Lecture des livres dont vous êtes le héros
7 Juin 2013
Le verre à la main, vous regardez les mosaïques qui décorent les dix colonnes de l'unique et vaste salle de l'auberge en de subtiles arabesques représentant les dunes du Grand Désert. Puis vous observez les grandes ouvertures qui éclairent la pièce à la faveur des derniers feux du soleil. D'ici peu, Ruam posera une douzaine de lanternes sur les tables de ses clients et fermera les lourds volets de fer de son restaurant. Il y a belle lurette que vous n'êtes plus surpris de l'absence de véritables fenêtres car, dans cette ville construite sur du sable, avec du sable, la pluie ne tombe jamais. Les petites pièces de terre cuite peintes des piliers vous rappellent le premier jour où vous avez aperçu les briques de la muraille qui, de part et d'autre de la Vallée Verte, protège les Chandis des tempêtes et des bêtes du désert. A votre arrivée dans ce monde inconnu, il y a exactement un an, vous n'auriez pas misé un écu sur vos chances de survie. Les dunes succédaient aux dunes, remodelées sans répit par un vent violent et brûlant qui ne faiblissait jamais. Dans cette fournaise où l'air semblait vibrer, vous marchiez sans but, lentement, tête baissée, puisant au plus profond de vos ressources pour exhorter vos compagnons d'armes à ne pas faillir. Et pourtant, vous enduriez vous-même un véritable martyre ! Le soleil vous asséchait la gorge, vous brûlait les yeux et vous craquelait les lèvres. Mais la main invisible du destin - à moins qu'il ne s'agisse de celle de Leïlha, l'esprit du Grand Désert - a guidé vos pas. Le cri d'une sentinelle s'éleva des remparts du mur d'enceinte. Quelques minutes plus tard, une troupe d'une vingtaine de soldats chandis vous encerclait, vous désarmait et vous conduisait au Palais de Chand. Quelle ne fut pas alors votre surprise ! Au-delà de la fortification s'étendait une vaste palmeraie irriguée par un labyrinthe de canaux. Le roi Jel-loun II vous a reçu dès votre arrivée. Ses savants vous ont examiné sous toutes les coutures et ont tenté, en vain, de communiquer avec vous. Un instant, vous avez craint d'être mis en prison ou, pire encore, d'être considéré comme un mauvais présage. Mais, heureusement, il n'en a rien été. Intrigué par votre physionomie, vos armes et votre langage, le monarque a décidé de vous placer sous bonne garde dans son palais. Cette mise à l'épreuve a duré trois mois : le temps pour vous d'apprendre les rudiments de la langue des Chandis, de raconter votre histoire et de convaincre le roi de vous accorder sa confiance. Ce qu'il a fait de bonne grâce, étant lui-même descendant d'un peuple d'exilés. Touché par votre infortune, il vous a accordé le droit de vous déplacer à votre guise dans son royaume, à condition de vous y comporter dignement et honnêtement. En témoignage de sa sympathie, il vous a rendu vos armes et a remis à chacun de vous une bague qui indique, aux yeux des Chandis, que vous êtes placé sous sa protection. - Alors, l'ami ! On baye aux corneilles ? " -Par le feu du dragon ! Plongé dans vos pensées, vous ne les avez pas vu venir. Mais ils sont bel et bien là, en chair et en os, vos trois amis de la compagnie des Héritiers de Dorgan. Souriant, vous les invitez à prendre place à votre table. Peu après les langues se délient et les rires fusent autour d'une carafe de vin. La soirée promet d'être longue et agréable.
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