Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Mai 2013
Vous entendez les acclamations d'une foule. L'air est rempli d'odeurs. Vous sentez un mélange de sueur, de chaleur et de chien mouillé ou quelque chose d'approchant. A nouveau, la foule invisible explose en acclamations.
Vous êtes entouré d'un brouillard gris et scintillant qui se lève peu à peu et vous commencez à distinguer ce qui vous entoure de plus en plus clairement. Oui, de plus en plus clairement... Vous vous tenez debout dans l'arène d'un majestueux amphithéâtre dont les gradins de pierre sont remplis de spectateurs enthousiastes. Il semble qu'une sorte de procession soit en train de se dérouler. Des prêtres vêtus de robes brodées d'or défilent tout autour de l'arène en agitant des encensoirs et en psalmodiant un chant monotone.
Charmant ! Vous avez atterri dans la Rome antique en plein milieu d'une fête religieuse. Vous levez les yeux vers la foule en pleine ferveur. La plupart des spectateurs n'ont pas l'air très raffinés, mais ceux qui occupent les meilleures places semblent beaucoup plus respectables. Au fond, des hommes vêtus d'uniformes de marin s'activent avec agilité autour d'une armature complexe sur laquelle ils déploient une immense toile multicolore destinée à fournir un peu d'ombre aux spectateurs.
Un rugissement frénétique monte de la foule qui se lève d'un même mouvement tandis qu'un homme grand aux cheveux gris apparaît, suivi de plusieurs personnes, et se dirige vers une loge qui domine l'arène. D'un geste négligent de la main, il salue les spectateurs, puis s'assied. Des gardes en armes se postent derrière lui. Est-ce l'empereur du moment ? Il vous revient en mémoire que les empereurs romains étaient toujours vêtus de pourpre lorsqu'ils apparaissaient en public. Or, la toge de cet homme est d'une blancheur immaculée. Peut-être s'agit-il d'un sénateur ou d'une grosse légume du même genre. Les prêtres achèvent leur procession et sortent en franchissant l'imposante arcade par laquelle ils sont entrés. Aussitôt, un orgue se met à jouer un air joyeux.
Un orgue dans la Rome antique ? Certainement pas. Pourtant, les sons que vous entendez ressemblent bel et bien à ceux d'un orgue. Des hommes en armes pénètrent - par douzaines - dans l'arène d'un pas martial. Ils ont l'air féroces, terrifiants et très bien entraînés. Parvenus sous la loge qu'occupent le notable aux cheveux gris et sa suite, ils s'arrêtent comme un seul homme et lèvent le bras d'un geste brusque pour saluer avec raideur. - Morituri te salutant ! s'exclament-ils d'une même voix.
Apparemment, Mercure n'a rien fait pour assurer la traduction simultanée. Vous n'avez pas compris un traître mot de ce qu'ils viennent de dire. Au moment où vous vous faites cette réflexion, votre oreille commence à vous démanger furieusement. Alors que vous vous grattez, un petit objet pas plus grand qu'un appareil auditif tombe sur le sable de l'arène. Il grésille un peu lorsque vous le ramassez comme si sa chute l'avait endommagé. Sous le logo de la marque Mercurophone, vous remarquez un petit interrupteur que vous mettez sur la position « marche » avant d'enfoncer à nouveau l'appareil dans votre oreille.
- Morituri te salutant ! répètent les hommes en armes.
Mais cette fois, vous entendez : « Ceux qui vont mourir te saluent ! »
Étranges paroles pour une fête religieuse ! Et quelle bizarrerie de voir tous ces hommes armés dans cette ravissante église à ciel ouvert. Soudain, les hommes en armes rompent les rangs et, sous vos yeux horrifiés, commencent à se battre à coups d'épée. L'un d'eux se précipite sur vous en brandissant un filet et une lance dont il vous enfonce douloureusement la pointe dans la poitrine.
Vene, plebeius, vene pugnare si hominem es ! lance-t-il avec un sourire mauvais.
Viens, minable, viens te battre si tu es un homme ! crachote dans votre oreille le traducteur simultané de Mercure. Vous restez bouche bée. De toute évidence, on vient de vous lancer un défi.
Qu'allez-vous faire, à part refermer la bouche?
Vous pouvez essayer de vous enfuir à toutes jambes.