Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Juin 2013
Écœuré par le cynisme et la cruauté de vos concitoyens, vous avez quitté la cité de Godorno, laissant derrière vous ses ruelles nauséabondes et sa foule grouillante de mendiants et d'esclaves. Depuis quelques jours, vous vous enivrez à loisir des charmes de la nature. Grisé par les parfums d'une terre fertile, vous cheminez en admirant la beauté paisible d'un paysage de collines boisées et de vallons verdoyants. Cette randonnée solitaire est l'occasion d'une longue rêverie. Des souvenirs entrent dans votre esprit et vous vous rappelez... Le jour de votre naissance - c'est du moins ce que l'on vous a raconté - Praxis la Pourpre, l'Étoile de la destinée, se para de l'éclat mordoré de Moraine, le dieu de la Guerre. Hélas, pendant que Praxis scintillait de mille feux, votre mère mourut d'épuisement en vous mettant au monde. Ses trois sœurs veillèrent sur vous en l'absence de votre père, un marin disparu en mer qui ne revint jamais de son dernier voyage. Vous aviez huit ans quand vos tantes vous firent entrer au collège de l'académie de Hégalopolis où, sous la férule de moines lettrés, vous avez passé les dernières années de votre enfance et les premières années de votre adolescence. Votre soif de connaissances était alors si difficile à étancher que vos maîtres vous prédisaient un avenir brillant. Malheureusement, à l'aube de vos quinze ans, Gornild, le suzerain de Godorno, ordonna la dissolution de tous les monastères du territoire des Marches. A l'évidence, ce seigneur tout-puissant, un véritable despote, craignait que l'éducation du peuple ne finisse un jour par nuire à son pouvoir. Votre ordre fut ainsi dispersé, ses biens confisqués, et vous avez dû chercher votre salut dans les rues d'une cité rongée par la corruption. L'existence cloîtrée que vous aviez menée à l'abri des hautes tours du collège ne vous avait pas préparé à affronter la trop dure réalité des miséreux de Godorno, de pauvres gens minés par la terreur et par la faim. Mais vous avez pourtant trouvé la force d'endurer ce calvaire et de vous adapter aux nécessités de votre nouvelle existence en suivant, quand les circonstances l'exigeaient, la maxime selon laquelle qui veut la fin veut les moyens. A votre place, la plupart des hommes auraient perdu toute capacité à s'émouvoir et, de ce fait, ce désir tenace de révolte qui permet à l'opprimé de conserver sa dignité. Mais vous n'êtes pas devenu insensible même si vous avez parfois eu peur de vous dessécher à force de vous aguerrir. Votre âme ne s'est pas endurcie et votre cœur ne s'est pas fermé. De plus, même dans l'adversité, vous n'avez jamais oublié les auspices sous lesquels vous êtes né : tristes mais favorables. En votre for intérieur, vous savez que Praxis la Pourpre éclairera votre destinée si vous franchissez le mur de la Vieille Frontière, si vous allez aux confins du pays des hommes. A condition que les légendes aient un fond de vérité, vous contemplerez la splendeur d'Elvenhèmet la cité mythique des elfes immortels de la forêt d'Arden, vous admirerez l'écorce d'or et le feuillage d'argent de l'Arbre de la Connaissance et vous obtiendrez le savoir des âges. Ensuite, vous retournerez parmi les hommes en libérateur et vous inscrirez votre nom dans l'histoire.
Vous ferez tout cela... à moins que les elfes n'existent pas ou, comme le prétend la rumeur, qu'ils soient, en réalité, des monstres armés de longs cimeterres recourbés en guise de mains, d'horribles créatures pour lesquelles le voyageur imprudent offre le plaisir d'infliger mille tortures et la joie d'inventer de nouveaux supplices. A cette pensée, vous sentez un frisson de mort dans vos veines. Autour de vous, les ténèbres s'épaississent. La nuit tombe quand... Cette lumière qui nimbe d'un éclat d'or la couleur cramoisie de Praxis la Pourpre : c'est un signe ! En quittant Godorno, vous vous êtes concilié la bienveillance du dieu Moraine. Dans la forêt d'Arden, vous accomplirez le destin d'un héros.