Lecture des livres dont vous êtes le héros
13 Janvier 2013
Le pays sauvage fait bientôt place aux prairies qu'arrose la Fortune. Bien qu'aucune créature vivante ne soit visible, l'herbe porte de nombreuses empreintes de pattes et de pas : sans doute ne fait-il pas bon s'aventurer dans les parages la nuit venue... d'autant plus que vous longez maintenant l'orée d'une sombre forêt ! A l'évidence vous gagneriez un temps précieux en la traversant ; mais la sourde angoisse qui vous étreint à présent vous en empêche. Lançant des regards de tous côtés, vous avancez d'un pas rapide. Devant vous, l'herbe de la prairie semble maintenant avoir été foulée par une armée entière. Vous penchant sur les traces, vous en venez à la conclusion qu'une horde d'Orques est passée par là, se dirigeant selon toute vraisemblance vers le Rift. Allons, la ville de Fendil ne doit plus être très éloignée ; et vous ne devriez pas tarder à l'apercevoir... peut-être après avoir dépassé ce dernier bosquet... Vous accélérez encore le pas, en proie à la plus grande inquiétude, et vous vous heurtez presque à un homme que les arbres vous avaient dissimulé jusqu'alors. La surprise créée par la soudaineté de cette rencontre vous a fait bondir en arrière ; l'effroi qui vous a envahi lorsque vous avez réalisé qui se trouvait en face de vous a presque étouffé les battements de votre cœur. C'est un homme. Un homme courbé par les ans. Il est revêtu d'une ample robe bleue en lambeaux, et son visage est maculé de sang. D'un sang qui s'est écoulé de ses orbites maintenant vides. Et le plus effroyable, c'est que, alors que vous étiez presque sur lui, il a hurlé :
— Non ! Je n'ai pas d'or, je n'ai pas d'or ! Non, ne me mangez pas, ne me mangez pas ! Je suis empoisonné, vous n'y survivriez pas !...
Cela vous a pris beaucoup de temps pour le calmer, pour lui faire comprendre que vous n'étiez pas son ennemi, et que l'idée de vouloir le manger ne vous avait jamais effleuré. Enfin, quelque peu rassuré, il s'est assis dans l'herbe, et a commencé à vous conter son histoire. A mots embrouillés qu'il ne vous a pas été facile de comprendre tout d'abord... Ce pauvre hère est un moine de Fendil. Depuis qu'il a perdu la vue, il a senti quatre fois la chaleur du soleil lui brûler le visage. Quatre jours se sont donc écoulés depuis l'instant funeste où, croyant qu'il l'espionnait, un homme répondant au nom de Honoric lui a arraché les yeux.
— Comme a l'accoutumée, je me trouvais non loin des appartements de Yaémon, un Grand Maître de notre Ordre, devant une petite fenêtre donnant sur son salon particulier. Là, je remplissais mes fonctions habituelles : nettoyer le couloir, m'assurer que tout était en ordre. C'est alors que le Grand Maître est entré dans son salon, en compagnie de cet Honoric. Ils parlaient haut, et c'est pourquoi j'ai entendu qu'ils projetaient ensemble un voyage de la plus grande importance, vers le nord, et qu'ils attendaient pour se mettre en route qu'un troisième personnage vienne les rejoindre. Un mage... Oui, c'est cela : le Mage de la Mort. Sans doute ai-je dû à un moment ou à un autre manifester ma présence, car Honoric a soudain surgit devant moi et, criant à tue-tête que écoutais leur conversation, il a levé ses mains vers moi, et mes yeux m'ont quitté comme attirés par un aimant... Et je n'écoutais rien... Maudit soit-il !... Monsieur, soyez bon : je suis affamé ; et de quel côté se trouve la rivière ?
C'est d'une voix étranglée de colère que vous lui indiquez le chemin qu'il vous demande, tout en lui refermant la main sur les dernières noix que vous possédiez. Que pouvez-vous faire de plus pour ce malheureux ? A l'évidence, gagner, du plus vite que vous le pouvez, Fendil, pour réduire à néant ces êtres maléfiques.