Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Avril 2013
Vous prenez une chambre d'hôtel qui vous coûte 4 dollars — les prix augmentent à mesure qu'on avance vers l'est — et vous faites un copieux repas qui. pour 3 dollars, vous permet de regagner 2 points de FORCE. Le lendemain, avant même de vous lever, vous notez sur votre calendrier la date du jour qui commence puis vous vous habillez en hâte et vous vous rendez à la gare en fiacre — avec le pourboire, le prix de la course se monte à 1 dollar et 50 cents. Le train va partir dans quelques minutes et vous n'avez que le temps de prendre votre billet qui vous coûte 20 dollars. Ensuite, vous montez dans un wagon. Vous avez le choix entre trois voitures: l'une se trouve juste derrière la locomotive, l'autre au milieu du convoi, la troisième étant la voiture de queue. Installez-vous dans le wagon qui vous convient le mieux, et préparez-vous au départ. Celui-ci est donné quelques instants après que vous avez pris place sur la banquette. Face à vous est assis un homme qui porte un bandage sur l'oeil et dont le pied est pris dans un plâtre. Deux béquilles sont posées près de lui. L'homme a l'air de mauvaise humeur et tandis que le train s'ébranle dans un vacarme de ferrailles grinçantes et de sifflements de vapeur, il lève la tête vers vous puis pousse un grognement.
— J'espère qu'on ne sera pas attaqués par ces satanés Yankees ! bougonne-t-il alors. Vous avez vu ce qui se passe à Vicksburg ? Bientôt, ils contrôleront tous les États du Mississippi ! Déjà, ils font la loi sur le fleuve, bientôt ils auront tout envahi ! J'espère que vous n'êtes pas de leur côté ? ajoute-t-il d'un air soudain soupçonneux.
— Non. non, rassurez-vous. Toute ma famille est du Sud.
Ce mensonge vous attire aussitôt la sympathie de votre interlocuteur.
— Vous êtes d'où ? interroge-t-il d'un ton plus aimable.
— De... de Dallas, répondez-vous à tout hasard.
Ah ! Dallas ! Une belle ville ! s'exclame l'homme. Au moins, là-bas. il n'y a pas de Yankees !î Et on ne les laissera pas arriver jusque-là, croyez-moi ! Tel que vous me voyez, j'ai perdu un oeil et j'ai bien failli perdre une jambe en combattant ces chiens de Nordistes. mais je suis prêt à me faire couper en morceaux s'il le faut ! On gagnera, ça. c'est certain ! On gagnera parce qu'on a les meilleurs soldats et les meilleurs chefs ! Lee est le plus grand général des États-Unis, sans compter tous les autres, Bragg et Wayward, par exemple !
Le nom de Wayward vous fait dresser l'oreille. Herbert Wayward : c'est chez lui que vous allez vous rendre dès votre arrivée à Memphis. Herbert Wayward. l'homme qui sait ce qu'il est advenu d'Oclock le Bon. Votre interlocuteur a remarqué votre réaction lorsqu'il a parlé du général Wayward.
— Vous connaissez Wayward ? demande-t-il. visiblement intéressé.
— C'est un parent éloigné, affirmez-vous avec aplomb.
— Par exemple ! s'écrie le mutilé. Savez-vous que j'ai combattu sous ses ordres ? Devant des hommes comme ça. les Yankees n'ont qu'à bien se tenir ! Herbert Wayward, le fléau des Nordistes ! Avec lui. pas de quartier ! Quand il fait des prisonniers, c'est pour mieux les fusiller après la bataille !
Cette remarque vous fait froid dans le dos : Oclock le Bon aurait-il été passé par les armes ?
— Maudite guerre ! soupire votre interlocuteur, quand on en aura fini avec ces coyotes, j'irai réinstaller dans une ferme du Tennessee. C'est là que je suis né. Vous ne vous intéressez guère, cependant, aux projets ruraux de l'homme aux béquilles. Le sort d'Oclock le Bon vous préoccupe bien davantage. Machinalement, vous tournez la tête vers la fenêtre du wagon. Le train longe une petite rivière d'un bleu limpide, qui coule paisiblement sous le soleil d'été. Plus loin s'étend la prairie aux herbes grasses. Tout semble gai et tranquille. Devant ce paysage serein, qui pourrait croire que la guerre dévaste le pays? Votre contemplation est alors brutalement interrompue : un choc violent vient de secouer le train. Le wagon dans lequel vous avez pris place oscille d'un côté et d'autre, des valises tombent des filets à bagages, les voyageurs poussent des cris de terreur, et un bruit assourdissant de ferraille déchirée se mêle soudain au tumulte.
— Les Nordistes ! s'exclame le mutilé en saisissant ses béquilles.
Les Nordistes ont en effet saboté la voie ferrée en déboulonnant les rails et la locomotive vient d'être précipitée dans la rivière qui vous inspirait un instant auparavant des considérations quelque peu bucoliques.
Si vous avez pris place dans le wagon de etc.
Si vous êtes dans le wagon du milieu.
Enfin, si vous avez choisi de vous asseoir dans le wagon de queue.