une des deux chaises installées devant son bureau.

— Les... Les Indiens... murmurez-vous dans un souffle.

Vous vous effondrez sur la chaise en faisant semblant de vous trouver mal. Ne sachant comment réagir, le shérif vous tapote la main, puis sort de la poche arrière de son pantalon une flasque de whisky dont il vous colle le goulot entre les lèvres. Vous avalez malgré vous quelques gouttes du breuvage et vous vous mettez à tousser. Il s'agit là d'une toux bien réelle qui ne doit rien à l'artifice.
Les larmes vous montent aux yeux, ce qui rend plus convaincante encore votre interprétation de la malheureuse ingénue rescapée d'un épouvantable massacre.

— La... La caravane a été attaquée... bredouillez- vous. les... les Indiens ont tué tout le monde... Ce... C'était tellement affreux... J'ai réussi à m'échapper sur un cheval... Oh, mon Dieu...

Le shérif est visiblement ému par votre récit entrecoupé de sanglots.

— N'ayez crainte, c'est fini, maintenant, vous êtes sauvée, dit-il d'un ton protecteur. Ces damnés Peaux-Rouges ne vous feront plus de mal. Vous allez rester ici cette nuit. Vous logerez au saloon, il y a des chambres libres, et demain, je vous ferai escorter jusque chez vous.

Votre stratagème a parfaitement réussi : vous avez obtenu du premier coup ce que vous vouliez. Le plus dur reste cependant à faire mais il vous faudra attendre la nuit pour agir. En attendant, le shérif vous conduit lui-même au saloon. Il a pris soin d'emmener votre cheval qu'il attache à la balustrade prévue à cet effet avant de pousser la double porte battante qui donne accès à l'intérieur de l'établissement. L'arrivée du shérif ne semble pas soulever l'enthousiasme des consommateurs. En revanche, votre présence les intéresse au plus haut point. La salle est comble et les cow-boys assis autour des tables ou accoudés au comptoir vous dévorent des yeux. A en juger par l'avidité de leurs regards, ce n'est pas souvent qu'on voit entrer en ce lieu une aussi belle femme que vous. Un colosse installé au bar devant une bouteille qu'il tient fermement par le goulot émet un sifflement admiratif en vous apercevant.

— Eh ben. shérif, s'exclame-t-il, vous, au moins, on peut dire que vous avez des relations î Pas vrai, les gars? ajoute-t-il en prenant les autres clients à témoin.

— Pour sûr ! répondent plusieurs voix dans la salle. Un sacré tombeur, le shérif !

— Et où est-ce que vous avez dégotté cette petite merveille ? reprend le colosse. C'est votre petite cousine ?

— Silence, Bulky Joe ! Cette jeune femme est sous ma protection, réplique le shérif, elle a été attaquée par des Indiens et...

— Ils ont du goût, les Indiens ! l'interrompt le dénommé Bulky Joe en ponctuant sa remarque d'un rire gras.

— Tais-toi, Bulky. ou je te boucle ! menace le shérif. Je réquisitionne une chambre pour cette jeune femme, ajoute-t-il à l'adresse du barman qui remplit des verres derrière son comptoir.

— T'en as de la chance, Sam ! lance Bulky Joe au barman, c'est pas tous les jours qu'on voit des clientes comme celle-là, à Passivitt-Montgayo !

— Et qui est-ce qui va me payer ma chambre ? se plaint le barman.

— J'ai de l'argent, assurez-vous d'une voix timide.

— Dans ce cas. ce sera 2 dollars, répond le barman avec un sourire. Payables d'avance, naturellement ! Vous lui donnez les 2 dollars et il remet alors au shérif la clé de la chambre numéro 3.

— Premier étage, troisième porte à gauche, indique le barman.

— Et si vous avez besoin d'un garde du corps... commence Bulky Joe.

— Son garde du corps, c'est moi ! coupe le shérif. Venez, Mademoiselle, ajoute-t-il en se tournant vers vous, je vais vous conduire à votre chambre. Vous suivez le shérif qui monte l'escalier et vous mène à une petite pièce meublée d'un lit sommaire mais relativement confortable, d'une armoire, d'une table, de deux chaises et d'une coiffeuse sur laquelle est posée une bassine qui tient lieu de cabinet de toilette.

— Et voilà, vous allez pouvoir prendre un peu de repos, dit le shérif. Demain, à l'aube, j'enverrai un détachement sur les lieux où votre caravane a été attaquée. En attendant, essayez de bien dormir, et n'ayez crainte, vous serez en sécurité, ici : je resterai devant votre porte toute la nuit pour veiller à ce qu'on ne vous dérange pas.

Fort heureusement, le shérif n'est pas assez observateur pour avoir remarqué le léger tressaillement qui vient de trahir votre contrariété : s'il reste devant votre porte jusqu'à l'aube, comment allez-vous faire pour sortir de la chambre et chercher l'entrée de la sépulture d'Hashkala ?

— Je ne veux pas vous obliger à passer la nuit devant ma porte... assurez-vous en espérant le convaincre de rentrer chez lui.

— C'est mon devoir, Mademoiselle, réplique-t-il sur un ton de père noble, la clientèle de ce saloon compte pas mal de vauriens, ce Bulky Joe que vous avez vu en bas. par exemple, et sans ma protection, vous seriez en danger.

Inutile d'insister : le bougre est fermement décidé à surveiller votre porte ! Il va falloir trouver le moyen de détourner son attention. En attendant, vous faites mine d'être épuisée et le shérif, en parfait gentleman, se retire pour vous laisser vous reposer en paix. Vous vous retrouvez donc seule et vous en profitez pour aller jeter un coup d'oeil par la fenêtre. Elle donne sur un toit en pente qui permet d'atteindre une autre fenêtre un peu plus loin. C'est peut-être là une issue possible, mais cette promenade sur le toit risque de se révéler périlleuse. Quoi qu'il en soit, il est trop tôt pour agir ; il vous faut attendre que la nuit soit suffi-samment avancée pour que tout le monde soit endormi alentour. Vous restez donc ainsi enfermée pendant quelques heures. Si vous avez perdu des points de FORCE — et uniquement à cette condition —, vous pouvez vous faire monter un repas qui vous coûtera 1 dollar et 50 cents. Enfin, vers deux heures du matin, alors que le saloon s'est vidé depuis déjà un certain temps, vous entendez derrière la porte de votre chambre un ronflement sonore : le shérif a fini par s'endormir. C’est le moment de tenter une sortie.

Vous pouvez essayer de passer par la porte si vous pensez que le shérif dort suffisamment profondément pour ne pas vous entendre

ou par la fenêtre si vous craignez de le réveiller.

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