Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

Publicité

78

78

Avant d'arriver au trente rue de l'Université où vous vous rendez à présent dans l'intention de rencontrer e dénommé Robert de la Gaillottière, vous allez devoir prendre quelques notes qui vous aideront à tenir vos comptes. Avec les 25 louis et les 20 écus que Timothée vous a confiés, vous êtes à la tête d'une petite fortune qu'il vous faudra administrer avec soin. Un manque d'argent pourrait en effet se révéler hautement préjudiciable à la réussite de votre entreprise. Sachez donc qu'un louis d'or vaut 24 livres ; la livre est une monnaie de compte, ce qui signifie qu'elle n'est pas représentée par des pièces, ni par des billets. Elle sert seulement à indiquer des valeurs marchandes. Dans un louis d'or, il y a 4 écus d'argent, ou 8 demi-écus ; un écu vaut donc 6 livres et un demi-écu. trois livres. Il existe également de la petite monnaie, les sols et les deniers. Une livre représente 20 sols, il y a par conséquent 120 sols dans un écu et 60 sols dans un demi-écu. Le sol lui-même est divisé en 12 deniers. Toutes ces indications vous paraîtront sans doute quelque peu compliquées, il sera cependant nécessaire de vous y référer si vous voulez tenir le compte exact de vos dépenses. Vous aurez de temps à autre besoin d'acheter tel ou tel objet, de payer un repas ou une chambre d'hôtel, vous devrez donc savoir comment dépenser votre argent avec discernement afin de ne pas vivre au-dessus de vos moyens et risquer ainsi de vous retrouver sur la paille.

Tandis que vous preniez bonne note de tous ces détails, vous avez réussi à atteindre sans encombre, et sans vous perdre, le trente de la rue de l'Université. Vous arrivez devant une maison triste et banale, haute de quatre étages, à la façade blanche et nue. Vous entrez par une porte cochère et vous montez un escalier étroit qui décrit une longue courbe. Mais, alors que vous parvenez à mi-chemin de cette courbe, un homme enveloppé dans une cape rouge vous bouscule violemment en dévalant les marches quatre à quatre. Vous manquez perdre l'équilibre et tomber au bas de l'escalier, mais l'homme à la cape rouge s'en soucie comme d'une guigne : après avoir franchi la dernière marche, il se précipite vers la porte et sort en trombe. Un instant plus tard, vous entendez les bruits de sabots d'un cheval qui s'éloigne. L'homme est passé si vite que vous n'avez pas eu le temps de distinguer son visage. La seule chose que vous avez vue de lui, c'est sa cape rouge. En grommelant contre la goujaterie des Parisiens, vous continuez à monter l'escalier et vous arrivez sur le palier. Là, vous voyez une porte entrouverte derrière aquelle retentissent des exclamations. Vous vous approchez et vous jetez un coup d'oeil par l'entrebâillement : un homme qui paraît être un valet de chambre est assis sur une chaise. Le teint livide, il semble terrorisé ; à ses côtés, deux femmes, également des domestiques, à en juger par leur tenue, essaient de le réconforter et lui font respirer des sels. Les deux femmes poussent par instants de petits cris apeurés en s'affairant autour du malheureux. L'une d'elles vous aperçoit alors, tandis que vous passez la tète par la porte entrouverte, et pousse aussitôt un hurlement qui se répercute en écho dans toute la maison.

— Allons, du calme, dites-vous en repoussant la porte et en pénétrant dans un vestibule pauvrement meublé, mais entretenu avec soin Que s'est-il passé ?

— Qui... Qui êtes-vous ?... bredouille l'une des domestiques.
Je souhaite voir monsieur de la Gaillottiére. Est- il ici ? Et que signifie tout ce remue-ménage ?

— Non, Monsieur le Baron n'est pas chez lui. répond l'autre femme, et c'est tant mieux, car un bandit le cherchait pour le tuer !

— Un... un assassin... balbutie le valet de chambre, c'est... c'est moi qui lui ai ouvert... Il m'a menacé d'un... d'un grand couteau... Il voulait... voir Monsieur... A l'instant...

— Cet homme était vêtu d'une cape rouge ? interrogez-vous.

— Oui... C'est cela même... Il portait également un masque de la même couleur.

— Et vous lui avez dit où était monsieur de la Gail- lottière ? demandez-vous.

— II... Il avait un grand couteau... bégaye le mal-heureux domestique, d'une voix sanglotante.

— Donc, vous le lui avez dit ?

— Oui... confesse-t-il.

— Alors, il faut faire vite. Où se trouve le baron ?

— Au Grand Châtelet... Il devait voir un commis-saire de la police.

— Connaissez-vous le nom de ce commissaire ?

— Du... Du Réner. je crois...

— Le plus court chemin pour le Châtelet ? demandez-vous.
Les deux femmes vous l'indiquent : vous n'en aurez guère pour longtemps, il suffit de suivre le quai jusqu'au Pont-Neuf, de traverser la Seine et de prendre à droite le quai de la Mégisserie. Une vingtaine de minutes plus tard, vous êtes sur place. Vous vous avancez vers un passage voûté aménagé au centre du Grand Châtelet, siège de la police de Paris. Vous n'en êtes plus qu'à quelques dizaines de mètres lorsque vous voyez sortir du passage un homme dans la cinquantaine, le teint pâle, et qui porte une redingote bleu ciel ainsi que des bottes montantes. L'homme boite légèrement et marche avec une canne. C'est exactement la description que Timothée Lestingois vous a faite du baron de la Gaillottière. Si l'on en juge par ses habits et l'ameublement de sa maison, Robert de la Gaillottière n'est sans doute pas un aristocrate très fortuné. Peut-être aime-t-il mieux les livres que l'or? Voilà qui vous rendrait l'homme plutôt sympathique, mais quoi qu'il en soit, il s'agit à présent d'avertir le baron du danger qu'il court. Hélas ! il est déjà trop tard ; car soudain, un homme suspendu à une corde s'élance du toit d'une maison voisine : une longue cape rouge flotte derrière lui et un masque de la même couleur dissimule son visage. L'homme tient dans sa main gauche un cimeterre à la lame étincelante. Cette cape rouge, vous la reconnaissez à l'instant : c'est celle dont était vêtu l'inconnu que vous avez croisé un peu brutalement dans l'escalier du trente de la rue de l'Université. Et dans une fraction de seconde, cet homme va décapiter Robert de la Gaillottière.

— Baron ! Baissez-vous !

Vous avez lancé ce cri au moment où l'assassin fondait sur sa victime. Robert de la Gaillottière tourne la tête de côté : il a vu l'homme à la cape rouge, il se baisse, la lame siffle. Trop tard ! Le baron est touché ! Certes, grâce à vous, il n'a pas été décapité, mais la lame du cimeterre lui a profondément entaillé le cuir chevelu ; un flot de sang ruisselle sur son visage et il s'écroule sur le pavé, au milieu des passants qui flânaient parmi les étals disposés le long de la rue. Des hurlements s'élèvent de toutes parts, une femme qui marchait derrière le baron s'évanouit. et un jeune garçon se précipite vers le malheureux Qu'allez-vous faire ?

Vous élancer à la poursuite de l'assassin ?

Descendre de cheval et tenter de porter secours au baron ?

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article