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Des Noces dramatiques

Des Noces dramatiques

Loup*Ardent regarde avec accablement le souriant Pogun apporter un nouveau paquet enveloppé de papier de soie.

— De la part de la noble Maison Romov, annonce le valet. A la dernière minute, comme d'habitude. Loup*Ardent, dépassé par les événements, fait un geste las, et Pogun déballe cérémonieusement le colis pour joindre le dernier présent au monceau de cadeaux déjà exposés. Surprenant assortiment, en vérité. Ici, une cape du drap le plus fin, le plus délica­tement broché, offerte par la Guilde des Tisse­rands... là, une paire de manchettes envoyée par les Nécromanciens... un ceinturon de cuir ouvragé, avec une boucle sertie de pierreries et un fourreau incrusté de filigrane d'argent pour son Exterminator, don de la Guilde des Marchands... un sobre écrin d'argent contenant un pendentif de rubis d'un rouge profond, fixé à une lourde chaîne d'argent, présent de la Guilde des Alchimistes... une petite boite en or toute simple, expédiée par la Guilde des Orfèvres, qui s'est révélée receler une magnifique émeraude montée en bague. Loup*Ardent a reçu celle-ci avec tristesse : elle lui rappelle trop la bague que lui avait léguée le défunt Roi Voltar et qui s'est désintégrée au moment où il a déclenché l'Orbe d'Or pour détruire la Horde des Démons. Il doit faire un effort pour en détacher ses yeux. Des coffrets et des cristaux, des soieries et des cérami­ques, du linge, de la vannerie, des armes de parade... il y a de tout, un incroyable entassement de cadeaux. Il y a même, enfouie quelque part, une cassette d'ébène magnifiquement sculptée, contenant un petit poignard incrusté de joyaux : le présent de la Guilde des Assassins !

-Seigneur Xandine...

Loup*Ardent redescend sur terre. Son valet Pogun est à ses côtés.

-Il va bientôt être l'heure. Monseigneur. Loup*Ardent hoche la tête. Si cela n'avait tenu qu'à la Princesse Freya et à lui-même, la cérémonie aurait été des plus simples. Mais ni le père de Freya, Olric, ni le Conseil du Gouvernement n'ont voulu en entendre parler Ils avaient tous les meilleures raisons du monde pour que le mariage fût le plus grandiose que le Harn ait jamais connu. Et, comme Olric était maintenant le Roi. Il n'y avait pas à dis­cuter.

En sortant de l'immense salle de banquet où est exposée l'avalanche des cadeaux de mariage, Loup*Ardent manque caramboler Olric en per­sonne, qui arrive à grands pas sans la moindre escorte.

-Calmez-vous. Majesté, murmure Loup*Ardent en souriant. En principe, c'est le marié qui est censé être nerveux le jour des noces.

Mais Olric ne semble pas d'humeur à plaisanter Les sourcils froncés, il entraîne Loup*Ardent à l'écart.

-Vous avez vu le Chancelier ?

-Le Seigneur Nazar ? Non, pas depuis plusieurs jours. Mais il est invité à la noce, bien entendu. Olric secoue la tête.

Il est tellement bizarre, ces temps-ci. Vous êtes au courant de sa disparition durant plus d'une semaine, le mois dernier? (Loup*Ardent hoche la tête.) Depuis son retour, il a un comportement étrange. J'ai peur que cette affaire ne l'ait troublé davantage qu'il ne le pense... davantage qu'aucun d'entre nous ne le pense. Vous savez qu'il n'a aucun souvenir de l'endroit où il est allé ?

-C'est ce que j'ai entendu dire, acquiesce Loup*Ardent.

-Je me méfie des choses insolites, déclare grave­ment Olric, et ces disparitions ne sont pas normales. Le Chef de la Police m'a signalé qu'il y en avait eu plus d'une douzaine, au total... et voilà maintenant qu'il a disparu.

-Nazar ? Pour la seconde fois ?

-Non, le Chef de la Police î Je ne le trouve nulle part !

-Peut-être est-il tout simplement parti enquêter sur cette énigme, suggère Loup*Ardent.

-Peut-être. Oui, c'est possible... (Olric paraît se ressaisir brusquement et sourit.) Mais il ne faut pas que je vous ennuie avec mes soucis le jour de votre mariage, mon cher ami. Allez vite vous habiller. Le Grand Prêtre et la Grande Prêtresse sont déjà au Temple, et presque tous les invités sont arrivés.

-Moins d'une heure plus tard. Loup*Ardent, resplen­dissant dans sa tenue de cérémonie de Ministre d'État, attend, au pied du maître-autel du Temple du Palais, que les cornes de bélier dorées retentissent pour saluer l'entrée de la manée. Lorsqu'il aperçoit le visage voilé de la Princesse Freya, son cœur bondit dans sa poitrine, et il bat plus fort qu'il n'a jamais battu dans l'antre souterrain de la Horde des Démons quand la voix grave et ferme de la Grande Prêtresse entame la cérémonie nuptiale.

-Le rituel matrimonial, à lui seul, dure près de trois heures et se termine par un baiser. Conformément à la coutume, Freya conduit ensuite son nouveau conjoint, dont les mains sont entravées par une cor­delette dorée, jusqu'à la salle du banquet, où elle le libère aux acclamations de l'assemblée. Ils s'embras­sent alors pour la seconde fois, puis se dirigent ensemble vers les places d'honneur, à la table cen­trale. En cette occasion particulière, le Roi Olric lui- même occupe une position légèrement inférieure. L'Intendant du Palais fait son entrée avec la Coupe Nuptiale, un cratère ouvragé empli de vin pourpré. Freya y plonge ses lèvres, Loup*Ardent en fait autant, et, dans une explosion de joyeux brouhaha, le festin commence.

-C'est un banquet magnifique, qui se prolonge tard dans l'après-midi, mais quand le Bouffon de la Cour, un nain nommé IfT, annonce les attractions et qu'une troupe de jongleurs arrive en bondissant, c'est le signal officieux autorisant les nouveaux mariés à s'esquiver.

-Loup*Ardent se sépare à regret de sa jeune épousée et se retire dans l'antichambre pour se changer et endosser des vêtements de voyage. Pogun est encore en train de s'affairer sur un faux pli de son manteau lorsqu'un coup discret à la porte les interrompt. Loup*Ardent regarde avec surprise la femme qui entre dans la pièce. C'est la première fois qu'il la voit, mais son maintien, sa démarche et la char­mante sérénité de son expression révèlent immé­diatement son appartenance à la Gegum.... tout comme le fait que les Gardes du Palais l'aient laissée passer sans carte d'invitation. Elle fait une révérence teintée d'un soupçon d'ironie avant que ses grands yeux bleus n'examinent calme­ment Loup*Ardent.

-Vous savez qui je suis, Seigneur Xandine ?

-Une sœur de la Gegum, Madame, répond avec raideur Loup*Ardent, qui ne porte pas dans son cœur les nonnes-sorcières qui l'ont manipulé comme un vulgaire pantin lorsqu'il cherchait l'Orbe d'Or.

-J'apppartiens à la Gegum, confirme-t-elle. L'Abbesse Lipta m'a chargée de vous transmettre un mes­sage.

-Parlez, ordonne Loup*Ardent.

Elle jette un bref regard sur Pogun, qui s'éclipse sans un mot.

-Seigneur Xandine, dit-elle, aussitôt le valet parti, vous êtes prié de vous rendre à notre Couvent sans délai.

-Sans délai ? répète Loup*Ardent. Mais, dieux du ciel, Madame, c'est le jour de mes noces !

-Néanmoins, rétorque calmement la sœur de la Gegum, il faut y aller.

Mais est-ce vraiment une obligation ? Loup*Ardent est un homme indépendant, libre d'agir à sa guise. Il peut, à son gré, se rendre à cette convocation ou l'ignorer.

S'il décide d'y répondre.

S'il n'en tient pas compte.

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