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Le Site dont vous êtes le Héros

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La Transylvanie

La Transylvanie

Au loin, un loup hurle. Aussitôt, comme si le ciel lui répondait, un éclair illumine brièvement la forêt ténébreuse. Puis, dans le grondement du tonnerre, la scène est brutalement replongée dans l'obscurité. Telle la cicatrice d'un coup de sabre sur le visage d'un géant, une route déserte balafre la forêt en se faufilant parmi les arbres comme un serpent ram-pant vers un destin inexorable. Une pluie torrentielle cingle ce fragile ruban, ruisselant entre les feuilles et courbant les troncs secoués par le vent furieux dont les plaintes et les gémissements évoquent une âme en détresse.

Une autre rumeur, qui pourrait être l'écho du tonnerre mais dont le roulement se rapproche, se décompose progressivement en claquement de sabots, en cliquetis de harnais, en fracas de roues cerclées de fer.

Un fouet claque, des chevaux s'ébrouent. Une voiture noire apparaît, tanguant sur la route comme un bateau sur la mer. Les chevaux ont l'écume à la bouche, les yeux fous. Le cocher, dont la pèlerine flotte au vent, est un gaillard robuste, un homme capable, expérimenté, aux épaules larges et aux mains puissantes. Et, pourtant, lui aussi paraît effrayé,

La route se met à monter. En s'élevant, elle émerge de la forêt pour déboucher dans une lande désolée, battue par la pluie, parsemée de rochers dont les formes tourmentées prennent, à chaque éclair, l'aspect de fantômes hideux. — Allez, hue ! crie le cocher. Mais les chevaux n'ont pas besoin d'être encouragés car ils galopent déjà comme s'ils avaient le diable à leurs trousses.

La route continue à grimper de lacet en lacet, et la lueur des éclairs permet maintenant de voir où elle conduit: à un château lugubre, obscur, dont la sinistre silhouette semble tapie au sommet de la butte derrière de lourdes grilles de fer. La voiture noire et ses chevaux épouvantés ne vont pas tarder à l'atteindre.

Nous sommes en Transylvanie, un pays reculé, presque primitif, de l'Europe centrale, que la plupart des voyageurs évitent et qui exerce généralement une étrange influence sur les rares personnes suffisam-ment téméraires pour s'y aventurer. Nous sommes en Transylvanie, une région de forêts denses et de villages isolés dont l'organisation sociale n'a guère connu de changement depuis le temps des seigneurs féodaux. Nous sommes en Transylvanie où les gens superstitieux se signent quand la nuit tombe et suspendent des chapelets d'ail au-dessus de leurs fenêtres soigneusement closes pour conjurer d'antiques maléfices dont les pays plus civilisés ont depuis longtemps perdu le souvenir.

La banquette de la voiture noire est occupée par un personnage solitaire, enveloppé d'une lourde cape qui dissimule son visage, ne laissant voir que ses yeux, au fond desquels brûle un feu sombre animé par instants de lueurs rougeâtres. Tandis que la voiture cahote vers sa hideuse destination au milieu des éléments déchaînés, le voyageur solitaire demeure aussi immobile qu'une statue. Qui peut bien être cet homme, pour s'apprêter aussi calmement à braver la nuit et à affronter les horreurs de ce repaire moyenâgeux ? Quel est donc l'inconnu assis dans cette voiture noire qui se précipite à un train d'enfer vers les hautes grilles du Château de Dracula? Qui, en vérité... sinon vous?

Arrivée au Château de Dracula

Le cocher doit se cramponner à ses rênes pour reprendre le contrôle de son attelage. Les chevaux terrifiés se cabrent et hennissent, refusant d'approcher davantage des hautes grilles de fer du château de Dracula. La voiture noire oscille dangereusement, menaçant de verser, mais l'automédon parvient à maîtriser ses bêtes, et le véhicule s'immobilise sans dommage à moins de dix mètres du redoutable portail.

Un nouvel éclair illumine le sinistre château qui s'élève au-delà des barreaux, ténébreux assemblage de tours et de tourelles se profilant sur le ciel avec une sombre majesté.

— Nous y voilà, mon bon monsieur ! crie le cocher. Et le grondement du tonnerre couvre à moitié sa voix. Les chevaux s'agitent nerveusement lorsque la poignée de la portière commence à tourner. Le panneau s'ouvre lentement, et une silhouette apparaît, emmitouflée dans une cape pour se protéger de la pluie diluvienne ; le visage du voyageur est à peine visible et les chevaux se mettent à trembler tandis que l'homme descend de la voiture.

Un nouvel éclair illumine le sinistre château...

Après une pause, celui-ci lève la tête vers le cocher qui blêmit à vue d'œil. Une voix grave, mélodieuse, demande simplement :

— Mon bagage, s'il vous plaît !

— Tout de suite, monsieur, répond le cocher. Maladroit dans sa hâte d'être débarrassé de son passager, il dépose son sac de voyage sur le sol en prenant soin de ne pas s'approcher des grilles plus près qu'il n'y est obligé.

— Merci.

L'homme fouille alors dans la poche de sa cape et en tire une pièce d'argent qu'il tend au cocher. Celui- ci l'accepte avec reconnaissance et regagne son siège, juché au sommet de la voiture. Sentant que le départ de ce maudit endroit est proche, les chevaux prennent d'eux-mêmes l'initiative de faire tourner le véhicule.

— Aurez-vous encore besoin de mes services ? S’enquiert le cocher, sa cupidité l'emportant provisoirement sur sa terreur.

Le voyageur hausse placidement les épaules.

— Peut-être.

Comment pourrait-il répondre à une telle question ? Dans le Château de Dracula, seul le mystère est prévisible. Demain, il aura peut-être besoin du cocher... S'il ne gît pas, maudit pour l'éternité, au fond d'une crypte humide et froide. Les chevaux inquiets commencent à faire avancer la voiture, centimètre par centimètre. Ce mouvement donne au cocher le courage de poser brusquement cette question :

Qui êtes-vous, monsieur ? J'ai conduit bien des voyageurs dans bien des endroits, mais je n'ai encore jamais rencontré personne d'aussi... déroutant que vous. Qui êtes-vous, monsieur ? Dites-moi au moins votre nom, pour l'amour du ciel !

Qui êtes-vous ? Le moment est justement venu de prendre votre décision. Dans cette histoire à faire dresser les cheveux sur la tête, vous avez le choix entre deux personnages. Le premier est Jonathan Harker, un homme épris d'aventure au courage légendaire. Le second est le comte Dracula, un vampire. La personnalité que vous adopterez va déterminer le déroulement de toute votre aventure. Alors réfléchissez bien avant de franchir les grilles du Château de Dracula.

Si vous décidez d'être Jonathan Harker.

Si vous préférez être le comte Dracula.

Description du château de Dracula :

A-t-on jamais vu demeure plus rébarbative ? Le Château de Dracula ne se dresse pas vraiment au-dessus des forêts qui l'entourent, on dirait plutôt qu'il s'est ramassé sur lui-même au sommet d'une éminence, tel un animal répugnant observant les environs. Ses pierres noires et son architecture rudimentaire tout comme sa taille modeste révèlent l'an-cienneté de sa construction. Cette forteresse a été édifiée à une époque où la Transylvanie était encore jeune, une époque bien antérieure aux guerres polonaises ou turques, avant même que les hordes tartares ne déferlent au galop de leurs chevaux trapus. L'histoire de ces vieilles pierres s'est perdue dans la nuit des temps. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que le sacrifice rituel de la pierre angulaire faisait partie d'un culte rendu à de très anciennes divinités.

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