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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Le port avait retrouvé une certaine activité au fur à mesure que les matelots s'étaient
extirpés de leur sommeil. Tout près de moi, deux hommes arborant la même barbe rousse
sortaient des caisses d'un grand voilier pour les déposer dans une immense charrette à
laquelle étaient attelés deux boeufs. Ils n'en avaient transféré qu'une dizaine mais étaient
déjà essoufflés et je profitai qu'ils fassent une pause pour les aborder.
· " Il est à vous ce bateau ? "
Les mains toujours sur les genoux, les débardeurs me regardèrent par en-dessous avec la
même expression de méfiance. Ils ne pouvaient qu'être frères.
· " A moi, répondit celui qui arborait une boucle d'oreille en cuivre. Qu'est-ce que tu lui
veux ?
· Vous comptez bientôt reprendre la mer ? Je dois trouver un moyen rapide de rejoindre
mes officiers à Torte ou Kirb. C'est une question de vie ou de mort. "
Le propriétaire du navire grimaça un sourire en coin avant de me répondre.
· " Ce sera surtout une question de mort si t'es prêt à naviguer en pleine tempête ! "
L'autre s'esclaffa en flanquant une bourrade complice à son collègue. Je ne bronchai pas
et continuai de fixer le marin jusqu'à ce qu'il recouvre son sérieux.
· " Hum… ça se voit que tu n'es pas de chez nous, toi. Ici, on est quasiment dans la mer
de Glace. Quand il y a un grain, c'est un grain. Un vrai. Rien à voir avec les
vaguelettes qu'on trouve près du continent. Je suis navré pour toi mais tu ne trouveras
personne pour t'emmener avant quelques jours. C'est comme ça. "
J'étais trop dépité pour tenter de le faire changer d'avis. Pour me consoler, les deux frères
m'invitèrent à les aider dans leur labeur, moyennant rétribution, et j'acceptai presque
machinalement, ne sachant plus quoi faire d'autre dans l'immédiat.
Le temps s'écoula très vite. Même avec mon soutien, l'heure du déjeuner fut dépassée
lorsque nous eûmes entièrement délesté le navire de sa cargaison. Mes employeurs ne se
montrèrent pas pingres car je reçus quatre pièces pour ma peine et un repas dans la plus
proche gargote. Ajoutez 4 pistoles au contenu de la bourse.
La pitance fut accompagnée de plusieurs tournées d'une bière à la saveur acide. Ce fut
avec le sourire aux lèvres et en proie à une douce euphorie que je quittai enfin les deux
matelots pour ressortir affronter la forte brise marine sur le port. Je n'avais pas oublié mes
frères d'armes et leur sort m'importait toujours autant mais je ressentis l'agréable certitude
de les retrouver très bientôt. Malheur alors à ceux qui leur auraient fait du mal entretemps...
Une voix féminine à mon oreille me fit soudain sursauter.
· " On rêvasse, jeune guerrier ? "
Je me retournai pour découvrir le minois constellé de taches de rousseur d'une femme aux
cheveux châtains, encore humides d'un bain tout récent. Elle devait avoir connu une
dizaine de printemps de plus que moi et me souriait d'un air taquin, ses petits yeux plissés
disparaissant presque sous une sombre couche de fard à paupières. Ses traits n'étaient pas
vilains mais quelque peu gâchés par un nez oblique, comme si elle avait subi un accident
quelconque lors de sa prime jeunesse.
Je dois cependant admettre que ce n'était pas son visage qui me fascinait mais plutôt le
renflement largement dévoilé de sa poitrine généreuse. Sous la pelisse en laine censée la
protéger du vent glacial, elle n'était habillée que d'un chemisier à l'échancrure indécente.
Ma légère ivresse me fit perdre tout sens des convenances car la femme éclata d'un rire
joyeux devant ma stupéfaction. Je crus mourir de honte mais la donzelle me tapota
affectueusement la joue pour me rassurer.
· " C'est qu'il est timide comme tout, mon chevalier ! Tout perdu qu'on dirait qu'il vient
de perdre ses parents… "
Elle pouffa à nouveau avant de glisser sa main dans la mienne.
· " Tu as vraiment une mine épouvantable. Viens te reposer un peu chez moi ; c'est tout
petit mais tu auras bien la place de t'allonger un instant. "
Sur ces paroles peu équivoques, elle m'entraîna à sa suite pour rejoindre une habitation
faisant le coin avec une proche ruelle. Une crainte subite m'incita soudain à m'éloigner de
la femme aguicheuse. Cette peur n'avait rien à voir avec celle que j'avais pu éprouver
maintes fois par le passé face à quelque péril mortel mais elle ne m'en tordait pas moins
les entrailles.
Si Joan se laisse guider à l'intérieur de la bâtisse,

s'il refuse poliment l'invitation avant de s'éloigner en toute hâte.

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