Lecture des livres dont vous êtes le héros
15 Avril 2013
Quelques instants plus tard, votre casque sur la tête, vous prenez place dans le side-car tandis que le journaliste enfourche la moto. Il fait beau et San Francisco sous le soleil vous paraît fraîche et enjouée, baignée d'une lumineuse douceur. Ah, si seulement vous aviez le temps de faire un peu de tourisme ! De Golf se faufile habilement parmi les voitures qui encombrent les rues en pente et vous arrivez bientôt en vue du Golden Gâte Bridge, un pont encore plus long et plus impressionnant que celui par lequel vous avez fait votre entrée à San Francisco. Le Pont de la Porte d'Or ! Un mile de longueur, sept cent cinquante pieds au-dessus du niveau de la mer, plus de cinquante ans d'âge : mazette, la
belle ouvrage ! Il en faut du cran et de la poigne pour construire un pont aussi majestueux ! Lorsque la moto s'engage sur le Golden Gâte, vous bénissez John Bob de Golf d'avoir eu la bonne idée de vous apporter une combinaison : il souffle en effet un vent du large qui vous paralysait de froid si vous n'aviez cette protection. La vue est magnifique : à votre gauche, l'océan Pacifique déploie ses profondeurs turquoises jusqu'à l'horizon, à votre droite, des bateaux aux cheminées fumantes glissent paisiblement sur les eaux immobiles de la baie de San Pablo. Respectueux de la limitation de vitesse, John Bob de Golf emprunte l'autoroute 101 sans dépasser les fatidiques 55 miles à l'heure et vous arrivez à Novato une demi-heure plus tard. L'entreprise G.G. Hunskoop est située un peu en dehors de la ville, au bord d'une route secondaire peu fréquentée. Prudent, le journaliste gare sa moto derrière un bosquet, à l'abri d'éventuels regards. - Et maintenant, allons voir d'un peu plus près ce que cachent les transports Hunskoop, murmure John Bob de Golf en mettant pied à terre. Vous sortez du side-car et vous suivez le journaliste. Progressant tous deux à l'abri des arbres qui bordent la route à cet endroit, vous vous approchez d'un mur derrière lequel s'élève un vaste bâtiment quelque peu décrépit que vous avez déjà vu en partie sur l'une des photos prises par Laura Pushbey. Le portail qui donne sur la route est soigneusement fermé : impossible de passer par là ; en revanche, vous pouvez jeter un coup d'oeil par-dessus le mur d'enceinte ; John Bob de Golf est en effet tout disposé à vous faire la courte échelle. Vous choisissez donc un endroit où le feuillage d'un arbre vous permettra de vous dissimuler et vous vous hissez au faîte du mur avec l'aide du journaliste. Vous revoyez alors la cour qui figurait sur la photo. Les deux camions semi-remorques sont également là et une équipe de manutentionnaires est en train de charger des caisses dans l'un d'eux. Si vous comptez bien, ils sont six en tout à s'affairer ainsi ; l'un d'eux, qui vous tourne le dos, attire plus particulièrement votre attention : c'est lui qui donne les ordres aux autres et lorsqu'il marche, vous remarquez qu'il boite. Soudain, l'homme se retourne : il a le visage caractéristique de l'ivrogne que vous avez vu sur l'une des photos et en qui John Bob de Golf a formellement reconnu l'assassin de Laura Pushbey ! Vous n'avez pas mis longtemps à retrouver sa trace ! Apparemment, les hommes qui chargeaient le camion ont fini leur besogne.
- Bon, on y va ! lance alors l'assassin de Laura Pushbey. Mike, fais chauffer le moteur, moi, je m'installe dans la remorque. Il vaut mieux qu'on me voie le moins possible, ces temps-ci. Il paraît que je fais peur aux jeunes filles ! Et puis, du moment que j'ai ça pour me tenir compagnie ! ajoute-t-il avec un rire gras en saisissant une bouteille de whisky posée sur le marchepied du camion. Le boiteux monte dans la remorque et ferme les portes derrière lui tandis qu'un jeune homme aux longs cheveux filasse et aux épaules de lutteur va s'installer au volant du camion.
- Dites, je commence à fatiguer, chuchote alors John Bob de Golf qui supporte vaillamment votre poids dans la paume de ses mains jointes.
- Bonne nouvelle, vous pouvez lâcher, lui répondez-vous dans un murmure.
Vous sautez à terre et vous courez vers la moto en lui faisant signe de vous emboîter le pas.
- Quel est le programme ? demande-t-il.
- Vous suivez le camion qui va sortir dans un instant. L'assassin de Laura Pushbey est dans la remorque.
Vous sautez dans le side-car et en quelques mots vous racontez ce que vous avez vu au journaliste qui se tient prêt à démarrer dès que le semi-remorque apparaîtra. A peine avez-vous terminé votre récit qu'un vrombissement retentit. Le portail de G.G. Hunskoop s'ouvre et l'impressionnante calandre du semi remorque surgit. L'un des hommes fait signe au chauffeur que la route est libre et l'énorme véhicule s'engage sur la chaussée, en direction du nord.
- Belle bête ! commente John Bob de Golf. Un Peterbilt 359, dix huit roues et pas mal de chevaux-vapeur sous le capot !
- Attendez qu'ils aient refermé le portail avant de démarrer, recommandez-vous au journaliste.
- Bien, chef !
- Et cessez de vous moquer de moi, vous aurez peut-être moins envie de faire le fier, tout à l'heure !
Jusqu'à présent, vous aviez laissé l'initiative à John Bob de Golf, mais maintenant que la situation devient plus périlleuse, vous avez la ferme intention de prendre vous-même les choses en main. Le portail de l'entreprise Hunskoop vient de se refermer, le journaliste lance alors sa moto sur la route et suit à distance le semi-remorque qui continue vers le nord, en direction de Santa Rosa. La circulation n'est pas très dense mais de Golf s'arrange malgré tout pour laisser quelques voitures entre la moto et le camion, afin d'éviter que le chauffeur ne vous repère dans son rétroviseur. Quinze miles plus loin environ, le semi-remorque bifurque vers le nord-est et rejoint une petite route secondaire
parfaitement déserte. Bien entendu, vous êtes toujours derrière, mais cette fois-ci, l'absence de toute autre voiture rend votre présence plus visible. Si visible même que deux miles plus loin, un coup de feu éclate soudain : une petite ouverture dans la porte
arrière de la remorque a permis à l'assassin de Laura Pushbey de vous apercevoir. Reconnaissant le side-car qui l'a poursuivi la veille lorsqu'il s'enfuyait au volant de la BMW, il n'a pas hésité à tirer pour essayer de se débarrasser de vous. Lancez deux dés.