Lecture des livres dont vous êtes le héros
6 Février 2013
Il finit par émerger sur une terrasse ouverte, d'où il découvre toute la ville en ruine et la Mer de la Tranquillité. Le contraste est tellement saisissant que Loup*Ardent, troublé, ne tarde pas à se détourner et à chercher la porte de la chambre abritant l'énorme lanterne, dans laquelle il se réfugie avec soulagement. Cette lanterne est une merveille de raffinement technique et, pendant un instant, l'âme de Barbare de Loup* Ardent est saisie de crainte respectueuse devant les rangées de lampes superposées et leur réservoir d'huile commun, si profond qu'une douzaine d'hommes pourraient s'y noyer. Ses yeux médusés contemplent l'enchevêtrement de rouages et de leviers qui déplacent les volets opaques autour des lampes. Mais, en dépit de sa prodigieuse machinerie, en dépit de tous les signes prouvant que le phare est parfaitement entretenu, la chambre de la lanterne est déserte. Loup*Ardent est prêt à s'en aller lorsque son regard tombe sur une sorte de journal de bord, posé sur une petite table, prés de la porte, à côte d'une plume et d'un encrier. Il le prend et commence à le lire avec la studieuse application d'un Barbare peu familiarisé avec les activités autres que celles du combat. Malgré ses difficultés, il ne tarde pas à comprendre qu'il a mis la main sur un véritable trésor : le journal contient une relation écrite de l'attaque de la Horde des Démons.
Cette attaque a été une surprise totale. Au printemps. les astrologues officiels avaient prédit l'arrivée de la Horde, mais une expérience séculaire prouvait que l'on ne risquait rien avant la fonte des neiges dans les défilés de la montagne. La vie a donc continué à son rythme trépidant habituel, bien que le journal signale que beaucoup des familles les plus riches et les plus puissantes du Royaume ont fui par mer devant la menace. Ceux qui n'avaient pas les moyens d'en faire autant ont continué à travailler avec l'espoir insensé que le Conseil de Régence trou-verait le moyen d'arrêter la Horde et la réconfortante certitude que. si l'apocalypse était au coin de la rue, il restait de toute manière un peu de temps avant qu'elle ne tourne ce coin.
Et pourtant, les défilés bloqués n'avaient pas empêché la Horde de venir raser Belgardium. Le rédacteur du journal est évidemment l'un des gardiens du phare. Il s'est réveillé en sursaut au milieu de la nuit, lorsque la luminescence verdâtre des nefs volantes de la Horde est apparue au-dessus des collines protégeant Belgardium. Vague après vague, les nefs ont déferlé dans un silence de cauchemar, ne rompant leurs rangs que brièvement, lorsque certaines d'entre elles se posaient sur les fortins avancés, tandis que le reste de l'armada s'abattait avec une lenteur délibérée sur la ville elle-même. On n'avait pas eu le temps de donner l'alarme, pas le temps de fuir, pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre que de regarder... Loup* Ardent repose le journal, écœuré. La description réaliste de ce qui s'est passé ensuite lui donne la nausée, mais cette nausée se transforme bientôt en colère, en fureur contre ces créatures qui se prennent pour des dieux et font bon marché des vies humaines. Si jamais il a conçu un doute sur la mission dont l'a chargé le Seigneur Xandine. ce doute a maintenant disparu. Aucune tâche ne peut être plus importante, plus urgente que l'extermination de cette vermine.
Il est sur le point de s'en aller lorsque le dernier paragraphe du journal attire son attention. Une fois la ville anéantie, ses habitants morts ou mourants, aveugles ou pestiférés, les nefs volantes ont décollé en impeccable formation et ont disparu en direction du nord ; toutes sauf une. Il en est resté une. Le rédacteur du journal ignorait pourquoi, mais il savait où. La nef volante est demeurée dans les parages du grand Temple de Belgardium. Les yeux brillants de résolution, Loup*Ardent quitte le phare et il remonte sur son cheval.
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