Lecture des livres dont vous êtes le héros
6 Février 2013
— Un lit pour moi et une litière pour mon cheval, lance Loup "Ardent avec arrogance.
— Tout de suite, Monseigneur, à votre service, répond obséquieusement l'Aubergiste en évaluant des yeux le prix des vêtements de Loup*Ardent. Mais Loup*Ardent ne lui prête aucune attention et se dirige tout droit vers la porte de l'auberge, qu'il franchit en passant devant Tojar comme si celui-ci était un domestique. Le marchand d'esclaves l'observe d'un air intrigué, mais ne fait pas un geste pour l'arrêter et ne donne pas l'impression de l'avoir reconnu.
Une bouffée de chaleur accueille Loup*Ardent au seuil de la taverne. Il y règne une grande animation. Des serveuses chargées de cruches de bières et d'assiettes bien garnies circulent entre les grossières tables en bois brut d'une salle pleine de consommateurs. Ceux-ci sont essentiellement des marchands, mêlés de quelques soldats, d'une poignée d'hommes placides et rubiconds qui doivent être des fermiers des environs et, dans un coin, de pratiquement toute la bande des marchands d'esclaves. Mais où est leur marchandise? Où sont les esclaves? Personne ne prête la moindre attention à Loup*Ardent lorsqu'il gagne une table libre dans un endroit tranquille, à l'écart des trafiquants. Bien qu'il ait croisé Tojar sans que celui-ci le reconnaisse, il ne tient pas à forcer sa chance. Après tout, il a tué l'un des leurs et quoique rien, dans son aspect extérieur, ne rappelle le Barbare à moitié nu qu'ils avaient capturé, il ne se fait aucune illusion sur ce qui se passera s'ils retrouvent la mémoire.
Une jeune fille de seize ans à peine, portant un caraco et un tablier de serveuse, s'approche de lui.
— Apportez-moi de la bière, lui dit Loup*Ardent, et quelque chose à manger. Ensuite, vous me préparerez une chambre pour la nuit.
— Bien, monsieur.
Tout en dînant, il surveille du coin de l'ail le groupe des trafiquants. Ceux-ci boivent comme des trous, deviennent de plus en plus bruyants et semblent des-tinés à rouler bientôt sous la table. Loup*Ardent attire l'attention de la jeune fille qui l'a servi. Lorsqu'elle répond à son appel, il lui demande à mi-voix :
— Ces hommes, dans le coin... qu'est-ce que c'est ?
— Des gens du Nord, répond-elle laconiquement. Malgré sa jeunesse, elle paraît intelligente. Son expression semble indiquer qu'elle ne porte pas les barbus dans son cœur.
— Des marchands ?
Elle commence par secouer négativement la tête, mais finit par répondre :
— Si on veut, des marchands de chair humaine. Elle observe Loup*Ardent. Ce sont des amis à vous ? Il hausse les épaules.
— Nous ne faisons pas le même métier.
Au moment où il va poser d'autres questions à la jeune fille, celle-ci est appelée ailleurs. Lorsque Loup*Ardent a terminé son repas. l'Aubergiste réapparaît pour lui annoncer que sa chambre est prête. Il s'y rend directement. Elle est petite, mais propre, et le lit est la chose la plus tentante qu'il ait vue depuis des mois. Il se déshabille en un tournemain. pose Exterminator près du lit, à sa portée, et sombre presque immédiatement dans un sommeil sans rêve. Un halètement effrayé le réveille brusquement, Exterminator au poing. La chambre est plongée dans l'obscurité, mais un rayon de lune, filtrant entre les rideaux, éclaire le visage terrifié de la jeune serveuse. Celle-ci est penchée au-dessus du lit. et la pointe d'Exterminator, qui tinte doucement est appuyée sur sa gorge.
Loup*Ardent doit faire un effort pour retenir l'épée dont la soif de sang s'accroît sans cesse, en même temps que son pouvoir. S'il avait mis quelques secondes de plus à se réveiller, elle aurait absorbé l'âme de la jeune fille en utilisant la main inconsciente de Loup*Ardent. Le Barbare pose l'épée et regarde la jeune fille effrayée.
— Qu'est-ce que vous faites dans ma chambre? demande-t-il doucement, mais sans parvenir à dissimuler un ressentiment en partie dirigé contre lui- même Elle avale sa salive.
— Je suis venue vous avertir. Loup*Ardent se redresse.
— M'avertir de quoi ?
— Ces gens sur lesquels vous m'avez questionnée... les hommes du Nord qui vendent des esclaves. Ils vous connaissent. Je crois qu'ils complotent de vous tuer.
— Tiens, tiens ! dit Loup* Ardent. Il se lève d'un bond et tend la main vers sa robe. La jeune fille écarquille les veux devant sa puissante musculature, mais il n'y fan pas attention. En s'habillant, il demande :
— Vous savez quand ils veulent me tuer ?
— Cette nuit. C'est pour cela que je suis venue vous prévenir. Mon père est de mèche avec eux parce qu'ils lui ont promis de lui donner votre or. Il n'y a donc personne pour vous aider.
— Votre père ?
— L'Aubergiste.
Loup*Ardent acquiesce, découvrant soudain un certain air de famille.
— Qu'est-ce que vous allez faire ? demande-t-elle.
Loup*Ardent ne lui répond pas. Il hésite entre deux solutions.
La première solution consiste à fuir, et c'est évidemment celle qui s'impose : avec l'aide de la jeune fille. Loup*Ardent y parviendrait certainement. Mais la seconde, plus conforme à son tempérament, est de combattre. La sorcellerie, s'il arrive à se décider à l'utiliser, égaliserait ses chances contre toute la bande des marchands d'esclaves. Quelle décision va-t-il prendre ?