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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Des coups à répétitions contre la cloison la plus proche et une voix puissante
m'extirpèrent douloureusement du sommeil. Le sergent Dross arpentait le couloir en
répétant sans cesse la même injonction, d'un ton lourd de menaces.
· " Allez les filles, dépêchez-vous. Vous avez trois sabliers pour être dehors. Trois
sabliers, pas un de plus. Allez les filles, dépêchez-vous… "
Je me redressai avec difficulté sur ma paillasse. La torpeur et ce réveil brutal faisaient
douloureusement bourdonner mes oreilles. Par-dessous mes paupières gonflées, je vis
Garett qui s'efforçait d'allumer la chandelle. Au dehors, le ciel nocturne n'avait toujours
pas sacrifié un seul pouce d'obscurité. Duncan, mon second compagnon de chambrée,
jura en tombant presque de sa couche puis pesta contre l'officier.
· " Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'il a encore inventé pour nous faire suer, cette
tête d'enclume ? Ce n'est pas l'heure de se lever…
· T'as qu'à lui demander s'il ne s'est pas trompé. Il a peut-être oublié de régler son
horloge, " persifla Garett avec mauvaise humeur tout en enfilant ses bottes.
Indifférent à leurs chamailleries habituelles, je me vêtis de mon uniforme aussi
hâtivement que me le permettaient mes mains tremblantes de fatigue. La litanie
intimidante du capitaine dans le couloir ne me facilitait pas non plus la tâche.
· " Je compte jusqu'à dix. Si à dix j'en vois qui ne sont pas sortis, ils retournent de suite
semer des graines de navets chez leur mère. Un… Deux… "
Il laissait à dessein sa voix traîner sur chaque chiffre. Le compte à rebours fit trépigner de
panique Duncan qui venait de casser son lacet au moment d'enfiler sa deuxième botte.
· " Oh, le fils de garce ! Oh le fils de garce ! " glapit-il devant le morceau effiloché qui
lui restait entre les doigts.
J'allais me précipiter à l'extérieur mais son visage décomposé réussit à m'apitoyer.
Quelques précieuses secondes me furent nécessaires pour trouver un lacet de rechange
dans mon paquetage et le lui tendre. A huit, je franchissais la porte en trombe à la suite de
Garett.
Nous étions une trentaine de soldats un peu ahuris à nous bousculer dans la cour pour
former le carré réglementaire. J'oubliai presque que je tenais le rôle d'homme de base
depuis hier et dûs intervertir en urgence ma position dans le premier rang. Duncan fut le
dernier à surgir du baraquement.
La caserne qui abritait notre section avait été édifiée à quelques lieues au nord de la
capitale, au sommet d'une falaise déserte, hospitalière seulement aux hirondelles de mer
qui venaient y nidifier. Cet isolement permettait de meilleures conditions d'entraînement
et à chaque changement de lune, une nouvelle section venait y prendre la place de
l'ancienne.
Au-dessus de la mer, une aube grise commençait à poindre. Un vent glacé s'insinuait sous
nos uniformes et une vague de gémissements parcourut les rangs lorsque les premiers
flocons de neige tombèrent de l'obscurité.
Enfin le sergent apparut. Il était accompagné du capitaine Kerwan, l'officier supérieur en
charge des affectations et des promotions pour les novices. Autant dire à nos yeux
l'équivalent des dieux Samara et Ulther réunis. Malgré la froidure, il prit le temps de nous
contempler d'un oeil critique. Le cheveu rare et gris, le menton en galoche saillant sous
des traits émaciés, le capitaine donnait le sentiment d'avoir passé depuis quelques temps
déjà l'heure de la retraite. Mais c'était une âme volontaire et inflexible qui se dissimulait à
l'intérieur de cette carcasse chenue.
Après s'être éclairci la gorge, il prit la parole devant notre assemblée.
· " Pour des raisons qui vous seront expliquées plus tard, la nomination des aides de
camp est anticipée. Les épreuves de sélection commencent dès ce matin. Le choix
sera fait d'ici trois ou quatre jours. "
Il s'arrêta un bref instant pour guetter une réaction mais nous restâmes tous figés et
bouche close. La nouvelle était pourtant surprenante. Habituellement, les nouveaux sousofficiers
n'étaient désignés qu'au solstice d'été, à l'occasion d'une importante cérémonie,
d'après ce que j'avais cru comprendre.
· " Vous n'avez donc que très peu de temps pour vous porter volontaire. Mais j'espère
que vous serez nombreux. Le roi a besoin de garçons courageux à la bataille mais
également d'hommes de confiance et de talent pour diriger ses troupes. Aide de camp,
c'est parfois le début d'une immense aventure. Je l'ai été, il y a bien longtemps, le
sergent Dross également, tous les grands soldats du royaume sont passés par cette
étape pour s'initier au commandement. Les volontaires n'auront qu'à se présenter
devant le bureau du sergent quand le soleil aura passé la barbacane. "
Sitôt son bref discours achevé, le capitaine adressa un hochement de tête au sergent et
nous abandonna pour se diriger vers un étalon qui attendait près de ladite barbacane.
Nous restâmes dans notre position inconfortable tout le temps qu'il fallût à l'officier pour
enfourcher sa monture puis pour s'engager sur le sentier menant à la capitale. Enfin, lorsque Dross nous en donna la permission, nous retournâmes nous réfugier dans la chaleur de nos chambres.

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