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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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28

Epuisé, Loup*Ardent regarde les villageois commencer à ramasser leurs morts. En dépit de son opportune intervention, le raid se solde par un désastre... et par la perspective d'autres calamités à venir s'il ne découvre pas rapidement l'Orbe.

- Nous vous sommes reconnaissants, étranger. Loup*Ardent se retourne avec lassitude. La voix appartient à un homme trapu, grisonnant, âgé d'une soixantaine d'années, probablement le chef du village. Loup*Ardent hausse les épaules. — Il n'y a pas de quoi.

Oh si, il y a de quoi. Sans vous, nous aurions tous péri. Vous venez de Pélimandar ? Loup* Ardent hoche la tête.

Est-il exact que le grand Roi soit mort ?

— Tout à fait exact, soupire Loup*Ardent. Il a été assassiné.

— Nous sommes entrés dans une période néfaste, déclare l'homme avec philosophie et il sourit tristement. Vous allez rester un moment parmi nous, Guerrier. Notre hospitalité sera une bien modeste récompense de votre courage, mais... Loup*Ardent l'arrête d'un geste.

— Je ne demande aucune récompense et, de toute manière, je ne peux pas m'attarder. Je cherche le lac du Gouffre Sinueux...

Une voix féminine l'interrompt.

— Le lac du Gouffre Sinueux ? N'y allez surtout pas. C'est un endroit maudit d'où personne n'est jamais revenu.

Loup*Ardent se retourne vers la femme, une robuste paysanne qui semble pleine de bon sens.

— Et pourtant, dit-il doucement, il faut que j'y aille. (Une idée lui vient à l'esprit). Est-ce que, par hasard, l'un d'entre vous connaîtrait suffisamment la région pour m'y conduire ? Une petite foule s'est rassemblée autour de lui, et Loup*Ardent se rend immédiatement compte des réactions diverses provoquées par ce qu'il vient de dire. Les villageois échangent des regards apeurés en silence, l'air gêné. Puis, soudain, une nouvelle voix s'élève.

— Moi, monsieur, je vous guiderai. Si certains d'entre nous sont encore en vie, c'est à vous que nous le devons.

A sa grande surprise, c'est une petite fille qui se fraye un passage dans la foule. Elle n'a pas plus de neuf ans, mais ses yeux et son comportement sont ceux d'un adulte.

— Je m'appelle Velda, annonce-t-elle avec simplicité.

Loup*Ardent ne peut s'empêcher de sourire.

Je doute que vos parents vous autorisent à m'accompagner, dit-il gentiment. Mais la fillette se contente de hausser les épaules.

— Mes parents sont morts.

L'homme qu'il a supposé être le chef de village l'entraîne à l'écart et lui parle à voix basse.

— Ne la repoussez pas à cause de son âge, étranger. Elle est la meilleure de nous tous. Ses parents étaient des Guérisseurs et, en dépit de sa jeunesse, elle connaît déjà de nombreuses pratiques de magie. (Il baisse encore plus la voix.) On prétend qu'elle pourrait entrer un jour à la Gegum, bien que les nonnes-sorcières se recrutent elles-mêmes, à ce que j'ai entendu dire.

— Et elle connaît le chemin du lac du Gouffre Sinueux ? demande Loup*Ardent en fronçant les sourcils.

— Mieux que personne. Quand ses parents ont péri dans cet endroit maudit, elle était avec eux. Loup* Ardent jette un coup d'œil sur la petite Velda qui l'observe calmement, et il prend brusquement sa décision. La situation est trop critique pour s'embarrasser de scrupules. Il s'incline cérémonieusement devant l'enfant.

— C'est entendu, Velda... vous me guiderez. Malgré ses protestations, les villageois insistent pour que Loup*Ardent passe la nuit chez eux mais, dès l'aube, sa jeune acolyte et lui sont prêts à prendre le départ.

Je connais un raccourci, lui dit Velda. Il est escarpé et vous ne pourrez pas prendre votre cheval, mais il nous fera gagner près de deux jours.

— Vous croyez que nous pourrons faire le parcours à pied ?> demande Loup* Ardent avec diplomatie. Velda lui lance un regard très en avance sur son âge, puis elle hausse les épaules et répond :

Je ne vois pas pourquoi on n'y arriverait pas... vous semblez être en bonne forme. Le sentier qu'elle lui fait prendre monte tout droit à l'assaut de la montagne rocailleuse et est, comme elle l'avait prédit, fort escarpé. Mais si Loup*Ardent a nourri des doutes sur son guide, ceux-ci s'évanouissent vite. La fillette est aussi résistante et aussi agile qu'un chamois. Ils passent la première nuit à la belle étoile, serrés l'un contre l'autre pour se tenir chaud et, le deuxième jour, en fin de matinée, ils cheminent le long d'une étroite corniche, avec un ravin à pic sur leur gauche. Velda marche en tête, aussi à l'aise que si elle se promenait sur une route de campagne. Ni l'un ni l'autre n'a la moindre prémonition du danger qui les guette avant que le Léopard de Rocher ne sorte d'une grotte, sur la droite, à moins de trois mètres de la fillette à laquelle il barre le passage avec un mélodieux feulement de colère.

Combattre ou fuir : le choix est évidemment limité.

Si Loup*Ardent décide de combattre.

Si, contrairement à ses habitudes, il préfère prendre la fuite.

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