Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2014
Les deux autres malandrins stoppèrent aussitôt leur course. Leurs regards s'arrêtèrent quelques instants sur le corps inanimé de leur compagnon avant de remonter vers moi qui plaçais déjà une seconde pierre dans le morceau de cuir. Voyant mon intention de récidiver, l'un des hommes prit ses jambes à son cou en direction des arbres les plus proches, suivi dans la foulée par le troisième membre du groupe. Renonçant à tirer sur ce dernier pendant qu'il s'enfuyait, je restai à l'écoute de leur course jusqu'à ce que je fusse certain qu'ils avaient bien abandonné leur comparse sur le carreau. Un peu surpris par ce manque de
solidarité, je descendis examiner ma victime. Du sang coulait abondamment de sa blessure à la tête et la poussière autour prenait une effrayante teinte noirâtre. Avec fébrilité, je me penchai sur son visage, cherchant sa respiration. Mais l'homme était mort.
Je restai plusieurs minutes ainsi, accroupi devant le cadavre, l'esprit à la fois confus et affreusement vide. Une humeur grise se mélangeait très doucement au fluide carmin.
J'ai entendu dire que l'on peut ressentir un sentiment de perte indéfinissable lorsqu'on découvre pour la première fois l'acte d'amour ; comme si un morceau de nous même disparaissait en même temps que l'on devenait un homme. Moi, à ce moment précis, j'avais l'impression que des pans entiers de mon innocence s'effondraient, sans que j'eusse la moindre possibilité de les retenir.
Mon engourdissement se dissipa peu à peu et je me ressaisis en pensant à ma famille en danger. L'idée que mes parents et mes frères soient assaillis par une horde de brutes du même acabit que celle qui gisait devant moi me fouetta les sangs et j'entrepris avec résolution de fouiller le brigand. Ses haillons crasseux dissimulaient deux pistoles (ajoutez
cette somme au contenu de la bourse) dont je me saisis sans trop de scrupules. Je pris également le sabre tombé sur la route. Il était par endroits piqueté de rouille mais encore très tranchant et je fis quelque passe d'armes imaginaires, n'ayant encore jamais eu l'occasion de manier une véritable épée. Je le glissai à ma ceinture en espérant trouver
un fourreau à Asguenn.
5otez le sabre dans la case des armes à la place du gourdin. Contrairement à ce dernier, il ne diminue pas l'Adresse quand on se bat avec.
Pour soulager ma conscience, je déplaçai le corps jusque dans les taillis.
Cela ne l'empêcherait pas d'être dévoré par les animaux mais l'idée d'un voyageur l'apercevant en travers de la route me répugnait curieusement.
Je remontai ensuite dans l'attelage et intimai à Bouffi l'ordre de continuer encore un peu avant la tombée de la nuit.