Lecture des livres dont vous êtes le héros
11 Avril 2013
Pas plus que lors de vos précédents voyages, vous n'avez la moindre idée du trajet qu'a pu emprunter la Télégéosphère pour vous transporter dans le monde des hommes. Comme les autres fois, lorsque vous revenez à vous, vous vous retrouvez à plat ventre dans une grotte faiblement éclairée par la lumière du jour. Vous clignez des yeux, vous vous frottez les paupières, et vous vous réveillez peu à peu, comme si l'on venait de vous arracher à un sommeil lourd et sans rêves. La Télégéosphère a disparu, à présent. Vous êtes à nouveau libre de vos mouvements et vous vous relevez avec lenteur, les muscles encore engourdis. Vous avez tôt fait, cependant, de reprendre vos esprits et vous
retrouvez sans difficulté votre souplesse habituelle. Dans votre hâte de revoir le ciel et la surface de la Terre, vous vous dirigez vers la lumière qui pénètre dans la grotte par une large ouverture. Le sol plat vous permet d'avancer sans mal. Vous voici maintenant à l'entrée de la grotte. Lorsque vous sortez de la pénombre, la clarté du jour vous paraît d'abord insoutenable, mais vous avez l'habitude de cette sensation et vous savez qu'elle
ne dure guère. Quelques instants plus tard, en effet, vos yeux se sont accoutumés à la lumière et vous contemplez alors un spectacle surprenant : une étrange cabane devant laquelle sèche du linge accroché à un fil se dresse au bord d'une petite route. A côté de la cabane, vous remarquez un engin muni de roues : vous connaissez ce genre de machines, on vous en a montré des reproductions au Royaume du Temps.
C'est ce que les hommes appellent une automobile. Celle-ci vous semble plutôt amusante. Elle est grosse, rouge, ornée de chromes un peu trop voyants à votre goût, et surtout, elle est décapotable, ce qui doit en rendre la conduite beaucoup plus agréable. La vue de cette voiture vous donne soudain envie d'exercer le talent d'automobiliste que votre mère vous a permis d'acquérir et vous vous approchez de la cabane. En y regardant de plus près, vous apercevez trois pompes à essence et vous comprenez alors que l'endroit est une station-service. Vous ne pouviez mieux tomber pour vos débuts d'automobiliste ! Vous vous dirigez vers la porte d'entrée de la station et vous frappez au carreau, mais personne
ne répond. Vous tournez la poignée de la porte : celle-ci est verrouillée. Un écriteau accroché à une ventouse indique : «fermé ». Vous vous retournez alors vers la voiture et vous l'examinez de plus près. Une petite pancarte glissée derrière le pare-brise attire votre attention. Il y est écrit ceci :
A VENDRE BUICK SKYLARK 1953 BON ÉTAT GÉNÉRAL - FREINS A REVOIR 1 000 dollars
Mille dollars : le prix est raisonnable et de toute façon il vous faut une voiture, alors, autant prendre celle-ci. L'ennui, c'est qu'il n'y a personne pour vous la vendre. Vous faites le tour de la station service dans l'espoir bien illusoire de trouver quelqu'un mais l'endroit est désert. Lorsque vous passez devant les vêtements qui sèchent sur le fil, vous vous arrêtez pour les examiner. Vous constatez tout d'abord qu'ils sont secs, puis vous les décrochez. Il
y a là un pantalon de toile rouge et un blouson rouge également, qui porte la marque « Texaco » sur la pochette. Par curiosité, vous essayez le blouson : il est exactement à votre taille. De plus, il est pratique : grâce à ses multiples poches, vous pourrez y ranger toutes vos affaires. Vous passez ensuite le pantalon : lui aussi vous va à merveille. Vous 1 décidez donc de conserver ces deux vêtements en abandonnant les vôtres : mieux vaut en effet vous habiller à la manière des humains, vous éviterez ainsi de vous faire remarquer inutilement. Vous prenez ensuite mille dollars dans la liasse que votre mère vous a donnée et vous ôtez la pancarte « A vendre » du pare-brise de la voiture. Au dos, vous inscrivez « Vendue » à l'aide d'un stylo que vous dénichez près de l'une des pompes à essence, puis vous glissez la pancarte et les billets sous la porte de la station-service. Vous ajoutez également 30 dollars pour les vêtements : au moins, on ne pourra pas vous
reprocher d'avoir été malhonnête !