Lecture des livres dont vous êtes le héros
2 Décembre 2012
Annonçant leur attaque d'un chœur de cris stridents, une quarantaine d'Hommes-Singes pourvus de longues queues recourbées envahissent soudain le feuillage vert tendre des cimes, brandissant des bâtons au bout desquels brûlent des feuilles séchées. Une fumée pestilentielle s'en dégage faisant courir un vent de panique dans les rangs des Mantizes. Apparemment asphyxiés, les insectes géants prennent la fuite, dévalant les troncs à toute allure, certains même tombant des branches dans la débandade. Les yeux embués de larmes, vous contemplez ces étranges acrobates qui naviguent d'arbre en arbre avec une agilité surprenante et qui massacrent les Mantizes comme si de rien n'était. Ce sont des Kundis. Vous avez retrouvé la Tribu Perdue de Lara. Comme vous regardez le combat inégal prendre fin, savourant la déroute des créatures des Antres, deux paires de bras velus vous empoignent sans ménagement et vous hissent dans les airs. Bondissant de branche en branche, les Hommes-Singes vous entraînent vers des hauteurs vertigineuses, vous ballottant comme un vulgaire sac de son. Ils vous font traverser le nuage de léger brouillard où les Azabois puisent leur humidité et vous atteignez les plus hautes cimes de la forêt. Ce que vous apercevez alors vous coupe le souffle : un village entier, fait de terrasses et de maisonnettes en bois, domine le faîte des arbres. On vous porte vers la plus grande des huttes, de toute évidence celle du roi, et l'on vous jette brutalement au sol. Le vieux roi vous toise avec un mécontentement manifeste. « Je suis Okosa, le roi des Kundis, dit-il. Qui es-tu ? Qu'es-tu venu faire ici ? » Vous expliquez posément au roi que vous êtes en quête de la Pierre-de-Lune des Majdars, que vous cherchez la Porte de l'Ombre et que vous avez besoin de la vision magique des Kundis pour vous y mener. « Tu n'es pas un Majdar, réplique le roi d'un ton soupçonneux. Tu as amené la mort rampante d'en bas, les Kundis ne te guideront nulle part. » Sur ce, il s'enferme dans un silence réprobateur et têtu. Vous avez beau faire, vous ne parvenez pas à le convaincre que vous êtes un Sorcier Majdar et que vous ne meniez pas la horde de Mantizes, bien au contraire. Le vieux roi ne veut rien entendre. A bout d'arguments, vous vous exclamez soudain : « Je connais la magie Majdar ! » « Le roi démon pratique la magie, les Chadakines aussi ! Ça ne veut rien dire ! » répond le roi avec dédain, balayant tous vos espoirs d'un geste de la main. Découragé, vous baissez les bras. « Mais alors, demandez-vous, comment te prouver que je dis vrai ? » « Prouver, prouver... répète le roi en vous décochant un regard en biais, les sourcils froncés. Ah ! oui... tu vas pouvoir prouver beaucoup de choses quand Urik, le doyen des sages Kundis, viendra te parler ! Attends-toi à voir de la vraie magie, de la sorcellerie Kundi ! C'est autre chose que les ridicules tours de passe-passe des Chadakines ! » Vous décidez de prendre votre mal en patience et d'attendre. Un certain temps s'écoule ainsi. Vous entendez soudain, se rapprochant lentement, de faibles grelots et une voix éraillée qui chantonne un air monotone et dépourvue de mélodie. Au bout d'un moment, un vieux Kundi tout plissé de rides est introduit dans la pièce. Le vieillard est couvert de plumes et de clochettes, et ses yeux roulent furieusement dans leurs orbites. Le roi et sa suite l'accueillent avec la déférence qui lui est due : il est, en effet, le sorcier et le maître spirituel de la Tribu. En votre for intérieur cependant vous trouvez un peu ridicule ce petit homme qui s'agite en sautillant d'un pied sur l'autre autour de vous, secouant un drôle de talisman couvert de fourrure sous votre nez et psalmodiant inlassablement ses discordantes litanies. Sûr de votre savoir en la matière, vous estimez qu'il n'y a là aucune trace de magie et vous regardez le sorcier avec intérêt, impatient de voir ce qui va se passer. Brusquement, le vieillard se tait. Il est à bout de souffle et l'air s'échappe en sifflant de ses poumons. Découvrant d'horribles chicots, il approche tellement son visage du vôtre qu'une vague d'haleine fétide vous submerge tandis qu'il vous parle. « Tu n'as pas l'air d'un Majdar ! » vous dit-il en vous jaugeant avec de grands gestes théâtraux. « Sorcier Majdar », corrigez-vous, sans récolter la moindre réaction. Urik se met à palper de ses doigts noueux les haillons de votre robe. « Pas très Majdar, cet accoutrement ! » Plissant alors le nez avec dégoût, il ajoute : « Et tu n'as pas l'odeur d'un Majdar, tu sens plutôt le bourbier ! » Sur ce, le vieillard part d'un grand rire éraillé, battant des mains avec ravissement. « Tu dis que tu as vu des Majdars ? » vous demande-t-il, soudain sérieux. Vous hochez affirmativement la tête. « Eh bien, tu vas pouvoir le prouver, dit Urik. Même le plus jeune de nos enfants connaît la Devinette du Majdar ; si tu dis vrai, tu trouveras la réponse. » Stupéfait, vous comprenez que l'avenir de votre mission dépend de votre promptitude à interpréter une comptine. En effet, Okosa, le roi des Kundis, s'engage à vous faire guider jusqu'à la Porte de l'Ombre à condition que vous trouviez la solution de la devinette. Nerveux et inquiet, vous écoutez les paroles que récite le vieux sage, essayant de les graver dans votre esprit :
Majdar et Kundi Face à face, Yeux dans les yeux. Majdar voit Kundi, mais Kundi,
que voit-il ?
Pouvez-vous répondre ? Réfléchissez bien avant d'aller vérifier la solution que vous trouverez dans la deuxième aventure de la série Astre d'Or :
La Cité Interdite