Lecture des livres dont vous êtes le héros
17 Novembre 2013
Hors d'haleine, Loup*Ardent s'écarte du cadavre sanguinolent de la Panthère et il fait volte-face pour parer le coup du prochain adversaire. Mais l'attaque ne vient pas. Les six hommes semblent pétrifiés, les yeux aveugles et vides fixés sur l'horizon. Loup*Ardent reste interloqué. Il essaie de comprendre. Ils sont toujours vivants puisqu'il voit leurs poitrines se soulever et s'abaisser au rythme de leur respiration, mais pas une paupière ne bouge. Le vieil homme, blessé il y a quelques minutes à peine, s'avance vers Loup*Ardent d'un pas vif, malgré le bras qui pend, sans vie.
Je vous remercie de votre aide, Étranger, dit-il gravement. Ces hommes ne peuvent me nuire mais, de toute évidence, leur bête échappe à mes pouvoirs. Pouvoirs? Loup*Ardent jette un nouveau coup d'œil aux six gaillards. La magie agit sous ses yeux, sans aucun doute. Ils sont saisis par une terrible hypnose, en proie à un sort de paralysie d'une force considérable. Il se retourne avec un respect accru vers le vieillard.
— Je suis Amien, lui dit celui-ci. Vous devez me permettre de vous remercier. Et de sa main valide, il se met à fouiller dans sa robe en quête d'une bourse. Loup*Ardent l'arrête d'un geste.
— Je n'ai nul besoin d'or. Noble Inconnu. C'était un plaisir pour moi de vous rendre ce petit service.
— Joliment dit, note le vieil homme avec un léger signe de tête. Mais laissez-moi au moins examiner vos blessures car j'ai quelques pouvoirs de guérison et je peux peut-être vous aider à mon tour.
— Je préfèrerais une aide d'une autre nature, dit Loup*Ardent. Mon guide s'est enfui et je suis à la recherche de la Guilde des Alchimistes. Peut-être pourriez-vous m'indiquer le chemin ?
— Vous indiquez le chemin? Je peux faire plus, répond Amien. Je peux vous accompagner là où elle se trouve, il jette un coup d'œil à la robe de soie. Vous êtes vêtu comme un sorcier, Étranger, mais vous vous comportez en guerrier. Deux genres qui sont bien différents. Loup*Ardent hausse les épaules.
— Je n'ai aucun goût pour la magie ; mais une certaine mission m'a été imposée.
— Tel est le destin, murmure Amien en hochant la tête. Puis, au grand étonnement de Loup*Ardent, il agite brusquement son bras blessé.
La créature que vous avez tuée était d'une force considérable, mais heureusement, elle ne m'a pas cassé le bras. Sinon, la guérison aurait été difficile. Mais suivez-moi, puisque vous cherchez la Guilde. Sur ce, il se met à descendre la rue comme si rien ne s'était passé. Ils marchent l'un derrière l'autre, sans prononcer un mot, pendant un quart d'heure, avant que le vieil homme ne s'arrête tout à coup devant des marches de pierre usées descendant vers l'entrée d'une bâtisse d'aspect sinistre.
— La Maison de la Guilde, dit-il brièvement, Puis- je vous demander si vous êtes attendu ? Loup*Ar- dent fait un signe négatif de la tête,
— Je suis étranger dans cette ville.
— C'est ce que votre accent m'avait fait comprendre. Si personne ne vous attend, il vous faut un parrain. Pouvez-vous me dire ce qui vous amène ici ? Loup*Ardent hésite quelques secondes. Mais qu'a- t-il à perdre ?
— Je suis un sorcier, certes. Mais j'ai peu de Pouvoir.
— Vous voulez donc vous soumettre aux épreuves d'initiations...
Loup*Ardent acquiesce.
— Dans ce cas, si vous le voulez, et pour vous remercier du secours que vous m'avez porté, je serai votre parrain.
— La Guilde vous connaît ?
— Assez bien, répond Amien. Assez bien. Et il commence à descendre les marches de pierre. Suffoqué, Loup*Ardent reprend ses esprits juste à temps pour rejoindre Amien avant qu'il n'atteigne une porte de bois.