Lecture des livres dont vous êtes le héros
14 Juin 2013
Enfin le soleil monte à son zénith: l'heure de l'audience publique a sonné ! Vous vous dirigez vers la cour d'honneur du palais, impatient de retrouver le Premier ministre et le maharadjah. Des dizaines de personnes ont déjà gagné l'endroit, désireuses de présenter quelque doléance au sage Rabindranath ou simplement de le voir en chair et en os. Il y a là des hommes, jeunes ou vieux, des femmes, des enfants, assis ou accroupis en rangs serrés sur toute la largeur de la cour. Des gardes offrent des écuelles de nourriture à ceux qui ont faim. Une sérénité réelle habite tous ceux que vous voyez, même s'ils sont venus régler un différend concernant du bétail ou une parcelle de terre. Au bout d'un instant, le silence se fait. Alors apparaît le maharadjah Rabindranath...
Tout en lui respire la noblesse d'âme. Bien proportionné, il paraît nettement plus grand que sa taille moyenne. Son menton volontaire est recouvert d'une barbe bien taillée. Un pectoral de toute beauté, frappé du symbole de la fleur de lotus, orne sa poitrine musclée. Des bracelets d'or martelé lui enserrent les poignets. Il est vêtu avec simplicité, d'une tunique blanche et d'un turban pourpre. Derrière lui se tiennent un petit homme au teint jaunâtre et le Premier Ministre Moulouji, qui proclame l'ou- verture de l'audience.
On règle quelques affaires courantes, puis le maharadjah s'adresse aux dignitaires qui l'entourent.
«L'un de vous désire-t-il aborder une question particulière qui pourrait requérir mon attention?»
Mais aucun des conseillers ne semble avoir de requête. Vous savez que votre heure est venue: le Premier Ministre sourit, vous jette un regard complice, et prend la parole:
« Altesse, commence-t-il, vous souvenez-vous de ce crime atroce qui a eu lieu la semaine passée ?
- Tu veux parler de Satyajit, mon cousin, qu'on a trouvé assassiné et dépouillé de ses biens ?
- Oui, un meurtre qui rappelait les rituels des Thugs... Eh bien, on lui avait coupé les doigts et arraché ses bijoux... »
Vous ne comprenez pas très bien où Moulouji veut en venir, mais vous aimeriez qu'il abrège.
«Grâce à ce détail atroce, reprend-il, j'ai pu identifier l'assassin ! Il est ici en ce moment et il porte même au doigt la bague d'émeraudes du mort ! Gardes ! s'écrie-t-il en vous désignant du doigt. Emparez-vous de ce félon et empêchez-le de fuir! La preuve de son forfait est sur sa main ! »
Vous comprenez à peine ce qui vient de se dire, mais juste assez tout de même pour deviner que l'on s'est joué de vous. Mais pourquoi cela? Vous dévisagez le Premier ministre avec une certaine incrédulité. Pour quel motif a-t-il agi de la sorte avec vous? Et si... mais oui! Ses yeux, leur éclat sauvage est inoubliable ! Et ce turban vert qui masque son cou... son cou et la cicatrice que vous lui avez infligée hier !
Plus aucun doute n'est permis! Le Premier ministre Moulouji et le Grand Prêtre des Thugs ne font qu'un ! Voilà l'explication de cette machination...
En attendant, vous venez d'être maîtrisé par plusieurs gardes armés, et vous ne pouvez qu'écouter la sentence prononcée par le maharadjah :
« Le crime de cet étranger sera puni de mort, la mort sur un brasier ardent !
— Non ! Hurlez-vous. Je suis innocent ! Je n'étais même pas à Kasi voici une semaine ! Votre Premier ministre est un traître, c'est lui le véritable coupable ! Il a ranimé le culte de Kali et présidait au destin des fanatiques Thugs! Vous devez me croire... »
Mais c'est peine perdue, à l'évidence. Le maharadjah vous prend pour un dément, et ses dignitaires rient de vous !