Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Août 2013
Rapidement, vous consultez la carte. L'étroit passage devant lequel vous vous trouvez mène droit au Pont Palatin. Sans hésiter vous vous y engagez, accueilli par des bourrasques de vent. La pluie a maintenant cessé, et seul l'écho de vos pas résonne entre les deux grands bâtiments qui vous dominent de toute leur masse. Vous atteignez enfin l'extrémité de cette lugubre ruelle, lorsqu'une silhouette élancée se dresse devant vous. C'est une femme ! vêtue, qui plus est, d'une façon pour le moins étrange. En effet, le vent fait claquer les plis de sa longue robe de soirée d'une couleur gris-bleu, alors que s'agite sur ses épaules une légère cape de tulle écarlate. Son expression et son maintien ne trahissent aucune menace, mais néanmoins vous avez la certitude que vous ne faites pas face à un être humain. Pris d'un frisson, vous portez la main à votre épée.
— Eh bien, mortel î dit-elle d'un ton sarcastique. Où te précipites-tu comme cela ? Non, ne me dis pas que tu veux empêcher les Kappas de découvrir ce qu'ils cherchent depuis si longtemps ! Car comment parviendrais-tu à vaincre leurs innombrables légions ?
Et elle éclate d'un rire démoniaque qui fait trembler les vieilles pierres qui vous entourent. Cette fois, vous dégainez votre épée avant de répondre:
— Madame, la mission qui m'a été confiée ne doit souffrir aucun retard. Aussi, veuillez me laisser passer.
Sans doute avez-vous eu l'intention de lui adresser ces mots d'une voix ferme. Mais vous n'avez fait que chevroter, ce qui a rendu votre discours quelque peu ridicule.
— Des mots, de pauvres mots seulement ! reprend-elle. Tu vas maintenant apprendre ce qu'est le désespoir. Et je souhaite, pour toi, que tu apprennes à l'aimer.
Aussitôt une étrange mélopée commence à sourdre de ses lèvres. C'est alors que vous comprenez avec effroi qui se trouve devant vous : Ligéa, la déesse du Désespoir ! Au fur et à mesure que son chant s'élève, une intense tristesse gagne votre cœur ; et chacun des mots qu'elle prononce vous persuade un peu plus de l'inanité de votre mission. L'épée vous glisse des mains et tombe sur le sol dans un bruit métallique, et vous vous effondrez à son côté. Vite, il faut agir tant qu'il vous reste une étincelle de volonté ! Allez-vous :
Ouvrir une Tabatière de nacre ? (254)
Lancer le sortilège du Bouclier de l'Esprit ? (279)
Manger une Grenade ? (13)
Si vous ne possédez rien de cela, vous êtes totalement envoûté par les funèbres psalmodies de Ligéa. Et personne, ni Dieu ni Diable, n'aura le pouvoir de briser la malédiction qui vient de mettre fin à votre aventure.