Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Février 2013
Aussitôt que Baj devient flasque, Loup*Ardent lâche le cadavre et s'enfuit. S'élançant vers le bord de la piste, il saute dans le vide et dévale la pente abrupte en trébuchant, en glissant, en roulant sur lui-même. Derrière lui retentissent les exclamations haineuses des trafiquants d'esclaves... mais pas le moindre encouragement de ses compagnons d'infortune .Il a misé sur l'effet de surprise pour lui assurer quelques minutes d'avance. La pente étant trop rude pour les. chevaux, il sait que les trafiquants voudront le poursuivre à pied. Mais, en fait, il atteint le fond de la vallée couvert de bleus et d'écorchures, sans personne à ses trousses. L'un des manteaux noirs décoche à tout hasard une flèche qui passe très loin de son but, mais les autres ne se donnent pas cette peine et n'essayent pas de rattraper le fugitif. Loup*Ardent s'enfonce sous le couvert des broussailles et s'arrête pour observer. A sa grande surprise, on ne le poursuit toujours pas. Ceux des marchands d'esclaves qui étaient descendus de cheval, dans la fièvre de l'évasion sont en train de se remettre en selle et, peu après, la caravane repart comme si rien ne s'était passé. Il remarque pour la première fois que la piste qu'elle suit ne conduit pas dans la vallée, mais en longe le versant avant de s"élever à nouveau et de prendre une autre direction, ce qui fait que les cavaliers et leurs captifs à pied sont bientôt hors de vue.
Ce départ trouble beaucoup plus Loup'Ardent que la poursuite qu'il avait prévue. Pour les trafiquants, il constituait une marchandise de valeur. Pas plus tard que la veille, il a entendu Tojar discuter des prix que les esclaves mercenaires atteignent à Xanthus. Ces prix semblent avoir toujours été élevés et, maintenant que le pays est en état d'alerte, ils ont doublé du jour au lendemain. Et cependant, pour Loup* Ardent, cette évasion a été la simplicité même. Son plongeon dans la vallée ne lui a coûté que quelques égratignures et quelques bleus. En abandonnant leurs montures, les moins athlétiques des trafiquant!, auraient aisément pu le suivre. Or, aucun ne l'a fait, bien qu'il ait tué l'un des leurs. Pourquoi ?
Loup*Ardent attend, tapi comme une bête traquée. Pendant près d'une heure, il ne fait pratiquement aucun geste, dans la crainte d'un piège quelconque. Mais les marchands d'esclaves ne reviennent pas, et rien n'indique qu'ils effectuent un mouvement tournant. Ils l'ont abandonné. Pourquoi ? Pourtant, aussi intrigué soit-il, Loup*Ardent est avant tout un homme d'action, pas un philosophe S'ils l'ont abandonné, eh bien, ils l'ont abandonné, et que les dieux du Désert en soient remerciés. Il se lève, s'étire pour délasser ses membres engourdis par l'immobilité et s'en va d'un coeur léger, afin de mettre le plus de distance possible entre la caravane et lui. Loup*Ardent s'enfonce plus profondément dans la vallée.
Les Annales du Harn pourraient d'ores et déjà le baptiser Loup*Ardent l'Ecervelé car. si les marchands d'esclaves ne l'ont pas suivi, c 'est probablement parce qu'ils ont une bonne raison pour ne pas s'aventurer dans la vallée. Quoi qu il en soit, il est trop tard, maintenant, pour que Loup*Ardent change d'avis.