Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2014
Je trouvais que quelque chose clochait depuis que j'étais entré dans Asguenn et ma rencontre avec le bourgmestre m'avait renforcé dans cette mauvaise prémonition. Je préférai en l'occurrence délaisser le repas qui m'était servi, ignorant les protestations de mon estomac. Joan perd 3 points de Vitalité.
Assis sur ma paillasse, j'échafaudais un plan pour le lendemain lorsque j'entendis des exclamations lointaines quelque part dans le manoir.
Surpris, je tendis l'oreille. Calvyn ne m'avait-il pas dit qu'il était seul chez lui ? Mes sens pourtant ne m'abusaient pas, deux personnes conversaient avec une certaine animation à l'étage.
Je sortis en silence de mon réduit, traversai la cuisine avant d'atteindre l'escalier principal du manoir. Les voix se firent plus fortes au fur et à mesure que je gravissais l'étage et je reconnus celle grasseyante du bourgmestre d'Asguenn, mais pas celle de son interlocuteur. Sur ma gauche se profilait un long couloir lambrissé tandis que deux portes me faisaient face. La conversation provenait de derrière l'une d'entre elles.
Me sentant trop exposé sur le palier à l'entrée du couloir, j'empruntai l'autre porte pour me faufiler dans un petit séjour meublé avec goût. Une fenêtre circulaire y laissait entrevoir le ciel crépusculaire tandis qu'une nouvelle porte, entrouverte, séparait le salon d'une vaste salle à manger où le bourgmestre discutait avec un homme à l'allure martiale. Sec comme un coup de trique, l'inconnu n'en impressionnait pas moins avec son visage sévère et son uniforme militaire : d'étranges vêtements bouffants or et pourpre qui dépassaient de sous un plastron rouge sang.
Sa peau hâlée et sa barbiche noire, taillée en pointe, m'incitèrent à penser qu'il était originaire de contrées plus méridionales que le royaume de Tannorie. Calvyn semblait mal à l'aise face à cet étranger qui parlait notre langue avec un accent saccadé.
− Tu es certain qu'il ne risque pas de s'enfuir ?
− Oh non, rétorqua le bourgmestre. A cette heure, il doit dormir comme un bienheureux. Je lui ai administré assez d'herbes à songes pour assommer un cheval !
− Bien. J'ai demandé à mes hommes d'aller le chercher d'ici quelques heures. Ne sois pas surpris s'ils font un peu de bruit en sortant. Sinon, j'espère que tu as commencé à déménager les pièces en bas.
− Il y a sûrement une autre solution, répondit Calvyn sur un ton suppliant et en se tordant les mains. Il doit y avoir d'autres endroits où loger en ville…
− Inutile de pleurer, il nous faut plus de chambres. Les renforts arriveront d'ici deux à trois jours et je ne souhaite pas qu'ils dorment sous des tentes.
− Mais où vais-je pouvoir loger si vos hommes occupent aussi le rezde-chaussée ? protesta d'une voix geignarde le bourgmestre tout contrit.
Je vous ai déjà tant aidé. C'est un peu grâce à moi si vous avez réussi à prendre Siméon…
− Ça suffit ! explosa l'officier. Je dois justement le préparer pour la cérémonie de demain et je n'ai donc pas de temps à perdre avec toi.
Commence à vider les pièces du dessous et ne discute pas. Ma patience a des limites !
Sur ces mots, il empoigna le coude du gros notable et l'entraîna avec lui hors de la pièce en ouvrant la porte menant au couloir. J'en profitai pour traverser la salle à manger et les suivre jusqu'au palier. Dissimulé dans l'embrasure, je vis le bedonnant Calvyn qui descendait tête basse les marches de l'escalier en se tenant à la rampe. De son côté, l'étranger entra dans une autre pièce un peu plus loin dans le couloir et en referma la porte derrière lui. Hormis la respiration haletante du bourgmestre qui descendait péniblement au rez-de-chaussée, le silence reprit ses droits aux alentours.
ou de faire des recherches dans l'une des autres pièces donnant sur le couloir.