Lecture des livres dont vous êtes le héros
6 Juin 2013
Quelques secondes plus tard, en ouvrant les yeux, vous voyez tout d'abord une main gigantesque qui vous repose à terre délicatement. Puis vous découvrez celui à qui appartient cette dextre ; cet être fabuleux que les légendes du royaume d'Orchha nomment un djinn. De cette créature magique, née de l'air qui vous entoure, émane une telle puissance que vous ne parvenez pas à détacher votre regard de ses petits yeux noirs, vifs et perçants, placés dans un visage que domine un front haut et plissé. Sa calvitie contraste avec sa moustache et une barbe limitée au périmètre de son menton. Un long moment s'écoule avant que vous ne parveniez à baisser les yeux, découvrant un corps que soutient, de la tête au nombril, un tourbillon de vent. Aérien, le djinn semble pourtant avoir été taillé dans la pierre. Ses bras et son buste ne sont que muscles.
- Bonsoir, parvenez-vous à balbutier en fixant de nouveau la créature droit dans les yeux.
- Soir de lumière, répond-il d'une voix grave et mélodieuse. Je suis celui qui protège cette place où tu aimes te promener. Jadis, en ce lieu, fut creusé le premier puits du royaume d'Orchha, baptisé Babrak. C'est aussi mon nom. Mais oublions les histoires qui parlent d'êtres et de choses du passé, de races anciennes, de souverains enfuis, de cités disparues et de mystères sans fin. Parlons plutôt de toi. S'il est vrai que l'homme voyage toujours en avant de lui-même, trop d'avenirs sont encore possibles pour que je puisse te révéler ton destin. Mais je peux te dire qu'une porte va bientôt s'ouvrir entre ton monde et le royaume d'Orchha. Au cours de ton voyage, dans le désert, sur les plateaux ou dans les montagnes, les Suhuls seront tes ennemis les plus féroces.
Sur ces mots, le djinn incline la tête, les mains jointes, puis disparaît comme il était apparu, lentement, en milliers de volutes blanches qui s'engouffrent dans le puits, aspirées par une puissance surnaturelle. A cet instant, la tête vous tourne. Vos paupières se ferment inexorablement. Vous sombrez dans un sommeil de plomb.