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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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A dire vrai, vous avez encore des progrès à faire dans le maniement de l'épée. Vous éprouvez en effet certaines difficultés à tirer l'arme de son fourreau et lorsque vous y parvenez enfin, l'homme qui vous fait face vous regarde avec des yeux ronds en se demandant visiblement ce que vous lui voulez. La peur qu'il avait tout d'abord ressentie s'est dissipée devant le spectacle de votre maladresse et c'est d'un air navré qu'il vous adresse la parole :

— Faut-il donc que toujours et partout règne la violence ? dit-il. Et que le moindre freluquet à peine sorti du berceau se mêle de brandir une épée trop grande et trop lourde pour lui ?

Voilà des propos plutôt vexants ! Vous étiez enclin à considérer les hommes avec une certaine condescendance, or, c'est vous qui vous trouvez à présent en position d'infériorité. De par votre faute, soit dit en passant. Quel besoin aviez-vous donc de vous ruer sur ce malheureux alors que vous êtes entré chez lui sans y être invité ? Pour quelqu'un qui porte le titre de Prince, vous avez fait preuve d'un singulier manque de tact.

— Que veux-tu ? reprend l'homme, de l'or ? Je n'en ai pas. D'ailleurs, je ne possède rien à part l'épée que tu as en main et l'attirail qui va avec, mais puisque tu as déjà pris tout cela, garde le donc et que grand bien te fasse. Je suis las de la violence, las des combats, las de la guerre. La guerre, jouvenceau, sais-tu ce qu'est la guerre ?

Vous n'en savez pas grand-chose en vérité — il n'y a pas de guerres au Royaume du Temps. Mais on vous a parlé de celles que les hommes se font et vous avez quelques vagues notions en la matière.

— La guerre, mon joli béjaune, poursuit l'inconnu, c'est l'art de se faire tuer pour des princes et des rois qui finiront un jour par se serrer la main en piétinant ta tombe. La guerre ravage le Royaume de France, elle déferle du nord au midi et de l'est à l'ouest, elle fait rage depuis des années, depuis tant et tant d'années qu'elle pourrait bien durer cent ans. Mais moi, je n'en veux plus, je ne veux plus de la guerre, je veux la paix ! La paix, entends-tu, jouvenceau ? La Paix ! ! !

L'homme s'est mis à crier, pris d'une fureur soudaine, et bien que vous ayez une épée à la main tandis qu'il est lui-même désarmé, vous reculez d'un pas, dans un réflexe de peur. Par malchance, votre talon vient buter contre une dalle descellée qui forme une aspérité sur le sol, vous perdez l'équilibre et vous tombez en arrière, dans la cheminée. Sous l'effet de la douleur provoquée par la brûlure des flammes, vous vous redressez d'un bond et votre tête heurte alors avec force le manteau de cette même cheminée. Sous le choc, vous avez lâché votre épée qui tombe à terre dans un bruit métallique.

L'homme se précipite aussitôt et la ramasse. Il est hilare. Quant à vous, jamais vous ne vous êtes senti aussi humilié. Par surcroît, votre chute vous coûte 2 points de FORCE, un pour la brûlure, un autre pour la bosse. Heureusement que votre soeur ne vous voit pas en cet instant, sinon, vous auriez à essuyer un déluge de quolibets ! Il faut dire que vous avez fait preuve tout à la fois d'agressivité et de couardise, ce dont il n'y a pas lieu d'être fier.

— Et maintenant, je pourrais te tuer, dit l'homme en riant, mais cette épée est la tienne, désormais, je te la rends.

Frottant d'une main votre bosse et de l'autre votre brûlure, vous le regardez d'un air stupéfait ; vous êtes à sa merci et voilà qu'il vous offre son arme.

— Allons, prends-la, insiste-t-il, elle est à toi, Eudes le Doux te l'a donnée.

— Eudes le Doux ? répétez-vous d'un ton interrogateur.

— C'est mon nom. Eudes le Doux, vingt années de guerre au service du Royaume de France, vingt années de fer et de sang, vingt blessures, une par an, et sans doute davantage. Aujourd'hui, me voici de retour chez moi en quête d'un peu de tranquillité, mais à peine me suis-je défait de mes armes et de ma cotte de mailles qu'on vient encore m'attaquer au coeur de mon propre logis.

Tout penaud, vous prenez l'épée qu'il vous tend et vous la remettez au fourreau. On peut dire que vous n'avez guère été brillant ! Vous vous êtes conduit aussi stupidement que la plupart des hommes. On aurait attendu plus de noblesse de la part d'un Prince du Temps !

— Pourquoi donc as-tu pris mes armes ? demande Eudes le Doux. Tu me sembles un peu jeune pour t'en servir.

— J'ai besoin de me défendre car je vais seul sur les chemins.

— D'où viens-tu donc ainsi ? Tu n'as pas de parents ?

— Je viens... de très loin, vous contentez-vous de répondre. Quant à mes parents...

Vos parents? Impossible de lui en parler sans lui révéler ce que, de toute façon, il ne croirait pas. Eudes le Doux paraît bien disposé à votre égard, peut-être pourra-t-il vous être utile. Autant en profiter. On peut raisonnablement penser que si vous parvenez à l'émouvoir, il sera prêt à vous aider davantage encore qu'en vous donnant ses armes. L'émouvoir ? Vous venez justement d'avoir une idée pour répondre à la question qu'il vous a posée.

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