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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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125

Nous avions pénétré dans une caverne naturelle, au sol et aux murs presque entièrement recouverts par une substance blanchâtre, souple et filandreuse. Un halo d'un vert clair phosphorescent émanait de divers endroits à la base des parois et ces mystérieux lumignons baignaient la grotte d'une clarté surnaturelle, quelque peu inquiétante.
Je me mis à genoux pour tâter la couche immaculée qui tapissait le sol.
D'une main, j'arrachai une poignée épaisse de fils légèrement poisseux et il me fallut un certain temps pour comprendre qu'il s'agissait d'épaisses toiles d'araignées, tissées les unes par-dessus les autres.
− Par Samara ! Où avons nous bien pu tomber ? s'exclama Ana.
Sa voix trahissait une intense frayeur et je devinai qu'elle luttait pour ne pas perdre pied. Voir mon intrépide compagne dans cet état ne fit que rapprocher un peu plus le spectre de la panique, aussi serrai-je vigoureusement les poings pour conserver mon calme.
La jeune femme se rapprocha de moi et nous nous tînmes dos à dos pour embrasser du regard les limites de la caverne. Mais rien ne bougeait au milieu de ce nid gigantesque.
Quand le courage me revint, je m'avançai vers le mur le plus proche.
Douillettement blottis parmi un amas de fils particulièrement compacts, une dizaine d'oeufs gélatineux irradiaient une lueur blafarde et je vis plus loin d'autres tas luminescents qui participaient à l'éclairage de la grotte.
Chaque oeuf était aussi gros que celui d'une oie.
Je voulus dire à Ana qu'il était urgent de quitter les lieux mais ma langue n'était plus qu'un morceau de bois dans ma bouche asséchée. Je sentis sa main sur mon bras et je réussis à tourner la tête pour découvrir l'entrée du nouveau tunnel qu'elle avait repéré. Un passage voilé par un mince rideau arachnéen s'ouvrait dans le mur du fond.
Mourant d'envie de nous enfuir à toutes jambes, nous y entrèrent néanmoins d'un pas mesuré, tous nos sens en éveil. La galerie était également emplie par les toiles amalgamées et nos bottes s'enfonçaient à chaque pas, avec des crissements propres à nous taper sur les nerfs. A espaces réguliers apparaissaient des groupes d'oeufs phosphorescents, répugnantes balises jalonnant un chemin tressé de soie.
J'aperçus bientôt une forme sombre et immobile qui jurait au milieu du mur blanc. J'eus du mal à reconnaître le cadavre d'un gros rat, ficelé par des centaines de fils épais qui formaient comme un linceul autour de sa dépouille encore intacte. Nos nous hâtâmes de dépasser le malheureux rongeur.
Une dizaine de mètres plus loin, mon coeur s'emplit d'espoir lorsque je remarquai les pans de murs non recouverts de toiles. Plus nous avancions et plus les tapis blancs perdaient en épaisseur. Ana dut parvenir aux mêmes conclusions que moi car nous pressâmes en même temps l'allure, avides de laisser derrière nous ces inquiétants amas organiques.
La galerie se termina au bord d'un immense précipice. Arrêtés à seulement quelques pas du ravin, nous observâmes avec incrédulité le paysage souterrain qui se dévoilait à nos yeux.
Un gouffre insondable nous barrait le passage, rempli par des souffles d'air qui tournoyaient en mugissant dans ses profondeurs opaques.
L'entrée d'un autre tunnel apparaissait de l'autre côté mais il était vain de penser pouvoir l'atteindre tant la balafre terrestre était large. De l'endroit où nous nous trouvions, une corniche courait le long du gouffre, mais les lumières éparses des oeufs n'étaient pas assez vives pour nous permettre de savoir où les deux chemins possibles menaient.
Alors, elles arrivèrent.
Un premier chuintement m'alerta, puis un bruit léger de tapotements contre la pierre attira mon attention vers les hauteurs. Des dizaines de silhouettes sombres et rebondies descendaient furtivement le long des parois pour se diriger dans notre direction. Chacune avait au moins la taille d'un chien mais leurs proportions variaient considérablement,
certaines possédant des abdomens boursouflés, gros comme des verrats.
Ana poussa un hurlement hystérique quand les premières pattes velues apparurent tout près de nous en s'extrayant de la crevasse. Ce fut seulement à ce moment que je sortis de ma paralysie pour entraîner la jeune femme dans une fuite éperdue.

Si Joan court sur la corniche vers la gauche

ou vers la droite.

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